‹ Légende des sièclesChapitre 44 sur 277 · V. IIlgo. — Lcgende des Siècles. lll · texte numérisé non relu

V. IIlgo. — Lcgende des Siècles. lll

NOTICE

La pièce de Suprématie appartient à une date où V. Hugo songeait à donner dans la Légende des Siècles une place plus grande à l'Orient arabe et à l'Extrême-Orient, dont les légendes et le décor offraient à son imagination une source si riche de pittoresque.

Un certain nombre de brouillons inachevés témoignent de son intention et d'un commencement de mise à exéciation : dans l'un de ces brouillons, qui date, comme Suprématie, de 1870, et qui porte pour titre Le Brahmine et le Mage, est ébauchée une comparaison entre la religion de l'Inde et celle de l'Egypte.

La pièce de Suprématie, qui portait en coin de page l'indication Inde. a été la seule achevée.

Elle n'est autre que la traduction à peu près littérale d'un passage de l'Oupanichad du Sama-Veda, cité par Pautluer dans Les Livres sacrés de l'Orient, volume si souvent mis à contribution par V. Hugo pour ses différents poèmes de VIslam et des Trônes d'Orient.

Dans la traduction du Kena-Oupanichad du Sama-Veda donnée par Pauthicr, il est raconté comment A.gni, dieu du Feu, Vayou, dieu du Vent, et Indra, dieu de l'Espace, vainqueurs des mauvais génies grâce à la protection invisible de Brahma, s'attribuent à eux-mêmes tout le mérite de la victoire. Brahma, l'Être Suprême, décide de leur apparaître et de les humilier. Sans qu'ils arrivent à le connaître et à le voir, l'Etre Suprême démontre à Agni, à Vayou et n Indra leur faiblesse et leur impuissance. Il faut que la femme de Siva, rencontrée par Indra, les avertisse et leur enseigne que c'est Brahma qui leur est apparu. Agni, Vayou et Indra en tirent un nouvel orgueil. V. Hugo a détaché l'épisode central.

A cette partie du récit sacré il n'a rien ajouté, à l'exception de

quelques détails empruntas aux figurations premières d'Agni et d'Indra ; il a suivi le texte pas à pas ; ses seules amplifications ont porté sur les attributions des trois divinités : feu, vent et espace; il a cherché une gradation dans les efTels de leur puissance et interverti l'ordre ovi les trois concurrents essaient leurs forces. C'est Vayou, le dieu du vent qui intervient le premier. Agni vient après lui, les effets du feu semblant au poète plus pittoresques encore que ceux de l'ouragan ; Indra s'avance le dernier, car V. Hugo, en commentant le mot Espace, a fait d'Indra le dieu de l'Univers et de l'Immensité.

La pièce portait pour titre premier : Disparaître, c'est se montrer. C'est en effet en échappant aux regards d'Indra qui prétend lout pénétrer que Brahma manifeste sa toute-puissance et sa supériorité.

V. Hugo, respectueux du texte de VOapanichad. n'a presque rien altéré du caractère à la fois naïf, mystérieux et grandiose du Sama- Veda. Dans Suprématie il a fait preuve du même sens artistique que dans Aymerillot et Le Mariaçje de Roland ; guidé par la prose de Jubinal, il avait retrouvé le ton et l'allure de nos vieilles chansons de geste; ici, conduit par la traduction de Pauthier, il s'assimile l'esprit et presque le rythme des Ecritures védiques.

LIVRES SACRES DE L'ORIENT Introduction, p. xviii.

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