LE GÉANT, AUX DIEUX LES TEMPS PANIQUES
NOTICE
Le premier titre du livre Entre Géants et Dieux fut Les Trois Titans.
Un pareil titre laisse supposer que V. Hugo eut, drs la première conception du sujet, le dessein de créer trois personnages dissemblables, trois types distincts de géants.
Et en effet, ce qui distingue entre eux les trois poèmes de la Légende des Siècles de iH'j-, c'est, plus que le fond des idées, le caractère des personnages. Victimes de Jupiter au môme degré, révoltés pareillement contre l'oppression des Dieux, aucun des trois Titans n'envisage pourtant son malheur de la même façon ; aucun ne s'indigne sur le même ton. Il v a gradation dans la solennité, dans l'amplitude et dans la portée de leurs plaintes. Le premier Titan ne |)hilosoplie pas, c'est un révolté aux manières frustes, il raille avec des brusqueries populaires. Exclusivement préoccupé de sa situation personnelle, il ne parle point de ses frères ; il se borne à invectiver les Dieux, et le fait avec une mauvaise humeur vulgaire ; il bouscule d'une langue rude les Olympiens et les menace d'un gros poing ; il a des ruades de « Pégase au vert » ; il est, selon sa propre expression, « de pâle grossière », il y a du débraillé dans sa tenue et c'est un insurgé de bas étage ; il reproche aux Dieux leur commune Vénus, il ne veut pas qu'ils viennent « faire l'amour » dans ses domaines ; « Il ne faut pas me croire
...plus bête encor que je ne suis, »
s'exclamc-t-il vulgairement; sa dernière apostrophe est dans la manière plébéienne et son « Tas de Dieux ! » sonne, en finale, comme une injure de mal-appris.
Le second Titan, celui des Temps Pani(]iies, est un triste et un sensible ; sa plainte est un continuel lamenlo ; il s'attarde au spectacle de ses malheurs et de ceux de ses frères ; il gémit sur la servitude des géants, sur la perte de leur dignité : Brontes et Pvracmon ont « toute honte bue » et
Polyphùme amoureux n'est phis qu'un imbécile. »
Il module inlassablement et il ressasse, en les ponctuant d'hélas ! ses regrets et ses doléances.
Les deux premiers poèmes d'Entre Géants et Dieux sont courts, ils ne sont manifestement, dans la pensée de V. Hugo, qu'un prélude.
Son premier géant est une charge en quelques coups de crayon égayés ; le second est une ébauche, déjà poussée ; le soin de faire le tableau est réservé au troisième Titan.