‹ Légendes chrétiennes de la Basse-BretagneChapitre 22 sur 34 · LA. MICHE DE PAIN · texte numérisé non relu

LA. MICHE DE PAIN

COUTEZ tous, Bretons, écoutez une aventure arrivée, il y a peu de temps, à un jeune homme qui venait de se marier.

Pendant qu'il faisait les invitations à ses noces, il passa par un grand chemin au bord duquel un homme avait été exposé et pendu, en punition de ses crimes. A cette vue, il versa des larmes et dit : — Qjie signifie ceci, camarade? Nous étions amis ; nous nous aimions jadis, et je voudrais que tu fusses le premier près de moi, à mes noces. Puis, sans songer à mal, il continua sa route. Qjjand le jour des noces fut venu et que tous n 13

les invités étaient déjà assis à table, on vit arriver aussi le pendu, ce qui étonna fort tous les assistants. Il se plaça au haut de la table. Plusieurs tombèrent en défaillance à cette vue. Le pendu parla de la sorte à la société :

— Ne vous effrayez pas ; je ne serais pas venu dans votre maison, si vous ne m'en aviez invité.

Les flammes qui jaillissaient de son corps brûlaient les vêtements, les cheveux des hommes, les coiffes des femmes, et personne ne songeait à manger ou à boire.

Les invités s'en retournèrent chez eux.

Le nouveau marié, épouvanté de ce qui venait de se passer, résolut de quitter sa femme dès le lendemain matin. Il craignait d'être arrêté et puni par la justice, pour n'avoir pas dit qu'il était 1 du pendu.

Au point du jour, il partit, à la grâce de Dieu. Il marcha longtemps, avant d'entrer en. condition. Enfin, il se trouva très-bien chez un monsieur et une dame. Il devint leur intendant et leur homme | d'affaires.

Pendant vingt-cinq ans, il vécut loin de sa femme, sans avoir couché avec elle qu'une seule nuit. Heureusement qu'elle se trouva encdnte. Pendant vingt-cinq ans, il se montra excellent serviteur, sans jamais faire de prix avec ses mîdtres.

Tout le monde était content de lui. Tous les ans, son maître le priait de fixer avec lui ses gages, et il répondait humblement et en le remerciant :

— Certes, je ne demande rien que vos bonnes grâces.

Une nuit, étant couché et dormant dans son lit, il rêva de son père, de sa mère et de sa femme. — Hélas ! ils sont sans doute morts, pensa-t-il ; il faut que je retourne à la maison, pour voir ce qu'il en est.

Le lendemain matin, en se levant, il demanda son congé à son maître et à sa maîtresse, si telle était leur bonté. Et ceux-ci, attristés et désolés, lui dirent :

— Ami, avant de nous quitter, cuisez-nous encore une fournée de pain ; faites une miche comme vous en avez l'habitude, et envoyez-lanous à façonner ; celle-là, nous la conserverons dans notre armoire, jusqu'à ce qu'elle commence à moisir.

Tous les ans, son maître lui tenait compte de ses gages, et, comme il était honnête homme, et pour ne pas mériter d'être blâmé de Dieu, il mit dans cette miche, en pièces d'or jaune, ce qui revenait à son serviteur pour ses vingt-cinq ans de service chez lui.

Quand le moment fut venu de se séparer, le maître demanda à son serviteur ce qu'il lui devait,

et celui-ci lui répondit humblement et en le merciant :

— Certes, je ne demande rien que vos boni grâces seulement.

Alors, le maître, voyant qu'il ne voulait r accepter, lui donna la miche de pain, envelop] dans une serviette, et glissa une pièce de sin fira] dans sa poche ; puis, en lui faisant ses adieux, dit:

— Je te donnerai trois conseils, et je te prie n'y pas manquer, mon ami, car ils te sen utiles. Je te donne d'abord ma trompe de chas S'il t'arrive d'entendre quelque bruit suspe donne trois ou quatre coups de trompe, et aussi le danger s'éloignera. A la première place où t'arrêteras pour te reposer, regarde bien si l'hei a poussé ; mets le signe de la croix à ton cou (i le signe de la croix), et arme-toi au nom Dieu (i).

Au premier endroit où il se reposa, après av mangé un peu, il se remit en route, sans son( à regarder autour de soi. Il oublia sa mie de pain en ce lieu, et fit environ une den lieue. Alors il s'aperçut de son oubli, revint i

(i) Ce passage est évidemment incomplet et altéré : d'ab on n'y trouve que deux conseils, au lieu de trois qui sont nonces ; encore sont-ils fort vagues, le second du moins.

ses pas et retrouva heureusement sa miche de pain.

Un autre jour, comme il traversait un bois, il entendit un cri devant lui. Il donna trois ou quatre coups de sa trompe de chasse, et le bruit cessa. Mais bientôt il rencontra deux hommes couverts de sang et dans un état déplorable. Il leur demanda quel malheur leur était arrivé, et ils lui répondirent :

— Hélas ! seigneur, nous avons été volés et maltraités par des voleurs, et certes nous devons des remercîments à celui qui a fait entendre des sons de trompe, car il a ainsi fait fuir ces méchants, qui avaient commencé de nous ôter la vie, après nous avoir enlevé notre argent.

Touché de compassion pour le malheur de ces hommes, il leur fit l'aumône, en se disant :

— Deux choses me sont déjà arrivées de ce que m'avait annoncé mon maître ; quoi qu'il doive m'arriver en troisième lieu, que Dieu me préserve!

Quand il arriva dans sa paroisse, il descendit dans une auberge et demanda à manger à la cuisine, pour interroger les gens et apprendre les nouvelles du pays.

Il apprit que son père et sa mère étaient morts, que sa femme se portait bien et qu'elle avait un fils bien instruit et même à la veille d'être fait

prêtre. Elle conduisait elle-même sa maison et avait serviteur et servante.

Quand il eut dîné, il se rendit chez sa femme. Hélas ! elle ne le reconnaissait pas, et comme il se faisait déjà tard, il demanda à loger dans la maison.

Sa femme lui dît :

— Nous ne sommes pas riches, cependant, restez, et vous serez logé. J'aurais voulu pouvoir vous mieux recevoir.

Et elle lui prit son paquet pour le mettre dans son armoire. Il alla s'asseoir sur la pierre du foyer, pour se chauffer. Peu après, un jeune prêtre entra, et il en fut surpris et devint triste. L'esprit malin vint le tenter et lui fit concevoir de mauvais soupçons contre sa femme, et croire que c'était là un mauvais prêtre qui la fréquentait.

Il sortit aussitôt, se rendit à une forge qtd se trouvait dans le voisinage et dit au maréchal :

— De grâce, mon ami le maréchal, fabriquemoi un coutelas, et demain, quand j'aurai fait de l'argent, je te paierai.

Notre homme revint alors chez sa femme et soupa avec elle et le prêtre, à la même table, sans que la mère dit : « Mon fils, » ni le prêtre : « Ma mère. » Et le malheureux conçut alors le projet de tuer le prêtre, cette nuit-là même.

Aussitôt le repas terminé, le prêtre et l'hôte se

rendirent à la chambre où ils devaient passer la ouit. Il y avait deux lits dans cette chambre» et ils couchèrent chacun dans un d'eux. Le prêtre s'endormit bientôt ; mais l'autre, non. Quand il vit que le prêtre dormait bien, il sortit de son lit et s'approcha de L'autre lit, tenant à la main son coutelas. Il tira les couvertures de dessus la poitrine du prêtre, afin de le tuer plus facilement. Pourtant, il fit le signe de la croix avant de frapper (i).

Aussitôt le prêtre cria à tue-tête :

— Au secours 1 mon père m'assassine I... Ma pauvre mère, venez à mon secours 1...

Sa mère, son serviteur et sa servante accoururent aussitôt, avec de la lumière et en poussant des cris.

— Hélas I mon fils, dit alors la mère, je vois par votre songe que mon mari est mort I

Son fils essayait de la consoler :

— Ma mère, ne vous désolez pas ainsi, et mettons notre confiance en Dieu. Si mon père est mort, nous prierons Jésus de recevoir son âme dans son paradis.

Le père, en entendant ces paroles, sortit de son

(i) C'est probablement ici le troisième conseil de son maître en le quittant : commencer toujours par le signe de la croix, quoi qu'il voulût fidre.

lit et se jeta à genoux pour demander pardon à son fils et à sa femme, en disant :

— Je suis un misérable indigne de pardon, et qui mérite d'être puni. Me voici à votre discrétion ; Suites votre devoir : j'ai mérité la mort, et je suis content de la souffiir à Tinstant même.

Que de contentement et de joie, alors, dans cette chambre ! Les deux époux et leur fils se te* naient embrassés avec un amour admirable 1

Le lendemain matin, comme ils étaient à table, pour déjeûner,, au milieu de leur plaisir et de leur joie, rhomme demanda à sa femme le paquet qu'il lui avait remis en arrivant, afin d'avoir sa miche de pain et d'en manger ensemble. Qjoand il y porta le couteau, il en tomba cent louis d'or, qu'il ne savait pas y être.

Le dimanche suivant, leur fils célébra sa première messe, en grande cérémonie.

Dieu nous accorde la grâce de participer à tous les sacrifices qu'il offrira au Seigneur, et de nous trouver ensemble au paradis, pour chanter éternellement les louanges de Jésus I

Cette légende est extraite et traduite litténdement de la collection des manuscrits bretons de M. de Penguem, déposée à la Bibliothèque nationale, k Paris. Elle est écrite en rtn bretons de huit syllabes, assez irréguliers et défectneox, mm doute par la faute du conteur. C*est le seul exemfde que je oonnafase d'un conte breton écrit en vers, dans la langue du fty, si l'on

excepte toutefois la vie de saint Corentin, par le père Maunoir» qui est un véritable conte merveilleux, et quelques autres légendes de saints.

J'en ai aussi recueilli, dans l'île de Brëhat, une version en prose, qui diffère sensiblement de celle-ci, avec laquelle elle i^a de commun que le commencement. Le nouveau marié invite, comme ici, un ancien camarade pendu k assister à son mariage et à son banquet de noces. Le pendu n'y manque pas, et quand la noce va à l'église, il donne le bras à la fiancée, lui passe Tanneau nuptial au doigt, s'asseoit à côté d'elle à table, et, le soir, se place entre eUe et son mari, dans le lit nuptial. Puis, la noce terminée, il s'en va, après avoir invité son ami k venir dîner aussi avec lui, dans sa maison. Le rendez-vous est au pied des poteaux patibulaires. Le nouveau marié s'y rend, saisi de terreur, et des diables viennent le chercher, avec grand vacarme. Mais il est sauvé par l'intervention d'un enfant nouveau-né, qu'il avait tenu sur les fonts baptismaux, quelque temps auparavant. (Voir Vomhre du pendu, page 126 de ce volume.)

IL EST BON d'Être charitable envers

LES pauvres.

|L y avait une fois une femme riche qui n'était guère charitable envers le pauvre.

Elle donnait bien un peu, mais non selon ses moyens. Un jour qu'elle avait un grand repas»

202 LÉGENDES CBRÉTIEMMES

un vieux mendiant couvert de haiEons aepièsenta au seuil de sa porte et dematida im morceau de pain. Mais on lui dit de s'en aller» qa*on n'avait rien à lui donner.

— Au nom de Dieu, rien qu'une boodiée de.

pain seulement, car je suis près de mourir de faim ! dit le pauvre, d'une voix à fendre le cœur de pitié.

— Allez-vous-en vite, vous dis-je, r^oodit la ' femme en colère, ou je lâcherai mes chiens sur vous I

Et, comme le mendiant restdt toi^oiinran ntàSÏ. de la porte, la fenmie détacha ks chiens et ks. ^ excita contre lui. Mais les chiens se coochèfcot ï . ses pieds nus et se mirent à les lécher. Le vieSlard s'en alla alors.

Mais, le soir, quand les domestiques rentrèrent ^ des champs, ils trouvèrent le corps d'un m^nM^nt mort, dans l'avenue du mandr, Perwone ne le ; connaissdt. En arrivant dans la maison, ils dirent .f à la maîtresse :

— En revenant des champs, nous «vons ttonié^ . dans l'avenue du mandr,* le corps d'an liens mendiant mort ; il sera, sans doute, mort de fita*.. Il ne doit pas être du pays, car aucon de IMS j^ y le connaît. . , "[i\'i^X,

La maîtresse envoya une de ses semudétfiqÉ^. : voir si c'était le mendiant sur leqad on mipit:4%%,i

taché les chiens, et qu'elle avait renvoyé, sans lui rien donner: C'était bien le même : la servante le reconnut parfaitement.

— Eh bien ! dit alors la maîtresse, puisqu'il est mort chez moi, je paierai les frais de son enterrement.

Elle commençait à avoir quelque remords d'avoir si mal reçu le mendiant. Le corps mort fut transporté dans la maison, et les domestiques passèrent la nuit près de lui, à réciter des prières, selon l'habitude. Le lendemain, on le mit dans un cercueil ; on le porta à l'église du bourg, et une messe fut dite à son intention, avant de l'enterrer. La femme assista à la messe et l'accompagna jusqu'au cimetière, avec tous les gens de sa maison. Mais, en rentrant chez elle, après la cérémonie, elle fut bien étonnée de retrouver sur la table de sa cuisine le linceul et le cercueil, et l'argent qu'elle avait donnés pour faire enterrer le mendiant. Alors elle vit clairement que Dieu désapprouvait sa conduite, et elle eut peur, et elle promit d'aller à Rome, et d'y aller à pied, pour se confesser au Pape et faire pénitence de sa faute. Son mari voulut l'accompagner, quoi qu'elle fît pour l'en dissuader, puisqu'elle seule était coupable. Ils partirent ensemble. Mais quand ils furent à quelque distance de la maison, la fenmie dit tout à coup à son mari :

— Tiens ! j'ai oublié d'emporter l'argetit nécessaire pour notre voyage 1 Je n'ai pas un sou sur moi. Retournez, je vous prie, prendre de l'argent à la maison, et je vous attendrai

Le mari retourna sur ses pas ; mais sa femme ne l'attendit pas, comme elle avait promis de le faire, et elle continua seule sa route.

Après beaucoup de temps et de peine, elle finit par arriver à Rome ; elle se jeta aux pieds du Saint-Père et les arrosa de ses larmes. Elle se confessa à lui et ne lui cacha rien. Elle fut conduite alors dans la chambre de pénitence, et on lui donna un morceau de pain et un pot rempli d'eau. On l'oublia là pendant un an environ, sans que personne lui portât à manger ou à boire. Au bout d'un an, on conduisit un autre pénitent à la même chambre, où l'on croyait qu'il n'y avait personne.

Le gardien qui le conduisait fut bien étoimé d'y trouver une femme en vie et bien portante, comme si elle venait d'y entrer. Alors il se rappela qu'il l'y avait conduite lui-même, il y avait un an. Comment avait-elle pu vivre si longtemps avec un peu de pain et d'eau? C'était certainement un grand miracle de la part de Dieu. Il courut en avertir le Saint-Père, qui fit aussitôt remettre la pauvre fenmie en liberté, et elle re-

tourna alors dans son pays (i). Quand elle Arriva à la maison, personne ne la reconnaissait. H y avait dix ans qu'elle était partie, et on n'avait pas eu de ses nouvelles depuis. Son mari, la croyant morte, s'était remarié. Sa fille aînée, qui l'aperçut arrêtée au seuil de la porte, comme une pauvre mendiante, lui dit d'une voix douce et compatissante :

— Entrez, ma pauvre femme ; ne restez pas dehors, par ce mauvais temps (c'était l'hiver).

Elle entra. Sa fille aînée, qui ne la reconnaissait toujours pas, mit de l'eau sur le feu, et quand idle fut tiède, elle pria la pauvre mendiante de lui permettre de lui laver les pieds. Alors elle reconnut sa mère à une marque qu'elle avait à la jambe gauche. Un de ses fils, qui était à l'école quand elle partit de la maison, était à présent prêtre. Il était là aussi :

— Jésus, mon Dieu ! dit la sœur à son frère, je crois que voici la mère qui nous a mis au monde I

Et ils se jetèrent dans les bras les uns des autres, en pleurant de joie et de bonheur. Le jeune prêtre mit sa mère dans son lit, et, s'agenouillant auprès d'elle, il resta là à la contempler

(ly Voir dans mes Gwer\tou Bret\-Iiel, tome I, page 8>, un épisode semblable, sous le titre de : I^ trots femmes coupables.

et à pleurer de joie. La marâtre entra en ce moment, et, voyant le jeune prêtre à genoux devant une femme dans son lit, elle courut en avertir son mari et lui dit :

— Ah ! quel prêtre que votre fils ! Venez vite le voir à genoux devant une femme qu'il a dans son lit !

Le mari monta à la chambre, et voyant son fils agenouillé devant une femme qui était dans son lit, il lui dit :

— Qu'est-ce donc que tu fais là, mon fils?

— Ah ! mon père, s'écria le jeune prêtre, c'est ma mère qui est de retour !

Voilà notre homme bien embarrassé de se trouver avoir deux femmes à présent, lliais la première allait mourir. Elle ne demandait plus à Dieu que le bonheur de pouvoir se confessera son fils et de trépasser ensuite. Son fils la confessa, lui donna l'absolution, et elle mourut aus^tdt, et alla tout droit au paradis de Dieu.

(hUrgueriU FMUfpt,)

LA FEMME QUI NE VOULAIT PAS AVOIR d'enfants.

|L y avait une fois une femme riche et nouvellement mariée, et qui ne voulait pas avoir d*enfants. Elle alla trouver un docteur et le pria de lui donner un remède pour cela.

Le docteur lui donna le remède qu'elle désirait, et elle en usa.

Mais, presque aussitôt, elle pensa qu'elle avait commis un grand péché, et elle en eut du repentir, et alla trouver son confesseur et lui avoua tout.

— Vous vous êtes rendue coupable d'un grand péché, lui dit le prêtre, et si vous ne faites dure pénitence, vous serez damnée éternellement.

Ces paroles effrayèrent la pauvre femme.

— Indiquez-moi, dit-elle, une pénitence, et, quelque dure qu'elle puisse être, je l'accomplirai.

— Voici ce qu'il vous faudra faire : à minuit, vous vous rendrez, seule, sur le bord de la rivière voisine. Arrivée là, vous vous déshabillerez, puis vous entrerez, toute nue, dans l'eau jusqu'au cou, tenant des deux mains une branche de

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chêne. Q}ioi qu^ arrive, ne vous d éiaiiiai e i pi»^

de cette branche de chêne; autrement» vous èlQ% perdue à tout jamais. Il vous faudra rester ainsi. dans l'eau jusqu'à ce que vous vcyies Taube commencer de poindre» et renouveler rëpieuv^ pendant trois nuits consécutives. Yoas seotea-voas assez de courage pour cela ?

— Oui, avec l'aide de Dieu«

La jeune femme se rend à la riinère, k pre»

mîère nuit. Dès qu'elle entend sonner minaû m clocher du village, elle se dé^abille et entre ém$ Teau jusqu'au cou, tenant des deux mains um branche de chêne garnie de ses feuilles. Auoitâl elle sent elle ne sait quoi, comme des. poisKmi ou des lutins qui jouent et qui frétillent autour de son corps et essaient de lui enlever sa bnucbi de chêne; mais elle tient bon, et dès qu'dle vit le jour commencer de poindre à l'hotison» dk sortit de l'eau. Sa branche de chêne était e&uil- \éQ et un peu enumée. Elle se hâu de sluÉillir et retourna chez elle. Sur son chemin» dk tcncontra un moine qu'elle ne coniiaissait p«9 et qd la salua pourtant.

La, nuit suivante, eUe aUa encore à k Au coup de minuit, elle entra, toeie timt^ l'eau, comme la nuit précédente, et à deux mains sa branche de chêne. Cette ; fti^ elle eut plus de peine à défendre k knH|d)i^M||

quand elle sortit de Teâu, au point du jour, elle était considérablement diminuée. En revenant chez elle, elle rencontra un prêtre qu'elle ne connaissait pas, et qui la salua, comme le moine de la veille.

Enfin, la troisième nuit, elle alla encore à la rivière, et, cette fois, elle eut beaucoup plus de peine que les deux nuits précédentes. Peu s'en fallut qu'elle ne se laissât arracher sa branche de chêne, et quand elle sortit de Teau, au point du jour, il ne lui en restait plus qu'un tronçon, et elle était tout épuisée par la lutte qu'elle avait soutenue. Sur son chemin, en retournant chez elle, elle rencontra une religieuse, qu'elle ne connaissait pas, et qui la salua, comme le moine et le prêtre des deux nuits précédentes.

Le lendemain matin, elle se rendit auprès de son confesseur, qui lui dit :

— Eh bien ! ma pauvre femme, avez-vous réussi ?

— Oui, grâce à Dieu ! Mais ce n'est pas sans peine.

— Dites-moi, qu'avez-vous vu sur votre route, chaque nuit, en revenant de la rivière ?

— La première nuit, j'ai rencontré un moine, la seconde nuit un prêtre, et la troisième nuit une religieuse, et iLs m'ont saluée tous les trois, bien que je ne les connaisse pas.

— Eh bien I ce sont là les trois enfants que vous auriez mis au monde, si vous aviez fait votre devoir en bonne chrétienne, et que vous n'eussiez pas bu la potion que vous a donnée le docteur. Ils vous ont pardonné, puisqu'ils vous ont saluée, parce que, par la pénitence que vous avez faite, vous vous êtes rachetée des feux de l'enfer et êtes rentrée en grâce auprès de Dieu.

La pauvre femme avait tant souffert, qu'elle mourut quelques jours après, et alla droit au paradis.

(Conté par Marguerite Philippe, de Pluxunet, Côtes-dt^-Kord.)

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