‹ Lectures littérairesChapitre 3 sur 106 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

plus tard madame Maurice Bupin; enfin, c'est dans ce même couvent rendu à sa destination primitive, que George Sand termina son éducation, de 1817 à

Madame Dupin fut relâchée le 4 fructidor (août 1794). Elle put se retirer à Nohant et compléter réducation de ce fils précocement mûri par l'épreuve, et qui avait fait preuve dans la tourmente d'une volonté et d'un esprit au-dessus de son âge. Ce Maurice faisait les délices et l'orgueil de sa mère avant d'en être la grande sollicitude quand plus tard il courut les champs de bataille de l'Europe, et d'en devenir l'éternelle douleur lorsque, à peine âgé de trente ans et réchappé de mille morts, l'écart d'un cheval ombrageux lui brisa la tête sur un pavé, à cent pas de sa porte.

George Sand, dans cette Histoire de ma vie qui est plutôt l'histoire de ses admirations dans le passé, a consacré les pages les plus poétiques, les plus attendrissantes, à l'histoire de ce père qu'elle entrevit, jeune et brillant, entre deux batailles, et qui disparut brusquement de sa vie quand elle avait quatre ans. C'était une nature de héros et d'artiste : follement brave et tendrement passionné, écrivain par instinct et musicien par inspiration, prodigue de toutes les richesses de son être, virtuose de cœur et d'esprit, d'abord emporté par la joyeuse fougue de sa jeunesse, puis marqué au front du sceau noir de la mélancolie dès la vingt-cinquième année; sa courte vie, dit George Sand, « fut un roman de guerre et d'amour, terminé à trente ans par une catastrophe imprévue ». Maurice Dupin traversa l'enfance de

INTRODUCTION. Vil

sa fille comme un météore. Mais, si jeune fût-elle, celle-ci en garda un éclair au cœur. Toute sa vie elle se sentit fille de son père plus que de sa mère; elle avait certainement hérité de lui la plupart des riches dons qui firent son génie. Aussi comme elle en parle! ce Ce père que j'ai à peine connu, et qui est resté dans ma mémoire comme une brillante apparition, ce jeune homme artiste et guerrier est tout entier vivant dans les élans de mon âme, dans les fatalités de mon organisation, dans les traits de mon visage. Mon être est un reflet, affaibli sans doute, mais assez complet, du sien. Le milieu dans lequel j'ai vécu a amené les modifications... ^ »

Si George Sand tenait par son père à deux maisons royales, par sa mère elle tenait au petit peuple de Paris. Sa mère, Sophie-Victoire-Antoinette Delaborde, était la fille d'un maître paulmier et maître oiselier, qui vendit des serins sur le quai des Oiseaux après avoir tenu un petit estaminet avec billards, où il ne fit pas ses affaires. Le parrain de la mère de George Sand était un brave homme du nom de Barra. Ce nom, « illustre dans la partie des oiseaux », se lisait encore, affirme George Sand, en 1847, boulevard du Temple, au-dessus d'un édifice de cages de toutes dimensions. Fille du peuple. Victoire Delaborde l'était avec toutes les qualités primesautières et toutes les lacunes qui comporte ce motc Nature vive et déséquilibrée, elle était ignorante et intelligente, moqueuse et naïve, passionnée et fantaisiste : d'ailleurs jolie à ravir, adroite de ses doigts comme

I Hist. de ma vie, I, 185.

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