‹ Lectures littérairesChapitre 105 sur 108 · LE DÉPART. — UN RÊVE · texte numérisé non relu

LE DÉPART. — UN RÊVE

J'étais bien aise de quitter Athènes de nuit : j'aurais eu trop de regret de m'éloigner de ces ruines à la lumière du soleil : au moins comme Agar, je ne voyais point ce que je perdais pour toujours. Je mis la bride sur le cou de mon cheval, et, suivant le guide et Joseph c{ui marchait en avant, je me laissai aller à mes réflexions; je fus, tout le chemin, occupé d'un rêve assez singulier. Je me figurais qu'on m'avait donné l'Attique en souveraineté. Je faisais publier dans toute l'Europe que quiconque était fatigué des révolutions et désirait trouver la paix vînt se consoler sur les ruines d'Athènes, où je promettais repos et sûreté; j'ouvrais des chemins, je bâtissais des auberges, je préparais toutes sortes de commodités pour les voyageurs; j'achetais un port sur le golfe de Lépante, afin de

rendre la traversée d'Otrante à Athènes plus courte et plus facile. On sent bien que je ne négligeais pas les monuments : les chefs-d'œuvre de la citadelle étaient relevés sur leurs plans et d'après leurs ruines: la ville, entourée de bons murs, était à l'abri du pillage des Turcs. Je fondais une université, où les enfants de toute l'Europe venaient apprendre le grec littéral et le grec vulgaire. J'invitais les Hydriotes à s'établir au Pirée, et j'avais une marine. Les montagnes nues se couvraient de pins pour redonner des eaux à mes fleuves: j'encourageais l'agriculture; une foule de Suisses et d'Allemands se mêlaient à mes Albanais; chaque jour on faisait de nouvelles découvertes, et Athènes sortait du tombeau. En arrivant à Kératia, je sortis de mon songe, et je me retrouvai Gros-Jean comme devant.

{Itinéraire )

Un voyageur qui se fait respecter.

[Chateaubriand, toujours en quête de souvenirs, veut se diriger vers Troie. 11 est détourné de sa route par l'entente sournoise de son janissaire et de son drogman. Conduit à Kircagach malgré lui, il y arrive de fort méchante humeur.]

Kircagach étant une riche et grande ville, à trois lieues de la Somma, j'espérais y trouver un agent français qui ferait mettre ce Turc ^ à la raison. Le 7, à quatre heures du matin, toute notre troupe était à cheval, selon l'ordre cjue j'en avais donné. Nous arrivâmes à Kircagach en moins de trois heures, et nous mîmes pied à terre à la porte d'un très beau kan. Le drogman s'informa à Theure même s'il n'y avait point

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