UN ENFANT DU SOL
Parmi tous les sites remarquables qui se déroulent aux yeux du voyageur, lorsque, pendant la belle saison, il parcourt le côté nord de l'île de Montréal, l'endroit appelé le « Gros Sault » est celui où il s'arrête de préférence, frappé qu'il est par la fraîcheur de ses campagnes et la vue pittoresque du paysage qui l'environne.
La branche de l'Outaouais qui, en cet endroit, prend le nom de « rivière des Prairies » , y roule ses eaux
(1) M. Doutre est avocat au barreau de Montréal, et l'un des collaborateurs du journal l'Avenir. Il a publié , au sortir du collège, un roman ayant titre : Les Fiancés de 1812.
impétueuses et profondes, jusqu'au bout de l'île, où elle les réunit à celles du Saint-Laurent. Une forêt de beaux arbres respectés du temps et de la hache du cultivateur couvre dans une grande étendue la côte et le rivage. Quelques uns , déracinés en partie par la force du courant, se penchent sur les eaux, et semblent se mirer dans le cristal limpide qui baigne leurs pieds. Une riche pelouse s'étend comme un beau tapis yert sous ces arbres dont la cîme touffue offre une ombre impénétrable aux ardeurs du soleil.
L'industrie a su autrefois tirer partie du cours rapide de cette rivière, dont les eaux alimentent encore aujourd'hui deux moulins, l'un sûr l'île de Montréal, appelé « moulin du Gros Sault » , et naguères la propriété de nos seigneurs; et l'autre , presqu'en face, sur l'île Jésus, appelé « Moulin du Crochet, » appartenant à MM. du séminaire de Québec.
Le bourdonnement sourd et majestueux des eaux, l'apparition inattendue d'un large radeau chargé de bois entraîné avec rapidité au milieu des cris de joie des hardis conducteurs, les habitations des cultivateurs situées sur les deux rives opposées à des intervalles presque réguliers , et qui se détachent agréablement sur le vert sombre des arbres qui les environnent , forment le coup d'œil le plus satisfaisant pour le spectateur.
Ce lieu charmant ne pouvait manquer d'attirer l'attention des amateurs de la belle nature ; aussi , chaque année, pendant la chaude saison , est-il le rendez-vous d'un grand nombre d'habitants de Montréal , qui viennent s'y délasser, pendant quelques heures, des fatigues de la semaine, et échanger l'atmosphère lourde et brûlante de la ville contre l'air puï et frais qu'on y respire.
Parmi toutes les habitations de cultivateurs qui bor-
dent l'île de Montréal en cet endroit , une se fait remarquer par. son bon état de culture, la propreté et la belle tenue de la maison et des divers bâtiments qui la composent.
La famille qui était propriétaire de cette terre, il y a quelques années , appartenait à une des plus anciennes du pays. Jean Chauvin, sergent dans un des premiers régiments français envoyés en ce pays, après avoir obtenu son congé, en avait été le premier concessionnaire, le 20 février 1670, comme on peut le constater par le terrier des seigneurs ; puis il Pavait léguée à son fils Léonard ; des mains de celui-ci elle était passée par héritage à Gabriel Chauvin, puis à François, son fils. Enfin, Jean-Baptiste Chauvin, au temps où commence notre histoire, en était propriétaire comme héritier de son père François , mort depuis peu de temps , chargé de travaux et d'années. Chauvin aimait souvent à rappeler cette succession non interrompue de ses ancêtres , dont il s'enorgueillissait à juste titre, et qui comptait pour lui comme autant de quartiers de noblesse. Il avait épousé la fille d'un cultivateur des environs. De cette union il avait eu trois enfants, deux garçons et une fille. L'aîné portait le nom de son père; le cadet s'appelait Charles, et la fille Marguerite. Les parents, par une coupable indifférence , avaient entièrement négligé l'éducation de leur garçon; ceux-ci n'avaient eu que les soins d'une mère tendre et vertueuse , les conseils et l'exemple d'un bon père. C'était sans doute quelque chose, beaucoup même; mais tout avait été fait pour le cœur, rien pour l'esprit. Marguerite là-dessus avait l'avantage sur ses frères. On l'avait envoyée passer quelque temps dans un pensionnat , où le germe des plus heureuses dispositions s'était développé en elle ; aussi c'était à elle qu'était dévolu, chaque soir, après le souper, le soin de faire la lecture en famille ; les petites
transactions, les états de recette et de dépense, les lettres à écrire et les réponses à faire , tout cela était de son ressort et lui passait par les mains, et elle s'en acquittait à merveille.
Cependant, malgré le défaut d'instruction des chefs de cette famille , tout n'en prospérait pas moins autour d'eux. Le bon ordre et l'aisance régnaient dans cette maison. Chaque jour, le père , au dehors, comme la mère à l'intérieur, montraient à leurs enfants l'exemple du travail, de l'économie et de l'industrie , et ceux-ci les secondaient de leur mieux. La terre, soigneusement labourée et ensemencée, s'empressait de rendre au centuple ce qu'on avait confié dans son sein. Le soin et l'engrais des troupeaux , la fabrication des diverses étoffes, et les autres produits de l'industrie , formaient l'occupation journalière de cette famille. La proximité des marchés de la ville facilitait l'exportation du surplus des produits de la ferme , et régulièrement une fois la semaine, le vendredi , une voiture chargée de toutes sortes de denrées, et conduite par la mère Chauvin , accompagnée de Marguerite, venait prendre au marché sa place accoutumée. De retour à la maison, il y avait reddition de compte en règle. Chauvin portait en recette le prix des grains, du fourrage et du bois qu'il avait vendus; la mère, de son côté, rendait compte du produit de son marché ; le tout était supputé jusqu'à un sou près , et soigneusement enfermé dans un vieux coffre qui n'avait presque servi à d'autre usage pendant un temps immémorial.
Cette scrupuleuse exactitude à toujours mettre au coffre, et à n'en jamais rien retirer que pour les besoins les plus urgents de la ferme, avait eu pour résultat tout naturel d'accroître considérablement le dépôt. Aussi le père Chauvin passait-il pour un des habitants les plus aisés des environs ; et la commune renommée lui accor-
dait volontiers plusieurs mille livres au coffre, qu'en père sage et prévoyant il destinait à rétablissement de ses enfants.
La paix , l'union , l'abondance, régnaient donc dans cette famille; aucun souci ne venait en altérer le bonheur. Contents de cultiver en paix le champ que leurs ancêtres avaient arrosé de leurs sueurs, ils coulaient des jours tranquilles et sereins. Heureux, oh ! trop heureux les habitants des campagnes, s'ils connaissaient leur bonheur !
l'engagement»
On était au mois de février. La journée du jeudi venait de s'écouler à faire les préparatifs ordinaires pour le lendemain, jour de marché. La soirée était avancée, et Ton parlait déjà de se retirer, quand Chauvin, suivant son habitude, sortit pour examiner le temps ; il entra bientôt en prédisant, à certains signes infaillibles qu'il tenait de ses ancêtres, du mauvais temps pour le lendemain. Marguerite, qui comptait déjà sur le plaisir du voyage à la ville, ne partagea pas, comme on le pense bien, l'opinion de son père. Néanmoins, il fut décidé qu'en cas de mauvais temps le jeune Charles accompagnerait sa mère. Puis chacun se retira, le père désirant n'être pas pris en défaut, et Marguerite conjurant l'orage de tous ses vœux. Cependant Chauvin avait pronostiqué juste. Pendant la première partie de la nuit , la neige tomba lentement et en larges flocons ; puis, le vent , s'étant élevé , l'avait balayée devant lui et amoncelée en grands bancs, à une telle hauteur que les routes en étaient complètement obstruées ; l'entrée même des maisons en était tellement encombrée, que le lendemain matin Chauvin et ses garçons furent obligés de sauter par une des fenêtres de la maison , pour en dé-
blayer les portes et pouvoir les ouvrir. L'état des chemins rendit pour un moment le voyage indécis ; mais le père remarqua judicieusement que le mauvais temps empêcherait très sûrement les cultivateurs d'entreprendre le voyage de la ville; que c'était pour lui le moment de faire un effort et de profiter de l'occasion. Les deux meilleurs chevaux furent donc mis à la voiture , qui se mit en route, traçant péniblement le chemin, et laissant derrière elle force cahots et ornières ; les chevaux enfonçaient jusqu'au dessus des genoux; mais les courageuses bêtes s'en tirèrent bien, et le voyage s'accomplit heureusement quoique lentement. Ce que Chauvin avait prévu étaitarrivé; le marché était désert; aussi n'est pas besoin de dire avec quelle rapidité le contenu de la voiture fut enlevé , et combien la vente fut plus productive encore que de coutume. Dans le courant de la journée, le vent, qui avait cessé depuis le matin T commença à souffler avec plus de violence ; les traces récentes des voitures disparurent sous un épais tourbillon de neige ; dès lors , le retour fut regardé comme impossible. La mère Chauvin et son fils se décidèrent donc de passer la nuit à la ville, et prirent logement dans une auberge voisine.
L'auberge était en ce moment encombrée de personnes que le mauvais temps avait forcées d'y chercher un abri pour la nuit. Au fond de la salle commune , derrière le comptoir, deux jeunes garçons étaient empressés à servir à de nombreuses pratiques des liqueurs de toutes sortes et de toutes couleurs. Les pipes étaient allumées de toutes parts et formaient un brouillard qui combattait victorieusement le jet de gaz brillant suspendu au-dessus du comptoir. Les exhalaisons qui s'échappaient des vêtements trempés de sueur et de neige fondue , l'humidité du plancher, l'odeur du tabac et des liqueurs frelatées , un poêle double placé au milieu de la salle et chauffé à 100 degrés, tout cela pourra aider nos lec-
teurs à se faire une idée de l'auberge en ce moment.
Dans un coin , plusieurs jeunes gens tenaient ensemble une conversation très animée. Sans tenir aucun compte des sages directions que leur donnait renseigne à grandes lettres blanches qu'on lisait sur la porte d'entrée : Divers sirops pour la tempérance 9 la plupart étaient ivres, et faisaient retentir la salle de leurs cris. C'étaipnt des jeunes gens qui venaient de conclure leur engagement avec la compagnie du nord-ouest pour les pays hauts, et auxquels l'agent avait donné rendezvous dans cette auberge, pour leur en faire signer l'acte en bonne forme le lendemain, et leur donner un à-compte sur leurs gages. On peut à peu près se figurer quelle était la conversation de ces jeunes gens dont plusieurs n'en étaient pas à leur premier voyage , et qui se chargeaient d'initier les novices a tous les détails de la nouvelle carrière qu'ils se disposaient à parcourir. Le récit de combats d'homme à homme, de traits de force et de hardiesse, de naufrages, démarches longues et pénibles avec toutes les horreurs du froid et de la faim , tenait l'auditoire en haleine, et lui arrachait par intervalles des exclamations de joie et d'admiration. La conversation, fréquemment assaisonnée d'énergiques jurons dont nous ne blesserons pas les oreilles délicates de nos lecteurs , s'était prolongée fort avant dans la soirée, lorsque l'entrée de l'agent dans la salle vint la ralentir pour un moment ; l'appel nominal qu'il fit des jeunes gens prouva quelques absents; mais sur l'assurance qu'ils lui firent que les retardataires arriveraient la nuit même , l'agent prit congé d'eux , en leur recommandant d'être ponctuels le lendemain au rendez-vous.
Charles avait été jusque là spectateur tranquille de cette scène. Il fut à la fin reconnu par quelques uns de ces jeunes gens, fils de cultivateurs de son endroit, et par eux présenté à la bande joyeuse. Ils lui firent alors
les plus vives instances pour l'engager à se joindre à eux. Les plus forts arguments furent mis en jeu pour vaincre sa résistance. Charles continuait à se défendre de son mieux ; mais les attaques redoublèrent, les sarcasmesmême commençaient àpleuvoir sur lui, et portaient de terribles blessures à son amour-propre; peut-être même aurait-il succombé dans ce moment , si sa mère, inquiète de le voir en si turbulente compagnie , ne fût venue à son secours, et le prenant par le bras, l'entraîna loin du groupe. Le maître de l'auberge , s'approehant alors des jeunes gens, leur représenta que la plus grande partie de son monde était déjà couchée , et leur persuada, non sans peine, d'en faire autant. Alors s'étendant, les uns sur le plancher, près du poêle, les autres sur les bancs autour de la salle, nos jeunes gens finirent par s'endormir, et l'auberge redevint silencieuse.
Il n'en fut pas ainsi de Charles. Une put fermer l'œil de la nuit. Les assauts qu'il avait essuyés, la conversation qu'il avait entendue, avaient fait sur sa jeune imagination des impressions profondes. Ces voyages aux pays lointains se présentaient à lui sous mille formes attrayantes. Il avait souvent entendu de vieux voyageurs raconter leurs aventures et leurs exploits avec une chaleur, une originalité caractérisques ; il voyait même ces hommes entourés d'une sorte de respect que l'on est toujours prêt à accorder à ceux qui ont couru les plus grands hasards et affronté les plus grands dangers : tant il est vrai que l'on admire toujours, comme malgré soi, tout ce qui semble dépasser la mesure ordinaire des forces humaines. D'ailleurs la passion pour ces courses aventureuses (qui heureusement s'en vont diminuant de jour en jour) était alors comme une tradition de famille , et remontait à la formation de ces diverses compagnies qui , depuis la découverte du pays , se sont partagé successivement le commerce des pelleteries.
S'il est vrai que ces compagnies se sont ruinées à ce genre de commerce , il est malheureusement vrai aussi que les employés n'ont pas été plus heureux que leurs maîtres ; et Ton en compte bien peu de ces derniers qui, après plusieurs années d'absence , ont pu , à force d'économie , sauver du naufrage quelques épargnes péniblement amassées. Après avoir consumé dans ces excursions lointaines la plus belle partie de leur jeunesse pour le misérable salaire de 600 francs par an , ils revenaient au pays épuisés , vieillis avant le temps , ne rapportant avec eux que des vices grossiers contractés dans ces pays , et incapables, pour la plupart, de cultiver la terre ou de s'adonner à quelque autre métier sédentaire, profitable pour eux et utile à leurs concitoyens. Charles n'était point d'âge à faire toutes ces réflexions ; il n'envisageait ces voyages que sous leur côté attrayant et qui favorisait ses goûts et ses penchants; l'idée d'être enfin affranchi de l'autorité paternelle et de jouir en maître de sa pleine liberté l'entraîna à la fin ; son parti fut arrêté. Restait le consentement de son père. Aussi ce ne fut pas sans laisser écouler plusieurs jours, et après beaucoup d'hésitations, qu'il osa, en tremblant, lui faire part de son projet. Comme on le pense bien, le père s'indigna, gronda fortement, et voulut interposer l'autorité paternelle, qu'il avait maintenue avec succès jusque alors. La mère et Marguerite essayèrent le pouvoir des larmes , mais inutilement. On eut recours à l'intervention des amis, mais sans plus de succès. Alors le père, après avoir épuisé tous les moyens en son pouvoir pour détourner son fils de ce dessein , se vit forcé d'y consentir, et l'engagement fut conclu pour le terme de trois ans. Comme on était alors vers le milieu d'avril, et que le jour du départ était fixé pour le premier mai suivant, on s'occupa d'en faire les préparatifs.
Le jour de la séparation fut un jour de tristesse et de
deuil pour cette famille. Le père et le frère comprimaient leur douleur au dedans d'eux-mêmes. La mère et Marguerite donnaient un libre cours à leurs larmes. — Pauvre enfant , lui disait sa mère , tu nous quittes , hélas! peut-être pour ne plus te revoir. Combien, comme toi, sont partis, et ne sont jamais revenus ! Puis, détachant de son cou une antique médaille portant d'un côté pour effigie la Vierge et l'enfant Jésus , de l'autre , sainte Anne, patronne des voyageurs, elle la passe au cou de son fils, en lui disant : Tiens, mon fils, porte toujours sur toi cette médaille ; chaque fois que tu la sentiras battre sur ton cœur, pense à Dieu ; ne la quitte jamais. Me le promets-tu? — Le jeune homme ne répondit que par des sanglots. Il tombe à genoux , reçoit la bénédiction et les derniers embrassements de son père et de sa m^re, prend ses hardes soigneusement empaquetées par Marguerite , les suspend à un bâton , et, chargeant le tout sur ses épaules, il sort de la maison paternelle, accompagné de son père, de son frère et de quelques voisins , leurs amis , qui le reconduisirent à quelque distance; puis il continua seul sa route, non sans jeter de temps en temps quelques regards en arrière sur les lieux de son enfance, qu'il n'espérait plus revoir de long-temps.
Il était déjà bien loin , lorsqu'un léger bruit le fit regarder en arrière : c'était le chien de la maison. L'intelligent animal avait vu son jeune maître s'éloigner sous des circonstances extraordinaires , et il s'était de son chef constitué son compagnon de voyage et son défenseur. — Comment, c'est toi, Mordfort, pauvre chien î — Après avoir rendu les caresses à cet ami fidèle, il voulut lui faire rebrousser chemin; mais le chien s'obstinant à le suivre, Charles prit une pierre pour l'effrayer ; et, après l'en avoir menacé long-temps, il la lui lança ; malheureusement le coup fut trop bien
2b» LEGENDES CANADIENNES.
dirigé : la pierre alla frapper à la patte le pauvre animal , qui s'enfuit en boitant et en jetant un cri de douleur, et tournant sur son maître un regard qui semblait lui reprocher son ingratitude. Le coup retentit dans le cœur de Charles , qui détourna les yeux , et continua rapidement sa route vers Lachine, lieu du rendez-vous, et y arriva vers la fin du jour. La plupart des voyageurs y étaient déjà réunis; il y retrouva ses compagnons de l'auberge. Comme on craignait les désordres et la désertion parmi les engagés, pendant la nuit on les envoya camper dans l'île Dorval , à quelque distance du village. Le lendemain on les ramena à terre ; et, tout étant prêt pour le départ, les canots, montés chacun par quatorze hommes , sans compter les bourgeois et les commis , furent poussés au large. Aussitôt , à un signal donné, un vieux guide entonna la gaie chanson du départ :
Derrière chez nous y a-t-une pomme :
Voici le joli mois de mai, Qui fleurit quand y 'ordonne ; Voici le joli mois qu'il donne , Voici le joli mois de mai.
Les avirons , obéissant à la cadence , faisaient bouillonner l'eau autour des canots, qui fendaient l'eau avec rapidité , s'efforçant de se dépasser de vitesse , et laissant derrière eux de longs sillons. Bientôtles chants s'affaiblirent, les sillons s'effacèrent, et les canots ne parurent plus que comme des points noirs à l'horizon... La foule , accourue sur le rivage pour être témoin du départ, se dispersa en silence...
Que Dieu daigne conduire les pauvres voyageurs..,.