Allusion à des croyances indiennes
purifiée : elle n'oublia point de la parer avec des graines de différentes couleurs et des fleurs de divers parfums; enfin, elle la renferma dans les peaux d'hermine, et la suspendit de nouveau à ses épaules par une tresse de chèvrefeuille : la pèlerine qui s'avance pieds nus dans les montagnes de Jérusalem porte ainsi les présents sacrés qu'elle doit offrir au saint tombeau.
La fille de Tabamica traversa sur un pont de liane la rivière qui lui fermait le chemin. Elle avait à peine marché une heure qu'elle se trouva engagée au milieu d'un terrain coupé de flaques d'eau remplies de crocodiles. Tandis qu'elle hésite sur le parti qu'efle doit prendre, elle entend haleter derrière elle; elle tourne la tète, et voit briller les yeux vitrés et sanglants d'un, énorme reptile. Elle fuit, mais elle heurte du pied un autre monstre et tombe sur les écailles sonores. Le dragon rugit, Céluta se relève et ne sent plus le poids léger que portaient ses épaules. Elle jette un cri; prête à être dévorée, elle n'est attentive qu'à ce qu'elle a perdu. Tout à coup les deux monstres, dont elle sentait déjà la brûlante haleine sur ses pieds, se détournent; ils se hâtent vers une autre proie. Que les regards dune mère sont perçants 1 ils découvrent parmi de hautes herbes l'objet qui attire les affreux animaux! Céluta s'élance, saisit son enfant, et ses pas, que n'aurait point alors devancés le vol de l'hirondelle, la portent au sommet d'un promontoire d'où l'œil suit au loin les détours du Meschacébé.
Victoire d'une femme, qui dira ton orgueil et tes joies? L'astre des nuits, qui vient de dissiper dans le ciel les nuages d'une tempête, paraît moins beau que la pâle Céluta, triomphante au désert. Amélie avait ignoré le péril ; elle ne s'était même pas réveillée dans son lit de mousse; sa parure conservait la fraîcheur et la symétrie. Chargée du berceau où l'innocence dormait sous des fleurs, Céluta avait accompli sa fuite, comme l'élégante canéphore achevait sa course, sans déranger dans sa corbeille les guirlandes et les cou-
ronnes. Mais la frayeur, qui n'avait pu troubler l'enfant, avait exercé son pouvoir sur la mère ; le sein de Céluta s'était tari : ainsi, quand la terre est ébranlée par les secousses de l'Etna, disparaît une fontaine dans les champs de la Sicile, et l'agneau demande en vain l'eau salutaire à la source épuisée.
(Les Natchez.)
L'assemblée des tribus indiennes.
[Ce u dénombrement », qui est surtout une peinture, est à rapprocher de la page pittoresque sur les combattants de la bataille de Mérovée, dans /e.s Martyrs. Voir p. 215.]
Toutes les nations étant arrivées, elles montèrent au rocher du Grand-Esprit et vinrent occuper tour à tour l'enceinte préparée.
Les Iroquois parurent les premiers ; nulle autre nation n'aurait osé passer avant eux. Ces guerriers avaient la tête rasée, à l'exception d'une touffe de cheveux qui composait avec des plumes de corbeau une espèce de diadème ; leur front était peint en rouge; leurs sourcils étaient épilés; leurs longues oreilles découpées se rattachaient sur leur poitrine. Chargés d'armes européennes et sauvages, ils portaient une carabine en bandoulière, un poignard à la ceinture, un casse-tête à la main. Leur démarche était fîère, leur regard intrépide : c'étaient les républicains de l'état de nature. Seuls de tous les sauvages, ils avaient résisté aux Européens et dompté les Indiens de l'Amérique septentrionale. Le Canada était leur pays. Ils entrèrent dans la salle du conseil en exécutant le pas d'une danse guerrière; ils prirent à la droite du torrent la place la plus honorable.
Après eux parurent les Algonquins, reste d'une nation autrefois si puissante et qu'après trois siècles de
guerre les Iroquois avaient presque entièrement exterminée. Leur langue, devenue la langue polie du désert, comme celle des Grecs et des Romains dans l'ancien monde, attestait leur grandeur passée. Ils n'avaient que deux jeunes hommes pour députés; ceux-ci, d'une taille élevée, d'une contenance guerrière, ne portant ni ornements ni peintures, entrèrent simplement et sans danser dans l'enceinte. Ils passèrent devant les Iroquois, la tête haute, et se placèrent en silence sur la gauche du torrent, en face de leurs ennemis.
Les Hurons venaient les troisièmes : vifs, légers, braves, d'une figure sensible et animée, c'étaient les Français du Nouveau-Monde. De tout temps alliés d'Ononthio ^ et ennemis des Iroquois, ils occupaient quelques bourgades autour de Québec. Ils se précipitèrent dans la salle du conseil, jetèrent en passant un regard moqueur aux Iroquois, et s'assirent auprès de leurs amis les Algonquins.
Un prêtre suivi d'un vieillard, et ce vieillard suivi lui-même d'un guerrier sur l'âge, arrivèrent après les Hurons. Le prêtre n'avait pour tout vêtement qu'une étoffe rouge roulée en écharpe autour de lui : il tenait à la main deux tisons enflammés, et murmurait à voix basse des paroles magiques. Le vieillard qui le suivait était un Sagamo ou un roi ; ses cheveux longs flottaient sur ses épaules; son corps nu était chargé d'hiéroglyphes. Le guerrier qui marchait après le vieillard portait sur la tête un berceau, par honneur pour les enfants qu'on adorait dans son pays. Ces trois sauvages représentaient les nations abénaquises, habitantes de l'Acadie et des côtes du Canada. Ils prirent la gauche des Iroquois.
Un homme dont le visage annonçait la majesté tombée se présenta le cinquième sur le rocher. Un manteau de plumes de perruche et de geai bleu, suspendu à son cou par un cordon, llottait derrière lui