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ART ET CRITIQUE. — VARIETES

George Sand vaut surtout, vaut presque uniquement par ses romans. Son théâtre, qui n'est pas méprisable, n'a lui-même survécu dans certaines parties que parce qu'il donne l'illusion du roman en action. C'est qu'il faut à l'auteur une scène plus ample que celle des théâtres : le décor de la vie vivante est le seul qui convienne à son allure de fleuve paresseux et puissant. Partout ailleurs, elle est ou resserrée, ou légèrement dépaysée. Elle s'en rendait compte, et elle a défini maintes fois les bornes de son talent avec une charmante ingénuité. Elle n'a pas, à proprement parler, tenté d'en sortir; mais elle s'est exposée à les reconnaître maintes fois parce qu'elle était femme d'action autant que de rêve, et qu'elle a voulu défendre ses idées sous toutes les formes qui pouvaient émouvoir le public. Philosophie, politique, morale, elle a touché un peu, sinon beaucoup, à toutes ces questions, car toutes intéressaient la théorie morale et sociale sur laquelle reposent la plupart de ses romans. De môme, elle était trop de son temps pour ne s'être jamais occupée d'art ni de critique. Elle connaissait familièrement trop d'artistes et d'écrivains pour échapper à cette tentation. Les pages que nous lui devons sur ces sujets, sans avoir une très grande valeur, sont pourtant intéressantes. La critique en est en général molle et peu originale; mais ie sentiment, l'accent leur prête un air de confidence, et

nous fait pénétrer mieux encore dans le secret de cette nature parfaitement une et conséquente avec elle-même. Ses idées en art sont celles d'une personne qui s'est assimilé les choses plus qu'elle ne les a inventées; mais la qualité et le degré de l'assimilation nous révèlent la direction des inclinations naturelles. Ses idées en critique sont surtout des émotions : mais justement par cela même elles prennent une valeur de documents sur George Sand. Le don de création va rarement avec celui d'analyse. Ne demandons pas à l'auteur de Mauprat la dextérité d'un Sainte-Beuve dans le maniement des idées littéraires, non plus que la force de déduction d'un philosophe dans l'expression des idées pures. Ainsi, loin de nous plaindre qu'elle ne nous ait pas donné une page de vraie critique sur Rousseau son maître, ou sur « ce mal du siècle » dont elle a aussi connu la souffrance, félicitons-nous plutôt qu'elle se peigne par surcroît en peignant les émotions qu'éveille en elle le souvenir du « mal du siècle )) et celui de Rousseau.

Parmi les Variétés annoncées en tête de ce chapitre, on trouvera notamment quelques morceaux sur l'éducation. Ils ont de quoi intéresser qnand on connaît l'éducation que reçut l'auteur. On y verra une fois de plus que G. Sand fut la femme de son cœur et non celle de ses origines. Aujourd'hui encore, après tous les progrès accomplis par la science de l'éducation, de telles pages sont à retenir.

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