‹ Lectures spirituelles pour le temps de l'avent disposéesChapitre 41 sur 55 · TROISIEME SEMAINE · texte numérisé non relu

TROISIEME SEMAINE

JEAN-BAPTISTE TRAÇANT ATX PEUPLES DES REGLES DE MORALE, ET CONDAMNANT LES VICES LES PLIS OPPOSÉS A l'esprit de JÉSIlS (jnUST.

Ce n'était point assez pour le saint précurseur de prêcher en général la pénitence; mais, afin de mieux instruire les peuples et de leur donner une connaissance plus distincte de ce qu'il y avait à réformer dans leurs mœurs, il descend au détail des vices les plus opposés à l'esprit de Jésus-Christ, et leur trace des règles de morale toutes contraires à ces désordres. Il condamne donc : 1° L'impureté : // ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère (1). 2" L'ambition : Toutes les montagnes et toutes les collines seront abaissées (2), 3° L'attachement aux richesses : Ne demandez rien au delà de ce qui vous est marqué. Contentez-vous de votre solde (3). 4° Les emportements et les violences : Ne faites point de violence (4). 5' La médisance : Ne parlez mal de personne (5). 6° La dureté envers les pauvres : Que celui qui a deux habits en donne îin à celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger en use de même (6).

(1) Marc. VI, 18. - li) Luc, m, 5. - (3) Ibid., 14. - (4) Ihid.— (5) Ibid - f6) Ibid., 11.

PREMIEIŒ LECTURE

LUNDI

SUR L'IMPURETE

Jean-Bafthte condamnant llmpurctc.

yon licet libi habei-e v.iorem frutris tui.

Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère. {Marc, vi, is.)

Il fallait tout le zèle et toute la sainteté de Jean- Baptiste, pour parler avec tant dassurance à un roi possédé de sa passion, et pour sexposer de la sorte à sa disgrâce. Mais, sans être ni aussi zélé ni aussi saint que ce divin précurseur il ne fallait qu'une étincelle de raison pour voir toute lindignité du commerce où Hérode était plongé, et pour en connaître tout le désordre. C'est néanmoins ce que ce prince voluptueux ne voyait pas lui-même, ou ne voulait pas apercevoir ; et tel est le caractère et le dérèglement alîreux de Timpureté. Il semble, dès qu'on se laisse dominer par ce vice infâme, qu'il nous fasse perdre toute raison, et avec la raison, toute religion. De sorte que l'impudique n'a plus de règle droite et sûre qui le guide, ni raison qui le conduise en qualité d'homme, ni religion qui le conduise en qualité de chrétien. Arrêtonsnous à ces deux pensées. Toute la raison de l'homme renversée par l'impureté, premier point ; toute la religion du chrétien profanée par l'impureté, second

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point.. Ellels pernicieux dune passion dont nous ne pouvons trop concevoir d'horreur, et contre laquelle nous ne pouvons nous précautionner avec trop de soin.

Toute la raison de riiomme renversée par l'impureté. On n'en doit pas être surpris : car il n'est rien de plus opposé à la raison que les sens ; or l'impureté est un péché des sens, et c'est même de toutes les convoitises des sens la plus animale et la plus grossière. De là donc, ou bien elle éteint en nous toutes les lumières de la raison, ou, sans les éteindre, elle nous fait agir contre toutes les vues de notre raison.

1° Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison. En elïet, à consulter la seule raison, combien y a-t il de motifs les plus forts et les plus puissants pour nous détourner d'un vice aussi honteux et aussi dan gereux que l'est l'impureté ? La pudeur naturelle, les bienséances de l'état, du rang, de l'emploi, de la profession ; les suites malheureuses où s'expose surtout une personne du sexe, aux dépens de sa réputation et de tout le bonheur de sa vie ; les périls où elle s'engage là-dessus, et les risques qu'elle a à courir ; le dérangement où vit un homme par rapport à ses devoirs, par rapport à son avancement dans le monde, par rapport à la conduite de ses affaires, et souvent par rapport à sa santé qu'il ruine ; l'esclavage et la dépendance où il passe ses jours auprès d'une idole dont il est adorateur ; les infidélités qu'il éprouve, les désagréments qu'il essuie, les inquiétudes qui l'agitent, les dépenses qu'il fait et qui l'incommodent ; les exemples dune infinité de gens qui, par là, se sont perdus ; les discours du public, les remontrances et les reproches de ses amis; mille

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autres considérations plus particulières encore et plus secrètes : tout cela bien examiné et bien pesé, si l'on était raisonnable, devrait servir de préservatif contre les amorces de la plus flatteuse passion. Mais dès quelle sest emparée du cœur, plus d'attention à tout cela : on dépose toute pudeur, on ferme les yeux à toute bienséance, on méprise tout danger, on oublie tout intérêt, on supporte toute contrainte, toute gêne ; on dévore tout chagrin, on ne plaint nulle dépense, on ne profite de nul exemple, on n'écoute nul avis, nul conseil. L'esprit et le cœur ne sont occupés que d'un objet : tout le reste disparaît ; et où est alors la raison ? 2» Si l'impureté n'éteint pas dans nous les lumières de la raison, du moins nous fait-elle agir contre toutes les vues de notre raison. Point de preuve plus sensible que le témoignage de saint Augustin, qui le connaissait par son expérience propre, et qui s'en est si bien expliqué. Je soupirais, dit-il, je voyais ma faiblesse^ fen rougissais ; et cependant j'étais toujours attaché, non point par une chaîne de fer, mais par ma volonté dépravée, plus dure que le fer. Voilà comment la passion tyrannise un homme qui s'y est une fois livré. Il gémit de sa servitude, et il en sent tout le poids. Il voit tout ce qu'une saine raison demanderait, et il est le premier à reconnaître ses égarements : mais de briser ses liens et de se dégager, c'est à quoi il ne peut se résoudre. Il suit le charme qui l'enchante, et quoiqu'il condamne dans lui le vice, il n'en est pas moins vicieux. Samson n'ignorait pas que Dalila le trahissait. Que lui disait sur cela sa raison ? Mais sa raison avait beau parler, il ne laissait pas de rechercher avec la même assiduité cette perfide, et de se tenir auprès d'elle. Peut-être à la fin de nos jours vient-il un temps où la raison prend le dessus ; mais peut-elle désormais réparer les dommages infinis qu'on s'est causés à soi-même ? Plus sage

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mille lois celui ([iii les prévient de bonne heure, et qui n'attend pas si tard à y apporter le remède !

Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté. Deux sortes de profanations : lune générale, par rapport à tous les états du christianisme; l'autre particulière et plus criminelle encore, par rapport à certains engagements et à certains caractères.

lo On peut dire en général que toute impureté dans un chrétien est une profanation : pourquoi ? parce qu'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus- Christ, honorée d'une alliance toute pure avec Jésus- Christ, devenue le temple du Saint-Esprit, que l'Apôtre appelle l'Esprit de Jésus-Christ, Morale que nous ne devons point traiter d'idée subtile et superficielle, mais dont nous comprendrions toute la solidité et toute la force, si nous étions plus remplis des principes de la religion et plus touchés de ses sentiments. Morale dont les Pères ont fait plus d'une fois le sujet de leurs instructions, et sur laquelle TertuUien insistait si vivement. Car, disait-il, avant que le Fils de Dieu se fût revêtu d'un corps semblable au nôtre, c'était toujours un crime de s'abandonner aux désirs de la chair; mais depuis le mystère de l'Homme-Dieu, maintenant et plus que jamais, ce n'est plus seulement un crime, c'est un sacrilège. Morale qu'ils avaient puisée dans l'excellente et sublime théologie de saint Paul, et dans ces fréquentes exhortations qu'il faisait aux fidèles, en leur représentant qu'ils étaient les frères de Jésus-Christ, qu'ils étaient ses membres, qu'ils étaient son corps, et par conséquent qu'ils avaient une obligation plus étroite de se conserver purs et sans tache. Q^^oi doue! s'écriait dans l'ardeur de son zèle ce maître des gentils, quoi!

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les mcnibrcs de Jésus-Christ, je les abando/iurrai à une prostituée (1)! Quel scandale dans la foi que nous professons ! quel abus énorme !

2o Profanation particulière, et plus criminelle encore par rapport à certains engagements, à certaines vocations, à certains caractères. Xentrons point là-dessus trop avant dans un détail qui pourrait blesser les âmes innocentes et chastes. Il serait à souhaiter que ces abominations fussent ensevelies dans un éternel oubli : mais le moyen de dérober à la connaissance du public des désordres si publics ? Que veux-je donc dire ?Vous le savez, vous qui liés par le sacré nœud du mariage, après vous être juré, au pied de l'autel, une fidélité mutuelle et inviolable, démentez toutes vos promesses, et profanez un sacrement si saint par des attachements si illégitimes ; vous le savez, vous qui, sans respect pour le Dieu vivant et pour la présence de son Fils adorable, osez profaner le temple même, le sanctuaire, la table de Jésus-Christ, et y apporter toute la corruption d'un cœur sensuel et dissolu; vous le savez, vous qui, voués spécialement au Seigneur, élevés aux plus hauts ministères, employés à la célébration des mystères les plus redoutables, consacrés pour cela et comme marqués du sceau de Dieu, vous dégradez vous-mêmes, et n'avez point horreur de profaner dans votre caractère ce que la religion a de plus auguste et de plus divin. Après cela nous étonnerons-nous de tant de calamités qui se répandent sur laterre;etn'est-cepaslejustechâtiment de la licence effrénée de notre siècle et du débordement de nos mœurs ? Rappelons toute notre raison, ranimons toute notre religion; lune et l'autre, avec la grâce du Ciel, purifieront nos voies, et rétabliront le peuple de Dieu dans sa première sainteté.

(1) \ Cor., VI, 15.

DEUXIEME LECTURE

MARDI

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