ABUS DU VIN ET DES LIQUEURS
Un soir d'été où il faisait très chaud, Henri revenait de la campagne avec son père. Apercevant une source, il voulait s'y désaltérer. “Non, lui dit son père. Il ne faut pas boire froid quand on est en sueur.
Henri.--Mais, papa, j'ai bien soif.
Le PÈRE.—Il vaut mieux souffrir la soif que de s'ex- | poser à une fluxion de poitrine . . . Cependant tu pourrais te désaltérer en prenant quelques précautions.
H.—Et lesquelles, s'il vous plait ?
P.—Mets un moment tes mains dans l’eau et lave-toi le É visage. Après t'être ainsi rafraîchi, tu boiras, mais peu à la fois.
H.—Si ce n’est que cela, c'est bien aisé. . . . Oh! papa, ' ta | que cette eau est bonne | Goûtez-en donc.
: (1) ‘ Mot d'une grande vérité dans la bouche d'un méchant, qui se croit assez
5 acquitté envers ses bienfaiteurs quand il ne leur fait pas de mal.’ (Cm. Nopime.)
Le ÉROR P NT E Pe
HYGIÈNE RELATIVE AUX BOISSONS
P.—Elle est, en effet, limpide, fraîche et agréable au
goût, toutefois elle serait meilleure si elle était plus aérée.
H.—Est-ce que l'eau contient de l'air ?
P.—En général, il y a dans l’eau des globules d'air qui la bonifient. Aussi la meilleure n'est pas celle qu’on puise à la source, mais celle qui a coulé quelqne temps sur le gravier, parce que, dans ce parcours, elle s'est saturée d'air et est devenue plus légère et plus digeste.”
À quelques pas de ià, ils rencontrèrent un homme ivre qui marchait en zigzag. Henri se mit à rire. Son père l'en reprit. “L'aspect d'un ivrogne, lui dit-il, ne doit qu'exciter la pitié ; plaignons ce malheureux esclave d'une passion aussi dégradante. A cette occasion je te dirai: Méfie-toi du vin. Il est salutaire pris en petite quantité, parce qu'il stimule l'estomac, augmentr la chaleur vitale et facilite la digestion et la circulation du sang. Mais, pris avec excès, il devient funeste : il trouble les facultés intellectuelles, produit dans le corps une chaleur nuisible, use les forces, ravale l'homme au-dessous de l'animal; et c'est justement qu'on l'a surnommé le bourreau de la raison et le corrupteur des mœurs.
Il me revient à la pensée un +--'& relatif à l'abus des boissons. Un jour que j'étais faction, à l'ouest de Paris, je vis auprès de ma guérite «ne pauvre femme qui s'etforçait de retenir son mari. “Mon ami, lui disait-elle, viens à la maison, où du moins remets-moi ta paye. Nos enfants ont faim, et je n'ai rien à leur donner. ”
—" Laisse-moi,” lui répondit-il brusquement. Et il entra au cabaret. La malheureuse alla s’appuyer la tête contre un arbre et pleura,
PARENT IEP SONCENRE EETTEUR ES
HYGIÈNE RELATIVE AUX BOISSONS. 91
Cette scène, qui, hélas! n'est pas rare, m'impressionna vivement, eten moi-même je me disais: * En vérité, 1 faut. n'avoir point de cœur pour aller ainsi dépenser en boisson l'argent qui peut seul assurer du pain à sa famille.
H.—Pauvre mère !... Qu'elle a dû souffrir! ...
P.—L'ivrognerie est, tu le vois, un vice hideux, dont on doit avoir de l'horreur. Toutefois on lecontracte aisément, si l'on n’y prend garde. Sois donc, ta vie entière, très réservé dans l'usage du vin.
H.—Papa, je vous le promets. Je n'en boirai que peu, et même jamais plus si vous me Île conseillez.
P.—Les hygiénistes recommandent de n’en boire qu'aux repas et en l'étendant. de moitié d'eau. Ils préfèrent le vin rouge au vin blanc, qui agit davantage sur le cerveau et les nerfs.
H.—Qu'est-ce donc qui rend le vin nuisible ?
P.—C'est que, en moyenne, il contient de l'alcool, ou, comme on dit, de l’eau-de-vie, dans la proportion d'environ un dixième de son volume.
H.-—D'où vient qu'on appelle l'alcool “ eau-de-vie, puisqu'il fait du mal? :
P.—Cette dénomination date du xr1° siècle, époque où il nt découvert. Un alchimiste prétendit qu'une boisson d'eau et d'alcool poivait prolonger la vie, et il donna à ce mélange le nom d'eau-de-vie, qui est resté à l'alcool ordinaire. Les sauvages le désignent par son vrai nom: ils l'appellent eau-de-feu.
F{.—Est-ce que partout on consomme, comme en France, du vin et de l’eau-de-vie.
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92 LA Morr CHOISISSANT SON PREMIER MINISTRE.
P—Non. Plus des trois quarts des habitants du globe ont d'autres boissons, et ne s'en portent que mieux On constate qu'en général la vie décroit dans une ville mesure qu'augmente la consommation de l'alcool. On à également reconnu que c'est dans les pays où il s’absorbc le plus de liqueurs fortes que l'on compte en plus grand nombre les cas de folie et les suicides.
* L'abus du vin et des autres liquenrs est un principe de diverses maladies, qui se transmettent parfois de génération en génération. En soi c'est un péché ; car le bon Dieu en nous donnant ce qui nous est nécessaire veut que nous en asions avec modération, selon ses dessins, et non à cause du plaisir qui s'y trouve.