‹ Lectures graduées [microforme]Chapitre 274 sur 356 · LA FILLE DE L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DE L'AVEUGLE

Le jury étant assemblé, un aveugle sollicite le prix en faveur de sa fille. “ Voilà, dit-il, cinq ans que je suis privé de ia vue, et trois que je n'ai plus mon épouse, Mes yeux, insensibles à la lumière, ne me servaient qu'à pleurer. Me trouvant sans ressources, je dis à Elise: “ Partons, ma ‘ chere enfant ; allons, de ville en ville, implorer la pitié ‘ des riches de la terre. En te voyant si jeune souffrir ‘avec moi, ils s’attendriront sur ton sort, et soulageront ‘“ notre misère,

—" Que dites-vous 1a, mon père! me répondit-elle, Je n'ai plus ma courageuse mère, il est vrai; mais son exemple est gravé dans mon eœur, et comme elle je veux travailler et non mendier. J'ai treize ans, je suis assez forte pour fournir ma tâche. Non, non, ne quittons pas notre chaumière : le bon Dieu bénira mes ef “forts, et rien .e nous manquera.”

“À ces mots, elle se jeta à mon cou, et je l’embrassai avec transport.

‘Depuis, quel courage n’a-t-elle pas montré | Elle se lève chaque jour dès le premier chant du coq, et, arrès sa

prière, elle se met à son ouvrage, prenant garde de troubler mon repos.

“Mais le plus souvent je suis déjà éveillé, et je me plais à écouter son rouet qui file la laine. Ce bruit me

paraît beau comme l'était jadis pour moi un rayon du soleil levant.

“ La pauvre enfant se fatigue beaucoup, mais elle n'en laisse rien paraître. Quand je suis levé, elle vient vers moi on chantant, et m’embrasse avec la plus vive affection.

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