III, COMME QUOI L'AMOUR SE COMMUNIQUE
A l'entrée de Ste-Foi, sur une petite éminence, était située une jolie petite maison, proprement blanchie, avec des contrevents noirs ; on y arrivait par une avenue étroite, bordée de sapins et d'érables ; le soleil venait de se lever et éclairait de ses rayons d'or cette charmante habitation ; des oiseaux perchés sur toutes les branches et sous le toit de la chaumière faisaient entendre leurs doux ramages , mélés au murmure d'un petit ruisseau qui coulait au pied du coteau etallait se perdre au milieu du gazon et des fleurs des prairies environnantes. Une calèche verte et presque entièrement couverte de boue était renversée sur le pan de la maison. Mattre Jacques etsa fille venaient d'arriver. Une grosse paysanne joufflue, en jupon d'étoffe, nommée Madelon, etune petite fille joviale et élancée , s'empressaient de couvrir une table de porc fumé, de légumes et de lait chaud.
Maître Jacques et Helmina étaient assis sur un banc de jonc vis-à-vis d’un feu ardent allumé dans l’âtre. Helmina tenait constamment la vue baissée.
— Dépêche-toi, Madelon, dit maître Jacques, dépéche-1oi , je ne puis faire long séjour ici.
— Dans un instant, maître Jacques ; oh dame ! par exemple, vous n's'rais pas servi comme à l’Albion, j'n‘ons pas eu le temps pour ça.
— N'importe ce que tu auras, ma bonne fille ; nous avons faim , tout est superbe alors, n'est-ce pas, Helmina ? Mais dis donc, ma fille, comme tu as l’air triste aujourd'hui ! Que diable, pourtant, ma mignonne, indépendamment de l'orage que nous avons essuyé , tu as eu assez d'agrément dans ta promenade. Hein ! pas vrai ?
— C'est vrai, mon père, j'ai goûté d'autant plus de plaisir avec vous, qu’il m'arrive rarement de jouir aussi long-temps de votre présence.
— Bravo! mon enfant, dit maître Jacques avec contentement, voilà qui est bien répondu , sur mon âme. Viens m’embrasser, Helmina: tu es maintenant mon unique consolation sur la terre.
: Helmina sauta au cou de son père et l’embrassa avec effusion. Maître Jacques aperçut une grosse larme sur la joue pâle de sa fille.
‘— Helmina, lui dit-il avec douceur, tu pleures, je vois bien que tu me caches quelque chose ; si tu savais comme ce manque de confiance de ta part m'afflige..
: — Je n'ai point de secret pour vous, mon père ; cette larme m'est arrachée par l'amitié que je vous porte, par la séparation que vous allez faire. — Oh! mon père, pourquoi aussi ne pas toujours demeurer avec moi? Quelles affaires si multipliées peuvent vous retenir aussi long-temps absent ?
} les « tinu En qui { imite toujc tant ;
meul dis, vérité
un banc is l’âtre.
8, dépé-
me | par ’'Albion ,
Ile ; nous as , Helair triste ne, indèyé, tu as ein ! pas
nt plus de jouir aussi
avec Conmon âme.
nant mon
rassa avec me sur la
leures , je i tu savais fflige. .
ère ; cette porte, par non père, vec moi?
tenir aussi
Maître Jacques fronça le soucil ; iléluda promptement les questions de sa fille.
— J'espère, Helmina, qu’un jour je pourrai être continuellement avec toi; ne te chagrine pas, mon enfant. En attendant tu ne manqueras de rien, tu auras tout ce qui te fera plaisir; mais sois gaie, ma chère, heureuse ; imite ta petite compagne Julienne ; regarde-la , elle est toujours comme l'oiseau sur la branche, chantant, sautant; imite-la, ma fille.
— Ah bien oui! la Julienne, dit Madelon avec humeur, elle saute bien qu'trop, elle, par exemple ; j'vous dis, maître Jacques, qu'il n’y a pas à en jouir, ma bonne vérité.
— Allons, de la patience, Madelon : elle est jeune, elle
deviendra plus sage.
Et maître Jacques s’approcha de la table et se mit à manger avec précipitation et appétit.
— Dieu le veuille ! dit Madelon en prenant de suite deux ou trois prises de tabac.
Le mari de Madelon venait d’atteler le cheval de mattre Jacques.
— Adieu donc , Helmina, dit maître Jacques ; je reviendrai dans quinze jours au plus tard. Sois bonne fille.
Maître Jacques embarqua dans sa grosse calèche et partit en faisant claquer son fouet. Helmina se retira dans sa chambre pour pleurer plus librement.
— C'est toujours bien curieux, Maurice, dit Madelon en s'adressant à son mari, que c't’'homme-là n’a pas encore passé ici c'qui s'appelle une journée depuis que nous avons sa fille.
— Eh bien, quoi ? dit Maurice avec rudesse : c’est qu'il a d’s’affaires, c't’'homme.
— Mais d's’affaires tant que tu voudras, à la fin un homme n’est pas un chien, faut qu'il s’repose.
— Qui t'a dit à toi qu'il n'se r'posait pas ailleurs ?
A hp sait
ne IT =
. RÉ a ù Se SEE je LINE Cu md ne aisnseuneer «à és. 1: Ÿ dm PC asile ‘ = sac mai eue.
re TT paper 7 EE
— V'là c'que j'voudrais savoir ; j'eré ma parole d'hon. neur que tu manigances avec lui, Maurice, dit Madelon en le regardant attentivement. Tu m'as l’air à connaître queuque chose.
— Tiens, te v’là encore avec tes croyances, dit Maurice en devenant pâle. Comment ça , si tu veux ?
— Comment ça ? parce que d’abord tu as toujours comme lui de l'argent à pleine poche , et ensuite parce que vous vous parlez toujours à l'oreille. Pourquoi ne contez-vous pas vos affaires tout haut ?
— Pourquoi? dit Maurice d’un air embarrassé, parce que... dame, parce aue..…. parce qu'enfin ça n'vous r’garde pas, entends-tu ? On va-t-il fourrer notre nez dans vos affaires, nous autres ? Eh bien ! chacun les siennes,
Madelon, voyant son mari impatienté, n’ajouta plus rien et continua son ouvrage en grommelant.
Maurice sortit.
— C'tepauvre enfant-là a du chagrin'que je n'connaissons pas, Julienne, dit Madelon en entendant les sanglois entrecoupés d'Helmina ; pauvre enfant, si jeune et tant pleurer, si belle et avoir tant de chagrins ! Là ! là!
— Et pourtant si heureuse ! ajouta Julienne.
— Heureuse ? Julienne ; heureuse un peu.
— Pourquoi ? n'a-t-elle pas tout ce qu’il lui faut ?
— C'est vrai, mais n'est-ce pas chucotant au moins pour elle de n’pas connaître encore les affaires de son père, de n’pas savoir queu rang elle tient dans le monde? Son père est riche, Julienne, c'est vrai; mais comment amasse-t-il son argent? Il y a à présent tant de... que sais-je enfin!
— Que voulez-vous dire ?
— C'que j'veux dire, Julienne? ma foi, j'veux dire qu'un homme qui se cache comme M. Jacques et quia toujours comme lui sa bourse bien garnie ne peut faire rien de bien relevé.
— Vou — N'ai — Con tenez, jCH
Mais je l’sa Helmin:
role d’honit Madelon à connaître
s, dit Maueux ?
as toujours suite parce ourquoi ne
assé, parce vous r’garre nez dans es siennes, ajouta plus
e n'connaisint les san- Si jeune et s! La!llh!
ne.
lui faut ?
tau moins ires de son ins le mon- , mais comt tant de...
j'veux dire les et quia e peut faire
— Vous pensez ça ?
— N'ai-je pas raison de |’ penser?
— Comme ça, dit Julienne en remuant la tête; mais lez, je pense, moi, que mademoiselle Helmina a d’autre chose encore sur le cœur; à son âge, voyez-vous, on ommence à avoir des chagrins de jeune fille.
— Des chagrins de jeune fille? qu'est c'que t'entends pr là, Julienne?
— J'entends que mademoiselle Helmina peut avoir de l'amour. À seize ans, voyez-vous, on dit qu’c'est le bon temps pour ça.
— Mais comment veux-tu qu’elle aime ? la pauvre enknt, jamais elle ne voit personne ici; v’là c'qui m’chagrinerait bêtement à sa place. Par exemple, on sait bien que c'est, à la fin; on aime à avoir des amis quand on stjeune.
— Et qui vous a dit que, dans les promenades qu’elle a faites avec son père, elle n’a pas rencontré quelqu'un qui lui plût ?
— Ça s'pourrait, ça s'pourrait, Julienne. Oh! pour ecoup, ça s’rait bien terrible pour elle d'aimer quelqu'un et de ne pouvoir le lui dire. Pauvre Helmina !
is je l'aurai, oui, elle me l’dira certainement.
Helmina sortit de sa chambre en ce moment et mit in à la conversation ; elle était pâle et abattue ; ses yeux ouges et creux, dans lesquels on voyait encore rouler Jes larmes, annonçaient qu’elle avait beaucoup pleuré. lle essaya cependant de paraître gaie, car elle donna | Julienne un sourire forcé qui la remplit de joie.
Helmina et Julienne étaient unies et s'aimaient comme eux sœurs, et cependant leur amitié ne datait que d’un n, C'était maître Jacques qui, pour donner une comagne à sa fille, l'avait emmenée et la nourrissait chez Haurice. Julienne avait quatorze ans. Elle était d’une jeauté commune, mais d’un caractère riche et précieux.
lt mnentnes nm,
om F ere
nm map
5 RS ER a ne ue
Julienne ne connaissait encore ni les peines, ni les inquiétudes; le chagrin n'avait pas encore ridé son front, ni troublé son cœur. Toujours riante, toujours heurey. se, elle ne connaissait que le jeu et le badinage, elle n'avait d'autres chagrins que ceux qu'elle partageait avec Helmina. Aussi, en la voyant plongée dans la tristesse, elle n'avait pu s'empêcher de verser des larmes; mais, lorsqu'elle la vit sourire, sans penser si ce sourire tenail du désespoir ou de la gaîté, elle sentit dans son cœur la douce espérance et la ferme persuasion qu'elle s'était trompée dans ses conjectures, et que le chagrin d'Helmina ne serait que passager et momentané , Comme celui qu'elle avait toujours montré chaque fois que maitre Jacques l'avait laissée.
Elle s'approcha donc d'Helmina en riant et en sautant,
— Jrons-nous dans les champs aujourd’hui, Helmi na ? lui demanda-t-elle.
— Oui, ma bonne Julienne, dit Helmina, nous irons cette après-midi. Puis, s'adressant à Madelon: Je vais me reposer un peu, lui dit-elle; vous m'éveillerez à midi, s’il vous plaît : jai un mal de tête effrayant.
— Vous êtes malade! dit Madelon ; je m'en doutai ben que vous aviez queuque chose.
. Elle suivit Helmina dans sa chambre et demeura ar
Julienne pose, et Mais à pit le sor — Po
Madelon moins ?
— Oui soins, as:
menade ; Oh ait VOUS 1 — Ne rois que — Pre drusque n bondrions Après a ortirent « ui avoisi Il y ava e petit co ommet e erdure et
près d’elle jusqu’à ce qu’elle fût endormie. À Son repos fut assez paisible, seulement de temps « L, ri
temps elle s'éveillait en sursaut comme si elle eût & sous l'influence de quelque rêve effrayant, ou bien d'une fièvre maligne. Cependant les pulsations régulières de son poulsn’annonçaient rien d’inquiétant, et Madelon, a appliquant sa large main sur le front pâle d’Helmina, vi avec plaisir qu’il n'était pas aussi brûlant que lorsqu'elk s'était mise au lit.
Madelon se promit bien de ne pas l'éveiller.
— Vousn'irezpas aux champs aujourd’hui, dit-ellei
Helmine aller se aire un p Aussitôt
—Mac
à Julienn 0yez pas de; non
Julienne : Helmina est trop malade, il faut qu’elle se repose, et j'espère qu’elle sera mieux ben vite. *
Mais à midi le bruit que Maurice fit en rentrant rompit le sommeil d'Helmina.
— Pourquoi donc vous lever si tôt, ma chère? dit Madelon en la voyant paraître. Etes-vous mieux, au moins ? | 4
— Oui, Madelon, je me sens très bien, grâce à vos soins, assez bien pour accompagner Julienne à la promenade ; vous ne l'avez pas oublié, ma chère ?
— Oh non, allez! dit Julienne ; pourtant si cela alait vous rendre malade!
— Ne craignez rien, Julienne ; au contraire, je ris que l’air me rétablira parfaitement.
— Prenez garde, lui dit Maurice d’un ton moitié brusque moitié respectueux ; prenez garde, nous en réondrions à maître Jacques. ;
Après avoir pris quelque chose , Helmina et Julienne ortirent et se trouvèrent bientôt dans les prés fleuris ui avoisinaient leur habitation.
Il y avait à quelques arpents de la maison une espèce e petit coteau fait en forme de pain de sucre, aplati au mmet et tout couvert de petits sapins qui, par leur dure et l’entrelacement de leurs branches , formaient n bocage assez épais pour empêcher le soleil d'y péétrer. Ce jour-là la chaleur était brûlante et excessive; as le moindre air, pas le moindre souffle.
Helmina, couverte de sueur, proposa à Julienne aller se reposer à l'ombre des branches pour se sousire un peu aux rayons du soleil.
Aussitôt qu’elles y furent rendues :
— Ma chère amie, dit Helmina en prenant la main à Julienne , si je suis venue aujourd’hui avec vous, ne foyez pas que ce soit uniquement pour faire une promede; non, Julienne, j'y suis venue d'abord pour vous
>, ni les indé son front, ours heureudinage, elle irtageait avec la tristesse, rmes mais, sourire tenait ins SON Cœur qu’elle s'était hagrin d'Hel- >, comme Ceis que maitre
et en sautant, d'hui, Helmi
na, NOUS irons on : Je vais me Ilerez à midi, at.
e m'en doutais
demeura at-
t de temps « si elle eût ét ou bien d'une régulières de et Madelon,e d'Helmina, vi que lorsqu'el
biller.
RES Eue em anennagammenemnannnn, as —
126 LLÉGENDES CANADIENNES.
faire plaisir, mais surtout, vous le dirai-je, pour vous confier un secret qui m'accable.
Julienne fixa attentivement Helmina : elle était d'une pâleur livide ; ses yeux respiraientune mélancolie grave et réfléchie, sa figure un air d’élévation et de douceur angélique. Julienne ne put s'empêcher de frémir en aper. cevant le changement subit qui venait de s’opérer sur les traits d'Helmina.
— Il y a bientôt six ans que je suis ici, continua He]. mina, et, depuis ce temps, ma chère Julienne, malgré les peines que j'ai eues, notamment celle que me cause la conduite cachée et mystérieuse de mon père, je n'en ai jamais éprouvé de plus cuisante que celle d’aujourd'hui: car, je vous l’avouerai, Julienne, quoique mn chagrin ne paraisse pas à l'extérieur d’une manière aus. si frappante que ce matin, il n’en existe pas moins encore dans mon cœur et m'occupe entièrement. J'aime à vous parler de ma douleur, ma tendre Julienne, parc que je sais que vous m'aiderez à la supporter, parce que je sens qu’il est doux pour une amie de s’épancher dans le cœur deson amie ; et assurémentje n’en ai point, jen'en aurai jamais de plus sincère , de plus attachée que vous.
Helmina serra la jeune fille contre son cœur.
— Vous pleurez , Julienne ! que j'aime cette marque de tendresse |...
—Hicr au soir, ajouta précipitamment Helmina pour terminer au plus vite une conversation aussi pénible, hier au soir nous entrâmes dans une mauvaise aubere pour laisser passer l'orage.
— Dans une auberge! dit Julienne tout étonné, dans une auberge!
— Oui, Julienne, dans une auberge. Que cela ne voussurprenne pas, c'était le seul asile quinous fût ouvert
mais ce qui devra vous surprendre autent que moi, c'sik
que mon père m'a paru connaître depuis iung-temps cell
infâm qui se eu des Helmi aubers pensé Helmi:
que mc l'air si naissar haite mais.
Hein gard de ment tr la nouy paru p continu —$ rais tro cette vi —ÙU Helmin:
ma chè que vol Madelo —N pée ete cependa ilme se
, Pour vous
e était d'une ncolie grave | de douceur mir en aper-
s'opérer sur
continua Helnne, malgré que me cause père, je n'en lle d’aujourquoique mon manière ausas moins ensent. J'aime à lienne, parce
tout étonnée,
. Que cela nt ous fût ouvert
LÉGENDES CANADIENNES. 427 infime maison ,"et être très familier avec la maîtresse, qui se nomme Mme La Troupe.
— Mne La Troupe, dites-vous ?
— Oui, Julienne ; la connaîtriez-vous ? auriez-vous eu des relations avec cette femme ?
— Je vous le dirai dans un autre moment, ma chère Helmina ; continuez, s’il vous plaît. Mme La Troupe aubergiste ! répêta-t-elle à demi voix, qui l'aurait pensé !
— Et qui aurait pensé aussi, ma chère Julienne, dit Helmina sans prendre garde à la surprise de son amie, que mon père, qui paraît Lant se respecter, qui a en effet l'air si respectable, qui aurait pensé qu'il eût des connaissances comme cette Mme La Troupe. Oh ! je souhaite bien que mes craintes ne se réalisent jamais, mais...
Helmina n’acheva pas, dans la crainte de porter à l'égard de son’ père, qu’elle respectait d’ailleurs, un jugement trop sévère et trop peu fondé.
— Continuez, dit Julienne, qui, en pensant encore à la nouvelle situation de Mme La Troupe, n'avait pas paru prendre garde à ce qu'Helmina venait de cacher, continuez ; est-ce là votre grand secret ?
— S'il n’y avait que cela, dit Helmina , je me croirais trop heureuse. Sachez donc, Julienne, que dans cette vilaine auberge j'ai rencontré...
— Un jeune homme ? dit Julienne, pour épargner à Helmina la difficulté d’un pareil aveu. Je m'en doutais, ma chère amie ; ce matin même j'ai cru m'apercevoir que votre chagrin venait de là, j’en ai fait la remarque à Madelon; mais connaissez-vous son nom ?
— Non, Julienne, dit Helmina d'une voix entrecoupée eten baïissant la vue, je ne connais rien de lui, et
à cependant je ne puis chasser son image de mon esprit;
ilme semble que je pourrais passer ma vie à l'entendre
TS ne #4 Le di dat > |) Érgie uE 4 PER PTE me
+ ut
née.
is #S so à Pt pret EE sion pr . Tr
et à le voir , tant il est aimable, tant il s'exprime avec douceur et avec tendresse ; je pense continuellement à
‘lui. je le vois partout... enfin je l’aime, Julienne, oui,
je l'aime. Et pourtant vous connaissez mon père : s'il venait à l’apprendre !
Helmina ne put résister plus long-temps , elle se cacha le visage dans ses deux mains et pleura amèrement,
— Pourquoi, ma chère Helmina , vous abandonner à un chagrin aussi terrible, sans connaître les dispositions de votre père ?
— Je ne les connais que trop, Julienne, il me lesa apprises plus d'une fois ; il n’y a pas plus que deux se-
maines encore, si vous saviez le tableau peu avantageux
qu'il me fit du marige et de l'amour ! et vous croyez qu'aujourd'hui il puisse entendre favorablement.
— 11 faut l'essayer.
— Jamais, jamais je ne l’oserai.
— Et si j'osais, moi ?
— Îlrira de vous, il ne vous écoutera pas.
— Eh bien! je conterai tout à Madelonet à Maurice ; votre père ne rira pas de tout le monde, je suppose ; il finira par le croire. |
— Prenez garde, Julienne, mon père a une terrible colère ; s’il allait se fâcher ?
— Laissez-moi faire, Helmina ; regagnons la maison, il n’est peut-être pas bon pour vous de rester si long-temps dehors ; le soleil commence à baisser, allons.
Helmina s’appuya sur le bras de Julienne.
Elle avait essuyé ses larmes et repris son air de calme et de sérénité apparente. En arrivant chez elles, les jeunes filles se retirèrent dans leur chambre, et Helmina pria Julienne de lui dire ce qu’elle savait de M" La Troupe. Julienne lui fit le récit suivant, récit peut-être trop naïf et trop détaillé, mais que nous jugeons nêces-
saire relief