‹ Légendes des personnagesChapitre 31 sur 55 · LA CHASSE DE SAINT-HUBERT · texte numérisé non relu

LA CHASSE DE SAINT-HUBERT

a chasse du chevalier Hakelberg n'est pas la seule qui occupe les démons ou les esprits. Tous les pays ont des légendes de ce genre.

Dans les Ardenues, ou ies traditions ne man-, quent pas, les bûcherons entendent souvent 1; son des cors, les cris des chasseurs, ies aboie-

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inents des chiens, le bruit des chevaux lancés au galop; et le lendemain, si on trouve un sanglier, un chevreuil, tués ou morts sans qu'on puisse découvrir où ils ont été blessés, on dit que la chasse de Saint-Hubert a passé là.

Mais nous ne comprenons pas qu'on mêle un saint à ces scènes nocturnes. Aussi les bonnes gens un peu sensés appellent ce tumulte la chasse des fées.

On vous contera dans ce pays, entre autres récits singuliers, qu'un soir un pauvre braconnier tomba de fatigue et de chagrin au pied d'un vieux chêne, se désolant de n'avoir eu dans la journée aucune chance. Comme il gémissait tristement, il vit sortir du vieux chêne un petit vieillard qui lui demanda : — Veux-tu chasser avec nous? — Le braconnier, surmontant son effroi, répondit qu'il le voulait bien. Alors le petit homme, prenant le sifflet d'argent suspendu à son cou, siffla trois fois. La forêt frémissait à chaque appel du sifflet infernal, et le braconnier crut en devenir sourd.

Aussitôt de nombreuses compagnies de chevaliers et de dames, avec leurs meutes et leurs

piqueurs, accoururent par tous les sentiers; un souper fut servi d'abord, souper que le pauvre homme trouva excellent. Après quoi, on se mit en chasse et on tua énormément, mais seulement des sangliers. 11 y en eut tant, que le braconnier mit quinze jours à saler sa part, et qu'il se vit approvisionné pour toute son année.

11 n'y a pas de fumée sans feu, Proverbe.

ans les lettres de Bergerac sur les Sorciers, on trouve ce curieux morceau, qui peint les idées populairesd'alors sur Agrippa :

« Il m'est arrivé une aventure si étrange , que je veux vous la raconter. Vous saurez qu'hier, fatigué de l'attention que j'avais mise à lire un livre de prodiges, je sortis à la promenade, pour

dissiper les ridicules imaginations dont j'avais l'esprit rempli. Je m'enfonçai dans un petit bois obscur, où je marchai environ un quart d'heure. J'aperçus alors un manche à balai, qui vint se mettre entre mes jambes, et sur lequel je me trouvai à califourchon. Aussitôt je me sentis volant par le vague des airs.

» Je ne sais quelle route je fis sur cette monture : mais je me trouvai arrêté sur mes pieds, au milieu d'un désert où je ne rencontrai aucun sentier. Cependant je résolus de pénétrer et de reconnaître les lieux. Mais j'avais beau pousser contre l'air, mes efforts ne me faisaient trouver partout que l'impossibilité de passer outre.

» A la fin, fort harassé, je tombai sur mes genoux ; et ce qui m'étonna, ce fut d'avoir passé vn un moment de midi à minuit. Je voyais les

étoiles luire au ciel avec un feu bleuettant; la lune était en son plein, mais beaucoup plus pâle qu'à l'ordinaire; elle s'éclipsa trois fois, et trois fois dépassa son cercle. Les vents étaient paralysés, les fontaines étaient muettes; tous les animaux n'avaient de mouvement que ce qu'il leur en faut pour trembler; l'horreur d'un

silence effroyable régnait partout, et partout la nature semblait attendre quelque grande aventure.

» Je mêlais ma frayeur à celle doat la face de l'horizon paraissait agitée, lorsque, au clair de la lune, je vis sortir d'une caverne un grand et vénérable vieillard, vêtu de blanc, le visage basané, les sourcils touffus et relevés, l'œil effrayant,la barbe renversée par-dessus les épaules. Il avait sur la tête un chapeau de verveine, et sur le dos une ceinture de fougère de mai tressée. A l'endroit du cœur était attachée sur sa robe une chauve-souris à demi morte, et autour du cou un carcan chargé de sept différentes pierres précieuses, dont chacune portait le caractère de la planète qui la dominait.

«Ainsi mystérieusement habillé, portant à la main gauche un vase triangulaire plein de rosée?. et à la droite une baguette de sureau en sève, dont l'un des bouts était ferré d'un mélange de tous les métaux, il baisa le pied de sa grotte, se déchaussa, prononça en grommelant quelques paroles obscures, et s'approcha à reculons d'un gros chêne, à quatre pas duquel il creusa trois

cercles l'un dans l'autre. La nature, obéissant aux ordres du nécromancien, prenait elle-même en frémissant les figures qu'il voulait y tracer. Il y grava les noms des esprits qui présidaient au siècle, à l'année, à la saison, au mois, au jour et à l'heure. Ceci fait, il posa son vase au milieu des cercles, le découvrit, mit un bout de 2?a baguette entre ses dents, se coucha la face tournée vers l'orient, et s'endormit.

» Vers le milieu de son sommeil, je vis tomber dans le vase cinq grains de fougère. Il les prit quand il fut éveillé, en mit deux dans ses oreilles, un dans sa bouche ; il replongea l'autre dans l'eau, et jeta le cinquième hors des cercles. A peine fut il parti de sa main, que je le vis environné de plus d'un million d'animaux de mauvaise augure. Il toucha de sa baguette un chathuant, un renard et une taupe, qui entrèrent dans les cercles en jetant un cri formidable. Il leur fendit l'estomac avec un couteau d'airain, leur ôta le cœur, qu'il enveloppa dans trois feuilles de laurier et qu'il avala; il fit ensuite de longues fumigations. Il trempa un gant de parchemin vierge dans un bassin plein de rosée

et de sang, mit ce gant à sa main droite, et, après quatre ou cinq hurlements horribles, il ferma les yeux et commença les évocations.

» 11 ne remuait presque pas les lèvres; j'entendis néanmoins dans sa gorge un bruit semblable à celui de plusieurs voix enti emêlées. Il fut enlevé de terre à la hauteur d'un demi-pied,, et de fois à autre il attachait attentivement la vue sur l'ongle de l'index de sa main gauche; il avait le visage enflammé et se tourmentait fort.

» Après plusieurs contorsions effroyables, il tomba en gémissant sur ses genoux; mais aussitôt qu'il eut articulé trois paroles d'une certaine oraison, devenu plus fort qu'un homme, il soutint sans vaciller les violentes secousses d'un vent épouvantable qui soufflait contre lui. Ce vent semblait tâcher de le faire sortir des trois cercles. Les trois ronds tournèrent ensuite autour de lui. Ce prodige fut suivi d'une grêle rouge comme du sang, et cette grêle fit place à un torrent de feu, accompagné de coups de tonnerre — Une lumière éclatante dissipa enfin ces tristes météores. Tout au milieu parut un jeune homme, la jambe droite sur un aigle,

la gauche sur un lynx, qui donna au magicien trois fioles de je ne sais quelle liqueur. Le magicien lui présenta trois cheveux, l'un pris au devant de sa tête, les deux autres aux tempes; il fut frappé sur l'épaule d'un petit bâton que tenait le fantôme; et puis tout disparut.

» Alors le jour revint. J'allais me remettre en chemin pour regagner mon village; mais le sorcier, m'ayant envisagé, s'approcha du lieu où j'étais. Quoiqu'il parût cheminer à pas lents, il fut plus tôt à moi que je ne l'aperçus bouger. 11 étendit sur ma main un? main si froide, que la mienne en demeura longtemps engourdie. 11 n'ouvrit ni les yeux, ni la bouche ; et dans ce profond silence il me conduisit à travers des masures, sous les ruines d'un vieux château inhabité, où les siècles travaillaient depuis mille ans à mettre les chambres dans les caves. Aussitôt que nous fumes entrés :

— > Yante-toi, me dit-il en se tournant vers moi, d'avoir contemplé face à face le sorcier Agrippa , dont l'âme est par métempsycose celle qui animait autrefois le savant Zoroastre, prince des Bac t riens. — Depuis près d'un siècle

que je disparas d'entre les hommes, je me conserve ici, par le moyen de l'or potable, dans une santé qu'aucune maladie n'a interrompue. De vingt ans en vingt ans, je prends une prise de cette médecine universelle, qui me rajeunit et qui restitue à mon corps ce qu'il a perdu de ses forces. Si tu as considéré trois fioles que m'a présentées le roi des Salamandres, la première en est pleine, la seconde contient de la poudre de projection, et la troisième de l'huile de talc. — Au reste, tu m'es obligé, puisque, entre tous les mortels, je t'ai choisi pour assister à des mystères que je ne célèbre qu'une fois en vingt ans. — C'est par mes charmes que sont envoyées, quand il me plaît, les stérilités et les abondances. Je suscite les guerres en les allumant [entre les génies qui gouvernent les rois. J'enseigne aux bergers la patenôtre du loup. J'apprends aux devins la façon de tourner le sas. Je fais courir les feux follets. J'excite les fées à danser au clair de la lune. Je pousse les joueurs à chercher le trèfle à quatre feuilles sous les gibets. J'envoie à minuit les esprits hors du cimetière, demander à leurs héritiers l'ac-

complissement des vœux qu'ils ont faits à la mort. Je fais brûler aux voleurs des chandelles de graisse de pendu, pour endormir leurs hôtes pendant qu'ils exécutent leur vol. Je donne la pistole volante, qui vient ressauter dans la pochette quand on l'a employée. Je fais présent aux laquais de ces bagues qui font aller et revenir d'Orléans à Paris en un jour. Je fais tout renverser dans une maison par les esprits follets, qui culbutent les bouteilles, les verres, les plats, quoique rien ne se casse et qu'on ne voie personne. Je montre aux vieilles à guérir la fièvre avec des paroles. Je réveille les villageois la veille de la Saint-Jean, pour cueillir son herbe à jeun et sans parler. J'enseigne aux sorciers à devenir loups-garous. Je tords le cou à ceux qui, lisant dans un grimoire, sans le savoir, me font venir et ne me donnent rien. Je m'en retourne paisiblement d'avec ceux qui me donnent une savate. un cheveu ou une paille. J'enseigne aux nécromanciens à se défaire de leurs ennemis, en moulant une image de cire, et la piquant ou la jetant au feu, pour faire sentir à l'original ce quils font souffrira la copie. Je montre aux

bergers à nouer l'aiguillette. Je fais sentir les coups aux sorciers, pourvu qu'on les batte avec un bâton de sureau. Enfin, je suis le diable Vauvert,le Juif-Errant, et le grand-veneur de la

forêt de Fontainebleau

« Après ces paroles, le magicien disparut, les couleurs des objets s'éloignèrent...; je me trouvai sur mon lit, encore tremblant de peur. Je m'aperçus que toute cette longue vision n'était qu'un rêve : que je m'étais endormi en lisant mon livre de noirs prodiges, et qu'un songe m'avait fait voir tout ce qu'on vient de lire. »

Voici maintenant ce qu'on sait de l'histoire de cet homme.

Henri-Corneille Agrippa, médecin et philosophe, contemporain d'Érasme, l'un des plus savants hommes de son temps, dont on l'a appelé le Trismégiste, mais doué d'extravagance, né à Cologne en 1486, mort en 1 535, après une carrière orageuse, chez le receveur-général de Grenoble, et non à Lyon ni dans un hôpital, comme quelques-uns l'ont écrit, avait été lié avec tous les grands personnages et recherché

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de tous les princes de son époque. Chargé souvent de négociations politiques, il fit de nombreux voyages, que Thevet, dans ses Vies des hommes illustres, attribue à la manie « de faire partout des tours de son métier de magicien; ce qui le faisait reconnaître et cbasser incontinent. »

Les démonologues, qui sont furieux contre lui, disent qu'on ne peut le représenter que comme un hibou, à cause de sa laideur magique ; et de crédules narrateurs ont écrit gravement que, dans ses voyages, il avait coutume de payer ses botes en monnaie, fort bonne en apparence, mais qui se changeait, au bout de quelques jours, en petits morceaux de corne, de coquille ou de cuir, et quelquefois en feuilles d'arbres.

Il est vrai qu'à vingt ans il travaillait à la clirysopée ou alchimie; mais il ne trouva jamais le secret du grand œuvre. Il est vrai aussi qu'il était curieux de choses étranges, et qu'il aimait les paradoxes : son livre de la Vanité des sciences, que l'on considère comme son chef-d'œuvre, en est une preuve. Mais au chapitre \m de ce

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livre, il déclame contre la magie et les arts superstitieux. Si donc il fut obligé plus d'une fois de prendre la fuite pour se soustraire aux mauvais traitements de la populace, qui l'accusait de sorcellerie, n'est-il pas permis de croire ou que son esprit caustique, et peut-être ses mœurs mal réglées, lui faisaient des ennemis, ou que son caractère d'agent diplomatique le mettait souvent dans des situations périlleuses, ou que la médecine empirique, qu'il exerçait, l'exposait à des catastrophes ; à moins qu'il ne faille croire, en effet, que cet homme avait réellement étudié la magie dans ces universités mystérieuses qui existaient alors et dont nous ne savons pas encore les secrets. Quoi qu'il en soit, Louise de Savoie, mère de François Ier, le prit pour son médecin. Elle voulait qu'il fut aussi son astrologue ; ce qu'il refusa. Et pourtant on soutient qu'il prédisait au trop fameux connétable de Bourbon des succès contre la France. Si cette allégation est vraie, c'était semer la trahison, et Agrippa était un fripon ou un fourbe.

Maison établit encore l'éloignementd' Agrippa

pour le charlatanisme des sorciers en rappelant ce fait, que, pendant le séjour qu'il fit à Metz, remplissant les fonctions de syndic ou avocatgénéral (car cet homme fit tous les métiers), il s'éleva très vivement contre le réquisitoire de Nicolas Savin, qui voulait faire hrûler comme sorcière une paysanne. La spirituelle et vive éloquence d' Agrippa fit absoudre cette fille. À cela les partisans de la sorcellerie d'Agrippa répondent qu'il n'est pas étonnant qu'un pareil compère ait défendu ceux qui pratiquaient la magie, puisqu'il la pratiquait lui-même. — Ils ajoutent que, tandis qu'il professait à Louvain, il infecta ses écoliers d'idées magiques, c Un de ses élèves, lisant auprès de lui un certain livre de conjurations, fut étranglé par le diahle. Agrippa, craignant qu'on ne le soupçonnât d'être l'auteur ou la cause de cette mort arrivée dans sa chambre, commanda à l'esprit malin d'entrer dans le corps qu'il venait d'étouffer, de ranimer le jeune homme et de lui faire faire, avant de le quitter, sept ou huit tours sur la place publique. Le diable obéit; le corps du jeune étranglé, après avoir paradé quelques mi-

mîtes, tomba sans vie devant la multitude de ses camarades, qui crurent que ce n'était là qu'une mort subite !. »

Ce ne fut pas pourtant à cause de semblablesfaits qu'il partit de cette ville savante. Ce fut parce qu'il s'y était fait des ennemis, à qui il donna un prétexte par la publication de son ouvrage de la Philosophie occulte. On accusa ce livre d'hérésie et de magie; et, en attendant qu'il fût jugé, l'auteur passa une année dans les prisons de Bruxelles. Il en fut tiré par l'archevêque de Cologne, qui avait accepté la dédicace du livre, dont il reconnut publiquemen que l'auteur n'était pas sorcier. Les pensées de ce livre et celles que le même savant exposa dans son commentaire. In Artem brevem Raymundî Lullii ne sont que des rêveries. Ce qui surtout a fait passer Agrippa pour un grand magicien, c'est un fatras plein de cérémonies magiques et superstitieuses qu'on publia sous son nom, vingt-sept ans après sa mort, qu'on donna comme le quatrième livre de la Philosophie occulte, et qui n'est qu'un ramassis de fragments

1 Delrio, Disquisit. mag.lib. n, quaest. 39.

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décousus de Pierre d'Apone, de P'ctorius, et d'autres songes-creux.

Cependant Delancre ne porte son accusation que sur les trois premiers livres. « Agrippa, dit-il, composa trois livres assez grands sur la magie démoniaque; mais il confessa qu'il n'avait jamais eu aucun commerce avec le démon, et que la magie et la sorcellerie (hors les maléfices) consistaient seulement en quelques prestiges, au moyen desquels l'esprit malin trompe les ignorants. » — Thevet n'admet pas ces palliatifs, a On ne peut nier, dit-il, qu'Agrippa n'ait été ensorcelé de la plus fine et exécrable magie, de laquelle, au vu et au su de chacun, il a fait profession manifeste. 11 était si subtil, qu'il grippait de ses mains crochues des trésors que beaucoup de vaillants capitaines ne pouvaient gagner par le cliquetis de leurs armes et leurs combats furieux. 11 composa le livre de là Philosophie occulte, censuré par les chrétiens, pour lequel il fut chassé de Flandre, où il ne put dorénavant être souffert; de manière qu'il prit la routed'Italie, qu'il empoisonna tellement, que plusieurs gens de bien lui donnèrent encore

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a chasse, et il n'eut rien de plus hàtif que de se retirer à Dole. Enfin il se rendit à Lyon, dénué de facultés; il y employa toutes sortes de moyens pour vivoter, remuant le mieux qu'il pouvait la queue du bâton; mais il gagnait si peu, qu'il mourut en un cliétif cabaret, abhorré de tout le monde, et détesté comme un magicien maudit, parce que toujours il menait en sa compagnie un diable sous la figure d'un chien noir. »

Paul Jove ajoute qu'aux approches de sa mort, comme on le pressait de se repentir, il ôta à ce chien, qui était son démon familier, un collier garni de clous qui formaient des inscriptions nécromantiques, et lui dit : Va-tfm, malheureuse héie, cest toi qui m'as perdu; qu'alors le chien prit aussitôt la fuite vers la rivière de Saône, s'y jeta la tête en avant et ne reparut plus.

Delancre rapporte autrement cette mort, qui n'eut pas lieu dans un cabaret de Lyon, mais, comme nous l'avons dit, à Grenoble. « Ce misérable Agrippa, dit-il, fut si aveuglé du diable, auquel il s'était soumis, qu'encore qu'il connût

très bien sa perfidie et ses artifices, il ne les put éviter, étant si bien enveloppé dans les rets d'icelui diable, qu'il lui avait persuadé que, s'il voulait se laisser tuer, la mort n'aurait nul pouvoir sur lui, et qu'il le ressusciterait et le rendrait immortel; ce qui advint autrement, car Agrippa s'étant fait couper la tête, prévenu de cette fausse espérance, le diable se moqua de lui et ne voulut (aussi ne le pouvait-il) lui redonner la vie pour lui laisser le moyen de déplorer ses crimes . »

Wiérûs, qui fut disciple d' Agrippa, dit qu'en effet cet homme avait beaucoup d'affection pour les chiens; qu'on en voyait constamment deux dans son étude, dont l'un se nommait Monsieur et l'autre Mademoiselle, et qu'on prétendait que «es deux chiens noirs étaient deux diables déguisés. — Tout cela n'empêche pas qu'on soit persuadé, dans quelques provinces arriérées, qu'Agrippa n'est pas plus mort que Nicolas Flamel, et qu'il se conserve dans un coin, ou par l'art magique, ou par l'élixir de longue vie.

Î.A CORNEILLE DE BARKLEY

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