GEORGE SAND
Tout est roman chez George Sand, et autour d'elle : non seulement son œuvre, mais sa vie; non seulement sa vie, mais celle de ses parents en remontant jusqu'à la troisième génération. Un siècle d'hérédité romanesque présidait à sa naissance. Devenue jeune femme, à l'âge où elle se cachait pour écrire ses premières fantaisies, elle surprit un jour son demi-frère, grand garçon de vingt-huit ans assez peu cultivé, qui soufflait et geignait sur un cahier à moitié noirci : il composait, lui aussi, son roman : (i Ah çà! nous l'avons tous dans le sang! » fut leur cri à tous deux. Oui, ils avaient tous le roman dans les veines, sans parler de quelques autres petites hérédités un peu mêlées.
Ce sang était le propre sang, direct, et légitimé, du héros de Fontenoy, Maurice de Saxe. On sait assez que ce guerrier, qui fat pour la France un
jy INTRODUCTION.
second Villars, était fils d'Auguste II de Pologne et de la célèbre Aurore de Kœnigsmark. Maurice de Saxe eut à son tour, d'une des demoiselles Verrières, une fille, Marie-Aurore, qui fut la grand'mère de George Sand. De sorte que par son père, qui était arrière-petit-fils du roi de Pologne, notre écrivain se trouvait proche parente - illégitime mais authentique - de Charles X et de Louis XVIII.
Marie-Aurore fut a reconnue » fille du comte de Saxe le 19 octobre 1748. Elle avait été adoptée en quelque sorte par la Dauphine,, fille d'Auguste II, qui la fit élever à Saint-Gyr et la maria à quinze ans au comte de Horn, lieutenant du roi à Schlestadt. Ce mariage s'arrêta à la cérémonie. Séparé de sa femme le soir même, le comte de Horn fut tué en duel quelques semaines après. Restée veuve sans avoir eu d'époux, madame de Horn vécut vertueuse; elle traversera une époque fort libre et un monde fort corrompu (( sans y laisser une plume de son aile )). Sa mère étant morte comme elle n'avait que vingt-cinq ans, elle se retira au couvent.
C'est là que vint la chercher un prétendant fort différent du premier, aussi galant et accompli de manières que le lieutenant était brutal et grossier, d'ailleurs plutôt assagi que sage, et portant jeune sous ses cheveux blancs. C'était Dupin de Francueil fils du fermier général Dupin, et beau-fils de cetteVemarquable madame Dupin de Chenonceaux dont Jean-Jacques fut quelque temps le secrétaire. Homme du monde, brillant causeur, pourvu de nombreux talents d'amateur (il écrivit les récitatifs du Devin du village), menant un train royal, par-