DE LENCLOS
je n'ai pas coutume de faire cet honneur à tout le monde ; mais vous, vous n'avez rien à craindre ; soyez tranquille et écoutez-moi avec attention. Vous voyez devant vous un être à qui toute la terre obéit et qui possède tous les biens de la nature : j'ai présidé à votre naissance. Je dispose assez souvent du sort des humains, et je viens savoir de vous de quelle manière vous voulez que j'arrange le vôtre. Vos beaux jours ne sont encore qu'à leur aurore; vous entrez dans l'âge où les portes du monde vont s'ouvrir devant vous; il ne dépend que de vous d'être la personne de votre siècle la plus illustre et la plus heureuse. Je vous apporte la grandeur suprême, des richesses immenses, ou une beauté inaltérable. Choisissez de ces trois choses celle qui vous touche le plus, et soyez convaincue qu'il n'est point de mortel sur la terre qui soit en état de vous en offrir autant.
— Vraiment, monsieur, lui dit Ninon, en éclatant de rire, j'en suis bien persuadée, et la magnificence de vos dons est si grande
— Mademoiselle, vous avez trop d'esprit pour vous moquer d'un homme que vous ne connais-