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UNE MALADIE SECRÈTE

Il n'y a que quelques années la seigneurie de Beauharnais appartenait à un grand d'Angleterre, qui en avait confié le soin à un homme équitable et plein d'une honnête bonhomie. Les forêts seigneuriales étaient alors ouvertes à tous les plaisirs , et les habitants du lieu en usaient en bons fils de famille.

Mais depuis que des spéculateurs avides se sont partagé en lambeaux ces domaines naguère si heureux , la joie est disparue, loin d'entraîner avec elle la misère et les infructueux travaux.

Sous le régime libéral de la vieille tenurc, j'avais

(1) M. Poitras est avocat du barreau de Montréal.

moi-même battu plus d'une fois les sentiers ombreux du domaine seigneurial. Plus d'une fois aussi l'écho de ses bois avait répété le bruit inoffensif de mon fusil inhabile. Ce fut dans une de ces courses que je m'arrêtai un jour sur une pointe de terre qui s'avance dans le fleuve et dont le charmant aspect attira plus tard mes pas journaliers. Ce lieu ravissant, connu sous le nom de Pointe du Buisson, réunit, malgré son peu d'étendue, tous les agréments que puisse offrir la plus riche nature. Le fleuve en baignant la rive semble par un effort suprême vouloir étaler toutes ses richesses, sa force et sa limpidité. Les cascades se soulèvent par milliers, revêtues des plus brillantes couleurs , mêlées d'or , d'argent et d'azur. Elles se choquent entre elles, puis s'embrassent tout à coup pour retomber enlacées sur leur lit pavoisé d'une mousse soyeuse. Toute la masse des eaux, resserrée en cet endroit entre une île et la pointe, bondit tumultueusement, variant sans cesse ses luttes et ses couleurs. À de courts intervalles vous pouvez voir un bateau s'engouffrer dans ces gorges et disparaître sous l'écume mugissante, pour remonter bientôt glorieux sur les flots, prêt à recommencer la lutte, sans prendre le temps de sécher ses abondantes sueurs.

Souvent , assis sur un tertre verdoyant et les pieds sur les bords gazonnés du buisson , je rêvais le bonheur du poète dont le regard inspiré eût contemplé ce tableau enchanteur. Mais une larme de dépit m'arrachait de mes méditations infructueuses et me reportait dans les sinueux sentiers du bois où mes dents faisaient force poésie sur les mûres et les framboises. Les fruits les plus variés, les plus délicieux, s'offraient de toutes parts pour égayer mes soucis, et je confessais gaîmentque la nature m'avait plutôt fait glouton que poète.

A différentes époques je m'étais arrêté à examiner les dehors d'un ermitage situé sur la partie la plus pitto-

resque du buisson. Le lierre envahisseur en avait caché jusqu'à la moindre ouverture. Il était facile de voir par la tenue sauvage de l'alentour que plusieurs années s'étaient écoulées depuis qu'on y était entré.

Un jour que j'étais à deux pas de là , à prendre une collation de framboises en la société de plusieurs jeunes personnes, j'entendis l'une d'elles dire en soupirant :

— Tu te rappelles, Lydie, du temps où nous venions fêter ici ce qu'ils appelaient « le jour du frère et de la sœur ? » — Nous avions bien du plaisir, répondit l'autre en soupirant à son tour.

L'expression involontaire de ces regrets pour le temps passé piqua ma curiosité. Je demandai un mot d'explication, mais on me dit que c'était une longue histoire, et personne ne voulait se charger du récit. J'insistai, je priai , sans trop réussir. J'aurais bien pu terminer la contestation en m'adressant à mon voisin : mais j'attachais déjà trop d'importance aux paroles d'une femnre pour démordre de mes premières sollicitations. Je vis enfin une poitrine se soulever par trois longs soupirs, des doigts délicats se sécher du jus de framboises, et déposer un plat encore rempli de fruits. C'était un exorde de rigueur et de bon augure.

« L'ermitage avait été construit il y avait déjà de longues années, c'est-à-dire vingt-cinq à trente ans. A peine était-il garni de quelques meubles qu'on le vit habité par deux jeunes enfants et une bonne à figure honnête et déjà sur le retour de l'âge.

Carolle et Eliza voyaient gaîment s'épanouir leur premier lustre et ne souhaitaient rien autre chose que des bonbons et les baisers de la bonne Marianne , qu'ils appelaient maman-grand'mère.

Le père des deux enfants venait plusieurs fois dans l'année passer quelques jours à l'ermitage et y laissait chaque fois une abondante provision de bonbons et de

jouets. Il arriva un jour sans son entourage ordinaire de poupées et de dragées. Peu s'en fallut qu'il ne s'ensuivît une insurrection déplorable. Mais le père calma bientôt cet ouragan formidable en annonçant aux rebelles qu'ils allaient laisser l'ermitage et venir à la ville choisir leurs joueis eux-mêmes. Mais, hélas ! cruelle déception! En arrivant à Montréal, Elizadut embrasser son frère pour aller goûter les bonbons du couvent , tandis que Carolle, de son côté, suivait son père vers un collège des Etats-Unis.

Quatre années s'écoulèrent avant qu'ils se revissent. Après une si longue absence , l'ermitage s'ouvrit pompeux et décoré pour recevoir ses anciens hôtes. Des merveilles étonnantes s'étaient opérées pendant ces quatre années. Le frère et la sœur, qui se revoyaient pour la première fois, se regardaient, de haut en bas, comme si , au réveil d'une longue nuit, où une fée mystérieuse aurait touché leur existence de son talisman miraculeux, ils auraient cherché mutellement en eux les traces de la veille entièrement effacées.

Eliza qui, à son départ, faisait de longues tresses de ses cheveux, une ceinture dont le double nœud laissait encore flotter ses extrémités ondoyantes, encadrait alors sa figure d'ange dans un double cintre du plus riche châtain, qui s'ombeliait en se nouant derrière les oreilles. Le reste de sa tenue ne laissait aucune trace des années de l'enfance, et laissait facilement voir qu'une camériste habile avait entièrement improuvé la vieille routine de la bonne Marianne, qui se trouva toute désorientée dans ce nouveau système de toilette.

Carolle , quoiqu'il eût alors ses seize ans bien comptés, ne paraissait pas avoir beaucoup progressé dans la perfection de son physique. Il semblait môme n'avoir jamais songé à porter le moindre soin à sa personne, et il parut tout étonné de voir l'attention particulière avec

laquelle sa sœur redressait le plus léger filet qui s'écartait de l'enchevêtrement travaillé de sa chevelure. Chez lui aussi il n'était pourtant resté aucun vestige de la légèreté de ses premières années. Une humeur sombre et pensive avait succédé à toutes les folles joies de l'enfance. Une idée fixe, unique, occupait continuellement son imagination naguère si expansive. Cette inquiète préoccupation ne ferma pas néanmoins son cœur aux douces consolations de l'amour fraternel. Mais dès qu'il était seul , ses pensées reprenaient leur cours et tombaient comme un cauchemar accablant sur tous les instants de sa solitude.

Il fallut bientôt se séparer pour reprendre de nouveau la discipline du pensionnat. Il serait assez difficile de dire ce que la courte vacance qui les avait réunis avait jeté d'étranges sentiments dans le cœur de chacun d'eux. Eliza ne parut plus la même. La vie qu'elle s'était faite si joyeuse, si folâtre, dans ses premières années d'études, lui devint dure et insoutenable ; et , chose étonnante, ce ne fut que de ce moment qu'elle sembla vouloir en jouir pleinement. Elle commença à étudier les charmes de son esprit et de sa personne, et à mépriser les amusements de l'enfance. L'instinct du beau, si naturel à son sexe, se réveillant prématurément en elle, elle devina bientôt les privilèges attachés à sa nature, et saisit avec avidité la clef des admirations que prodigue la société à la beauté et à l'esprit cultivé. Ce fut avec le même dégoût de la réclusion que Carolle se rendit au collège. Lui aussi, il osa demander aux grâces si elles n'auraient pas échappé chez lui quelqu'un de leurs dons enchanteurs. Cette première investigation était loin de pouvoir le désespérer ; aussi commença-t-il activement à exploiter le fonds de talents et de valeur physique que la nature lui avait départi.

Nous laisserons ces quatre années passer inaperçues,

et nous viendrons de suite à l'ermitage', qui s'ouvrait enfin pour posséder long-temps les deux anges du buisson. Eliza était libre depuis deux ans, et connaissait déjà amplement toutes les petites intrigues qui composent la vie de tous les mortels. Carolle avait de l'éducation tout ce qu'il en faut pour faire un savant ou un artiste ; mais il lui manquait la connaissance du monde , pour l'étude duquel il se remit sans réserve entre les mains de sa sœur.

Sans savoir pourquoi , Carolle commença néanmoins à s'éloigner d'elle dès les premiers jours de son arrivée. Il partait le matin, son fusil sur l'épaule, et ne reparaissait que le soir, morne, abattu, brisé de fatigue et de tourments intérieurs. Eliza, laissée à elle seule, renchérissait sur la taciturne mélancolie de son frère. Elle passait tout le jour en promenades , sans but, sans consolation, rentrant le soir sans savoir ce qu'elle avait fait. Souvent elle avait surpris son frère assis sur la dernière pierre d'un précipice , la tète appuyée dans ses mains , et les pieds inondés du reflux des flots. Elle s'en retournait en essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues roses et en se demandant à elle-même : — Mon Dieu, qu'a-t-il?

Un jour que,. cachée derrière des broussailles, elle l'examinait assis sur cette pierre menaçante , elle le vit tout-à-coup se lever, la figure sereine et le pas assuré. Elle s'enfuit promptement pour dérober ses yeux rougis. Mais il l'atteignit bientôt , et, l'enlaçant dans ses bras, il lui demanda pardon de la solitude dans laquelle il la laissait vivre.

— Pourquoi, en effet, nous fuyons-nous? reprend la tendre jeune fille. Pourquoi me laisser seule ? Oh ! si tu savais combien mes pensées sont tristes et mon âme inquiète, quand tu me laisses ainsi seule ! Toi-même, comme tu parais souffrir dans la solitude que tu cherches

sans cesse ! Qui sait , si nous parlions ensemble de ce qui nous occupe lorsque nous sommes loin l'un de l'autre, si nous n'allégerions pas nos peines respectives?

— Hélas! dit le jeune homme avec amertume, tu peux, toi, me parler de tes soucis, mais moi...

— Tu consens au moins à ce que je parle un peu de moi. Eh bien ! tu as vu souvent ces petites villageoises qui viennent cueillir ici des fruits. Ne leur as-tu jamais entendu dire entre elles : « Ce panier de mûres , ce casseau de framboises , je le garde pour maman. » Comme elles parlent avec amour, avec tendresse, de leur mère ! Ce nom de mère n'a-t-il pas souvent porté sur tes lèvres cette question désespérante : Notre mère à nous, qui est-elle, où est-elle? Ohî Carolle, qu'il est cruel, n'est-ce pas , de ne pouvoir répondre à cette question ! Qu'il est cruel de n'avoir pas à ses côtés cet être aimant pour nous attirer contre son cœur et nous répondre par des baisers !

— Tu y penses donc, toi aussi, malheureuse enfant! Je ne te laissais donc jamais seule, puisque ma pensée continuelle demeurait avec toi et s'unissait à la tienne ! Oh! oui, une mère, une mère!... pour connaître nos peines , pour les faire oublier de sa douce parole ! . . .

Tout-à-coup la jeune fille sembla renaître sous l'inspiration d'une idée inattendue.

— Dis donc, Carolle, reprit-elle, si par hasard c'était encore un des secrets de papa de nous cacher l'existence de notre mère? Oh ! quel bonheur de la retrouver!...

— La retrouver! Oh! non, jamais... Papa nous aime trop pour nous cacher une chose pareille. Ne l'espère pas, caria déception serait trop cruelle.

Reconnaissant l'invraisemblance de sa supposition , Eliza retomba aussitôt dans un désespérant silence. La tête penchée sur son sein, les yeux inondés de larmes, Légendes canadiennes* 16

elle roulait machinalement entre ses doigts les boucles de cheveux qui s'ondulaient sur son cou d'albâtre. La sympathie fraternelle se communiquant rapidement, les yeux de Carolle se mouillèrent de larmes à son insu . Empruntant néanmoins des illusions qui ne régaraient pas et un espoir qu'il n'osait concevoir, il essaya de relever le courage abattu de sa sœur.

— Espérons pourtant, reprit-il en lui prenant les mains, espérons que le temps effacera ces chagrins. Quant à retrouver notre mère, je n'y ai jamais songé. Mais les joies du monde et les plaisirs que papa nous promet pour l'avenir nous feront peut-être oublier ce qui nous manquera. Bientôt tu les savoureras ces plaisirs d'un monde que je ne connais pas encore, et que je n'envie pas de connaître. Bientôt tu brilleras sur ce nouveau théâtre... Oh! comme ton nom seul fera palpiter de cœurs!... Oh! sois heureuse, sois heureuse, car ton avenir est beau. Anticipe ce bonheur par un cœur tranquille.

— Mais pourquoi pleures-tu donc en me faisant ces beaux contes? interrompit la jeune fille surprise et troublée.

— Car, vois-tu, ces plaisirs, tu les prendras sans moi, oh! oui, sans moi...

— Alors , je n'en veux aucun , dit la sœur en passant son bras autour du cou de son frère , et de l'autre main glissant son mouchoir blanc sur ses yeux.

— Ne parlons plus ainsi, reprit Carolle ; bannissons ces pensées. Laissons derrière nous le passé, et fermons les yeux sur l'avenir. Vivons désormais heureux du présent, et soyons, comme autrefois, ce qu'ils appelaient : les petits anges du buisson.

Ces dernières paroles , prononcées d'un ton amicalement badin , reçurent leur sanction par le baiser le plus suavement humecté que jamais lèvres fraternelles aient

échangé. Le bonheur reparut avec son entourage gracieux. Les jours passaient inaperçus , et les soirées s'annonçaient par une musique pleine d'inspirations. A peine trouvaient-ils un moment pour aller aspirer la brise épurée du rivage. Ils ne sortaient plus; l'ermitage était transformé en salon d'artiste. Ils faisaient de la musique l'un pour l'autre, et, de peur d'en laisser jouir la solitude même qui entourait leur habitation, tout était hermétiquement fermé. Au silence qui commença à régner, on aurait pu croire que la vieille Marianne était le seul être vivant qui y demeurât. Cependant une harmonie variée du son alternatif de plusieurs instruments, et parfois aussi une voix pure, jeune, pleine de feu, de langueur, tantôt animée frénétiquement , tantôt longue et douloureuse comme la voix d'une captive , indiquait clairement que l'ermitage enfermait de jeunes existences. Et la vieille, qui ne songeait pas plus à prendre un air musicien qu'à se friser ou à se farder, ne pouvait donner l'ombre de quiproquo. La nuit, les chants se prolongeaient fort tard. Il n'y avait pas à se méprendre, on entendait bien deux voix. C'étaient de magnifiques duos, où encore on n'osait croire que la bonne fût pour quelque chose. La voix de basse était moins flexible , moins vibrante ; elle s'élevait moins haut vers les cieux et s'unissait plus faiblement à la voix des anges.

La bonne Marianne, qui , autant que ses pupilles , avait souffert de leur peu d'intimité, semblait rajeunir en les voyant s'amuser avec autant de bonheur. Elle applaudissait à tous leurs jeux, et leur demandait souvent quelque belle gigue de son vieux temps.

Depuis trois mois seulement ils goûtaient de cette nouvelle vie , lorsque les choses changèrent subitement de face. Carolle, qui n'avait paru renoncer à ses vieux chagrins que par l'effet d'une résolution subite et forcée, sentit bientôt s'affaiblir le calme salutaire qu'il avait trou-

vé auprès de sa sœur. Eliza elle-même avait laissé ses pinceaux se sécher et son aiguille s'endormir au milieu d'une tapisserie inachevée.

Carolle, ennuyé de cette vie où son âme serrée à l'étroit avait besoin d'une expansion plus large , résolut d'y mettre fin d'un manière quelconque. Sans attendre d'un jour, il écrivit à son père la lettre qui suit :

« Mon cher père, — Si le bien-être matériel pouvait suffire à la vie et au bonheur de vos enfants , depuis long-temps vos bontés auraient fait taire tout désir de nouvelles faveurs. Tant que- la légèreté de l'enfance habita cet ermitage, nous ne désirions rien que l'heure de vos visites. Quoique ce désir soit encore le pius empressé qui nous anime, je ne puis vous taire plus longtemps que la vie que nous faisons est souvent et même toujours bien sombre. Ce n'est pas que j'ambitionne les plaisirs que vous nous promettez. Eliza n'en paraît pas non plus bien éprise. Mais sans pouvoir clairement m'expliquer sur ce qui manque à notre bonheur, je vous soumettrai mes vœux, et je demande avec instances et prières que vous portiez votre attention sur leur accomplissement prochain.

» Ce qu'il me faut à moi réglera nécessairement ce qu'il faut à ma sœur. Je sais que son désir le plus ardent serait de s'attacher à mes pas partout où j'irais. Notre longue habitude de vivre ensemble explique naturellement ce goût. Je ne vous dirai pas quels sont mes goûts ; j'oserai plus , je vous dirai mes besoins. Je sens profondément que le seul moyen , non pas de guérir, mais de soulager les maux réels qu'une imagination trop vive m'a créés, serait de voyager loin et longtemps. S'il m'était possible de vous dire les motifs de cette détermination , vous ne balanceriez pas un moment à me fournir les moyens de l'exécuter.

» Loin de moi , je sais qu'Eliza goûtera peu des plai-

sirs que vous nous avez fait entrevoir. Aussi vous faudra-t-il mettre toute votre sensibilité au jeu pour la distraire. Mais la nécessité qui me presse est plus forte encore que l'affection que je lui porte. Pardonnez ma discrétion , et permettez-moi d'espérer votre réponse sous quatre jours.

» Ermitage du Buisson.

)) Carolle. »

Deux jours après il recevait cette réponse, et la communiquait à sa sœur avant même de lui avoir fait part de ses projets :

« Mon bien-aimé Carolle, — Plus que jamais je sens aujourd'hui l'amertume des mystères de famille qu'il m'a fallu tenir avec mes enfants. La première relation de famille que j'ai à vous faire professer est de vous associer à mes peines et à mon deuil, en vous annonçant la mort de mon père. Il vient d'expirer sans avoir embrassé son petit-fils , non plus que mon aimable petite Eliza, sans même les avoir connus. Cet événement devant terminer votre vie de réclusion, je sens que vous ne pourrez que faiblement participer à ma douleur. Aussi je fais grâce à vos sentiments intérieurs , et je travaille incessamment à donner à cette perte cruelle les conséquences favorables qu'elle peut avoir pour chacun de vous. Il me faudra à peu près huit jours pour régler les plus pressantes affaires. Sans vouloir pénétrer tes secrets , je pense que tu peux attendre mon retour parmi vous pour discuter avec moi sur le mérite de tes projets de voyage. Attends -moi donc avec la conviction que mon affaire unique sera désormais le bonheur de mes enfants , et que , quelle que soit la manière de le leur procurer, je ne refuserai rien à leurs désirs. Soyez toujours bons enfants , et embrassez-vous dix fois en souvenir de votre père. »

— Et tu pars? ajouta aussitôt Eliza, devenue blanche comme un lis.

— il le faut, répondit Carolle.

La jeune fille se leva sans prononcer une parole , et, lançant sur son frère un regard inspiré de terreur et presque d'égarement, elle disparut derrière les buissons, où Carolle ne voulut pas la perdre d'un instant. il la ramena bientôt à l'ermitage , où , saisie d'une fièvre ardente , elle s'enferma dans sa chambre , refusant de recevoir tout soin quelconque.

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