NÉCESSITÉ DE LA SOCIÉTÉ
H.—Il m'a inspiré un certain désir d'êtr ans une île, subvenant par Mo
e, comme Ro-
binson, seul d i-même à tous
mes besoins.
J.—Penses-tu que tu pourr
H.—Je conçois que ce serait difficile,
ais te suffire ?
mais il me sembie
que jen viendrais à bout.
J.—-Eh bien ! supposons que tu sois seul dans une île déserte. Il te faudra de la nourriture : où la prendras-tu, et qui l'apprêtera ? Ainsi tu seras tout à la fois laboureur, jardinier, meunier, boulanger, boucher, cuisinier ; et cela sans avoir de charrue, ae bèche, de moulin, de four, de couteau, de casseroles, etc.
T1 faudra te vêtir, et par conséquent être ton drapier et ton tailleur, sans avoir même une aiguille.
I] faudra te loger, et faire ainsi le maçon et le tailleur de pierres, Sans avoir ni truelles ni ciseau. I] faudra te défendre contre les serpents et les autres aux nuisibles : quels moyens en auras-tu ?
la cheir servirait à me
anim H.—Je chasserais le gibier ; nourrir et la peau à me vêtir.
J.—Mais avec quoi le chasserais-tu, puisque tu n'aurais point de fusil ni de poudre ?...Ta éprouverais des maladies : comment y remédierais-tu ?
H.—Robinson s’est bien tiré d'affaire.
J,—Le livre le dit ; mais est-ce vrai ? Son histoire a été
embellie. D'ailleurs il avait à sa disposition des outils et autres objets qu'il devait à la société ; il n'était pas abso-
lument seul.
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LA PATRIE
H.—Je conçois que la pensée de pouvoir me suffire par moi-même est une extravagance,
J.—Reste bien convaincu, mon cher Henri, que nul homme ne peut, à moins d'un miracle, vivre absolument isolé. Sans l’aide des autres hommes, il n’y aurait pour lui que la misère, le dépérissement et la mort.
H.—Le premier homme a bien vécu seul.
J.—C'est une erreur. Dieu a créé l'homme pour vivre en société, et dès l'origine il a constitué la famille, qui est la première société et le principe de toutes les autres,
H:—Comment donc, Jules, la famille est-elle le principe des autres sociétés ?
J.—C'est que les premières familles se sont réunies pour former des tribus. A leur tour, les tribus se sont groupées pour former des peuples. Au fond, une nation, un Etat, n'est qu’un ensemble de familles qui ont des intérêts communs et qui s'entr'aident pour les protéger