‹ Lectures littérairesChapitre 84 sur 106 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Merci à Dieu pour la gerbaude I

CLAUDiE, prenant le gobelet que Rémy porte à ses

lèvres.

Ne buvez plus, mon père, vous êtes pâle!

RÉMY

Est-ce que j'ai mal parlé, cette fois? (A Rose.) Ai-je offensé la bourgeoise?

ROSE

Non, mon vieux! Je ne suis point portée contre le pauvre monde. Parlez, parlez !

RÉMY, lui présentant le bouquet qui domine la gerbe.

Que Dieu récompense les bons riches!... (Il V embrasse.) Qu'il les conserve tant qu'il y aura des pauvres! (Regardant Ronciat.) Des gens heureux qui lèvent la tête et qui font le mal,... il y en a : le

ciel les voit! Des gens bien à plaindre..., il y en a aussi : la terre les connaît! (Se replaçant près de la gerbe.) Gerbe! gerbe de blé, si tu pouvais parler, si tu pouvais dire combien il t'a fallu de gouttes de notre sueur pour t'arroser, pour te lier l'an passé, pour séparer ton grain de ta paille avec le fléau, pour te préserver tout l'hiver, pour te remettre en terre au printemps, pour te faire un lit au tranchant de l'areau, pour te recouvrir, te fumer, te herser, t'esherber, et enfin pour te moissonner et te lier encore, et pour te rapporter ici, où de nouvelles peines vont recommencer pour ceux qui travaillent. {E71 s exaltant.) Gerbe de blé! tu fais blanchir et tomber les cheveux, tu courbes les reins, tu uses les genoux. Le pauvre monde travaille quatre-vingts ans pour obtenir à titre de récompense une gerbe qui lui servira peut-être d'oreiller pour mourir et rendre à Dieu sa pauvre âme fatiguée... (A Ronciat avec colère.) C'est qu'il y a des mauvais cœurs, Denis Ronciat, il y a des mauvais cœurs! Je ne dis que ça.

DENIS, au Cornemuseux.

Vingt sous si tu fais brailler ta musette !

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