Inslrument de musique arabe
serrait sa taille élégante; son jupon court, étroit et sans plis, découvrait une jambe fine et un pied charmant : une mantille également noire était jetée sur sa tète; elle tenait avec sa main gauche cette mantille croisée et fermée comme une guimpe au-dessous de son menton, de sorte que l'on n'apercevait de tout son visage que ses grands yeux et sa bouche de rose. Une duègne accompagnait ses pas ; un page portait devant elle un livre d'église; deux varlets, parés de ses couleurs, suivaient à quelque distance la belle inconnue : elle se rendait à la prière matinale, que les tintements d'une cloche annonçaient dans un monastère voisin. Aben-Hamet crut voir Fange Israfil ou la plus jeune des houris. L'Espagnole, non moins surprise, regardait TAbencerage, dont le turban, la robe et les armes embellissaient encore la noble figure. Revenue de son premier étonnement, elle fit signe à l'étranger de s'approcher avec une grâce et une liberté particulières aux femmes de ce pays. « Seigneur Maure, lui dit-elle, vous paraissez nouvellement arrivé à Grenade : vous seriez -vous égaré?
— Sultane des fleurs, répondit Aben-Hamet, délices des yeux des hommes, ô esclave chrétienne, plus belle que les vierges de la Géorgie, tu l'as deviné! je suis étranger dans cette ville : perdu au milieu de ces palais, je n'ai pu retrouver le kan des Maures. Que Mahomet touche ton cœur et récompense ton hospitalité !
— Les Maures sont renommés pour leur galanterie, reprit lEspagnole avec le plus doux sourire, mais je ne suis ni sultane des fleurs, ni esclave, ni contente d'être recommandée à Mahomet. Suivez-moi, seigneur chevalier, je vais vous conduire au kan des Maures. »
Elle marcha légèrement devant l'Abencerage, le mena jusqu'à la porte du kan, le lui montra de la main, passa derrière un palais, et disparut.
A quoi tient donc le repos de la vie! La patrie n'occupe plus seule et tout entière l'âme d' Aben-Hamet : Grenade a cessé d'être pour lui déserte, abandonnée,
veuve, solitaire; elle est plus chère que jamais à son cœur, mais c'est un prestige nouveau qui embellit ses ruines; au souvenir des aïeux se mêle à présent un autre charme. Aben-Hamet a découvert le cimetière où reposent les cendres des Abencerages; mais en priant, mais en se prosternant, mais en versant des larmes fiHales, il songe que la jeune Espagnole a passé quelquefois sur ces tombeaux, et il ne trouve plus ses ancêtres si malheureux.