‹ Lectures et exercices cours élémentaireChapitre 39 sur 89 · MES VACANCES · texte numérisé non relu

MES VACANCES

Amance.

Ma CHÈRE Amie,

\^ivent les vacances ! et vivent les plaisirs qu'elles nous procurent !

Tu ignores peut-être que nous sommes à Amance pour y passer nos deux mois de vacances. Nous 5 nous amusons beaucoup. Je vais te dire l'emploi du temps ordinaire de nos journées à la campagne.

À 5 heures du matin je suis debout. C'est te dire que je suis dehors de bonne heure. Je retrouve mes petites compagnes, les bergères. Il faut voir ces toutes 10 petites filles, courant après les taureaux indociles, jouant avec les chiens et les agneaux, chassant les mouches qui harcèlent le bétail. Vers dix heures nous revenons au village, et je prends congé de mes petites bergères. Nous déjeunons dans le jardin sous la 15 tonnelle de vigne vierge, et quittons la table à midi, l'heure de feu, où la chaleur devient intolérable. Je me couche tout habillée sur mon lit comme la bergère s'étend sur l'herbe, et après un bon sommeil

20 je me lève pour ressortir; il fait moins chaud. Je vais chez mes amies jouer tranquillement à des jeux d'esprit, ou confectionner des vêtements de poupée, ou bien, je vais voir ma bonne grand-maman, et je travaille à côté d'elle. Je donne à manger aux poules

25 et aux lapins. À 4 heures je goûte d'une bonne tartine de crème, et j'écris à mes amies; je reprends mes jeux, et en même temps que le soleil je vais me coucher.

Cette vie peut te sembler monotone, mais il n'en

30 est rien. Tout cela est plus varié qu'il peut te sembler sur le papier, et puis il y a les fêtes villageoises auxquelles nous nous divertissons.

Nous sommes arrivés juste pour le comice agricole. Huit jours à l'avance, les dames et les jeunes filles

35 préparaient leurs plus belles toilettes, des robes et des chapeaux de couleurs voyantes ; les ménagères s'occupaient des victuailles, tuaient force lapins, dindons, oies, poules et poulets, et les aubergistes préparaient toutes leurs chambres pour loger les

40 nombreux étrangers venus pour la circonstance. Les rues étaient toutes enguirlandées et les murs tapissés de verdure. Des piquets fichés en terre étaient destinés à attacher les animaux domestiques; une grande estrade et des bancs avaient été dressés

45 sur la place.

Dès la pointe du jour les rues étaient déjà animées par les paysans qui soignaient leurs bêtes. Puis les promeneurs vinrent visiter la place du marché. Vers dix heures tout le monde se dirigea, musique en tête,

50 du côté de la gare pour recevoir Monsieur le Préfet^ le Député^ et d'autres messieurs. Le temps com-

mençait à s'assombrir ; on apercevait au loin de gros nuages gris. Enfin, au moment où la fanfare jouait la * Marseillaise,' avec le plus d'ardeur le tonnerre, dont les échos se répercutèrent de colline en colline, 55 vint ajouter ses vibrations à celles de l'hymne national, et la pluie, comme si le ciel eût ouvert ses écluses, vint déverser des torrents d'eau sur toute la fête. La foule affolée se précipita dans les maisons, pour chercher des parapluies et des manteaux, et retourna, 60 suivre le cortège. Une paysanne prêta son parapluie à Monsieur le Préfet. Quand l'averse fut terminée chacun sortit en manteau de pluie pour entendre l'énumération des prix et le discours de Monsieur le Maire. 65

Mais ce qu'on entendait surtout, c'était le clapotement des chaussures dans la boue, le mugissement des bœufs et des taureaux impatients, le beuglement des vaches et des veaux, le bêlement plaintif des moutons ; néanmoins les paysans écoutaient bouche bée. 70

Quand le soir fut venu, tout le monde s'en fut chez soi en regrettant que le vilain temps ait gâté une si bonne journée.

Enfin, tu vois d'après tout ce que je te raconte que je ne m'ennuie pas. J'aime tant la vie de campagne, ^^ que je voudrais bien passer l'été entier ici.

Ton amie qui t'aime,

Luge B.

1 Chef administratif d'un département.

2 Membre de la Chambre des Députés.

la réclame Cher Ami,

Je vous expédie ci-inclus un prospectus qu'on m'a donné hier dans la rue. Il vous fera voir que les Anglais ne sont pas seuls à savoir faire de la s réclame, et vous y trouverez peut-être quelques locutions utiles que vous ne connaissez pas.

Bien à vous,

Jean.

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