‹ Légendes du calendrierChapitre 40 sur 95 · ÉPHÉMÉRIDES D'AOUT · texte numérisé non relu

ÉPHÉMÉRIDES D'AOUT

Le 15, naissance de Napoléon I*% 4769.

Le 16, mort de Philippe de Commines, 1509. — Mort de Ben- Johnson , 1 637.

Le 1 7 , mort de madame Dacier, 1 720. — Mort du roi de Prusse Frédéric II , dit le Grand , 1 786. — Bataille de Smolensk, 1812.

Le 18, bataille de Mons-en-Puelle , 1304.

Le 1 9 , mort de l'empereur Auguste , l'an 1 4 avant Jésus-Christ. — Mort de Biaise Pascal , 1 662.

Le 20, mort de Pie VII, 1823.

Le 21 , mort de lady Montague, 1 762. — Bernadotte, roi de Suède, 1810. — Mort du comte de Rumfort, inventeur de la soupe peu alimentaire qui porte son nom(1), 1814.

Le 22, mort du docteur Gall, 1828.

Le 23, assassinat du duc de Buckingham, 1 628. — Mort de Guillaume Budé, 1640.

Le 24, pillage de Rome par Alaric, 410. — Massacre de la Saint-Barthélemi, représailles populaires contre les calvinistes, 1 572. — Mort de Jean Goujon, même jour. — Mort de Pline l'Ancien , en Tan 79. — Mort du cardinal de Retz (Paul de Gondi), 1679 — Mort de Valmont de Bomare, 1807.

Le 25, saint Louis meurt à Tunis, 1270. — Mort de Marguerite d'Anjou , 1 482. — Mort de Chatterton;, 1770. — Mort d'Herschell, 1822.

Le 26, mort de Lope de Véga, 1635. — Mort de Saint-Foix, 1 776. — Môme jour et même année, mort

(1) Alphonse Karr appelait la soupe à la Rumfort une soupe de boutons de guêtre.

de David Hume. — Réunion de l'île d'Elbe à la France,

Le 27, mort du pape Sixte-Quint, 1590. — Mort de Thompson, 1748.

Le 28, mort de Grotius, 1645. — Mort d'Oxenstiern, 1654.

Le 29, mort de Henri I,r, roi de France, 1060.— Mort de Pie VI, 1799. — Mort de Delambre, 1822.

Le 30, mort de Théodoric, roi des Ostrogoths, 526. — Mort de Louis XI, 1 483. — Mort de Guy Patin ,

Le 31 , mort de Bougainville, 1 81 1 .

Celui qui de moi se remembre Doit se réjouir grandement , Car je suis le mois de septembre Qui présente vin et froment .

Dont on fait le saint sacrement Sur l'autel , en toute contrée.

Par quoi doit-on joyeusement Priser sur tout ma bonne entrée.

Kalendrier des bergers, 1549.

Ce mois, le septième de l'année martiale, n'est devenu chez nous le neuvième que depuis l'adoption de la réforme grégorienne. C'est de tous les mois de l'année celui qui donne le plus de produits; il est dans nos provinces du Midi le mois des vendanges. La plupart des fruits qui se conservent pour l'hiver se recueillent en septembre.

Il est cher aussi à la jeunesse, à cause des vacan-

ces, de la chasse qui est ouverte alors, et du plaisir qu'on a à jouis des derniers beaux jours.

Chez les chrétiens on s'est plu à donner aux mois des patronages religieux. De même que janvier est le mois de l'Enfant Jésus; février, le mois du cœur immaculé de Marie; mars, le mois de saint Joseph; avril, le mois du cœur sacré de Jésus; mai, le mois de Marie; juin, le mois du Saint-Esprit; juillet, le mois du saint sacrement; août, le mois de la Providence; septembre est le mois de la sainte croix, dont on fête l'Exaltation le 1 4; et, pour achever cette série, octobre est le mois des anges gardiens et des saints anges ; novembre, le mois de la sainte Église, et décembre, le mois de Noël ou de Jésus naissant.

Venons aux dictons et pronostics.

On féte le 1er septembre saint Leu et saint Gilles. Dans beaucoup de pays le premier de ces saints est appelé saint Loup; et on dit :

A la Saint-Loup La lampe au clou ,

parce que le 1er septembre voit commencer les veillées, qui ont lieu jusqu'à Pâques.

On dit dans le Limbourg et dans le Brabant que, s'il pleut le ^septembre, il pleuvra quarante jours. Ce qui se vérifie rarement. Mais le dicton se maintient.

Le 8 est la belle fête de la Nativité de Notre-Dame.

Le 1 0 , on invoque saint Nicolas de Tolentino contre les rhumatismes, parce qu'un vieux dicton populaire i conservé dans certains vers latins , assure que

le 1 0 septembre donne des douleurs : Dénia fert mala membris.

Le \ 4, l'Exaltation de la sainte croix est une des fêtes de la propagation de la foi ou des missions. On dit encore :

A la Sainte-Croix.

On serre les noix.

Le 17, jour de Saint-Lambert, il est permis de prendre toute place un moment délaissée. On s'excuse par ce vieil adage :

Le jour qui fête saint Lambert, Qui quitte sa place la perd.

C'est un bon jour pour les semailles.

11 y a dans ce mois d'autres bonnes fêtes : saint Matthieu, saint Maurice, Notre-Dame de la Merci, saint Corne et saint Damien.

On disait de ces deux saints, un peu négligés par les docteurs de nos jours :

Servez saint Cosme et saint Damien , Vous vous porterez toujours bien.

Il paraît hors de doute qu'il y avait moins de maladies graves quand les médecins fêtaient leurs saints patrons. Peut-être voient-ils quelque profit à se passer d'eux.

Septembre se clôt avec saint Michel , le prince des archanges, et saint Jérôme, l'une des plus hautes gloires de l'Église latine.

Le docteur Coremans, à qui nous devons tant de curieux détails, nous donne sur ce mois deux renseignements que nous ne pouvons négliger.

Le 21 Joui de la Saint-Matthieu, les jeunes filles, en Belgique et dans les pays voisins , se rendent à minuit aux bords d'un ruisseau. Elles y jettent, l'une une couronne de pervenches ou de roses de Notre-Dame, dont le lien est une branche de lierre, l'autre une couronne de paille, une troisième jette une poignée de cendres. Après cela les jeunes filles commencent une ronde , les yeux bandés. Après avoir tourné trois fois, elles se baissent sur le ruisseau et cherchent à saisir l'un des trois objets qu'on y a jetés. Celle qui retire la couronne de pervenches ou de roses a la couronne nuptiale et se mariera. La couronne de paille ne promet que peines ; et les cendres sont un présage de mort.

Trois feuilles jetées ensuite dans le ruisseau ont leur pronostic. L'une est le père, l'autre la mère, la troisième la jeune fille qui consulte le sort. La feuille qui s'engloutit la première annonce la mort de la personne qu'elle désigne.

Le jour de Saint-Michel, qui donne les bons maris, les jeunes filles mêlent aux noix pleines des noix vides, mais bien refermées; puis sans choisir elles en prennent une les yeux fermés. Si c'est une noix pleine, la jeune fille qui l'a prise aura un mari dans Tannée.

La vérité trop souvent est voilée.

Lice de Lanciyal.

Dans la rue du Temple à Paris, le 21 novembre 1 407, vers sept heures et demie du soir, vis-à-vis d'une maison qu'on appelait alors l'Image -Notre -Dame, et qui joignait le couvent des religieuses hospitalières de Saint-Gervais, le duc d'Orléans, frère unique du roi Charles VI, n'ayant avec lui que deux écuyers, montes sur un même cheval, un page, et trois valets de pied qui marchaient devant pour l'éclairer, fut investi par dix-huit hommes armés, à la tête desquels était un gentilhomme de Normandie nommé Raoul d'Ocquetonville. Ce scélérat, d'un coup de hache d'armes, lui coupa la main dont il tenait la bride de sa mule , et de deux autres coups lui fendit la tète.

« On prétend que le lendemain le corps de ce prince, qu'on avait porté dans l'église des Blancs- Manteaux, jeta du sang lorsque le duc de Bourgogne* qu'on ne connaissait point encore pour l'auteur de cet assassinat, et qui voulait faire bonne contenance, se présenta pour lui donner de l'eau bénite »

Ce duc de Bourgogne était Jean Sans-peur.

« Je ne conçois pas, ajoute Saint-Foix, pourquoi

on donna ce surnom de Sans-peur au duc Jean de

210 JEAN SANS-PEIR AU PO.NT DE MOJiTEREAU.

Bourgogne, dont le cœur, inaccessible aux remords, était sans cesse agité par la crainte qu'on n'attentât sur sa vie. Après l'assassinat du duc d'Orléans, il fit bâtir à son hôtel de Bourgogne une tour et dans cette tour une chambre sans fenêtres et dont la porte était très-basse ; il la fermait le soir et l'ouvrait le matin , avec tçutes les précautions que la frayeur inspire aux scélérats. Il ne se familiariserait qu'avec les bouchers ; le bourreau était un de ses courtisans; il allait à son lever et lui touchait dans la main. Les massacres que cet indigne prince fit commettre dans Paris, ses trahisons envers la France et ses liaisons avec l'Anglais rendront à jamais sa mémoire exécrable... »

On accuse généralement de sa mort Tanneguy du Châtel, calomnie qui n'est pas éteinte encore, comme on en rencontre tant dans ce qu'on appelle l'histoire.

Tanneguy du Châtel descendait d'une ancienne maison de Bretagne, féconde en grands guerriers. Dès sa tendre jeunesse il avait conquis le renom d'un vaillant chevalier. En 1402, sept gentilshommes anglais demandant le combat contre autant de français, Tanneguy du Châtel fut un de ceux qui acceptèrent le défi; et sa réputation de force et de bravoure était telle que les Anglais convinrent de se*réunir deux contre lui, certains que s'ils l'abattaient ils auraient bon marché des autres. Mais le sire* de Villars vint au secours de Tanneguy, tua un de ses agresseurs; et la victoire resta aux Français l.

Un peu après cet événement, Guillaume du Châtel,

(1) Mosaïque de l'Ouest, I*e anuéé, p. 346.

frère de Tanneguy, ayant été tué dans une descente qu'il avait tentée sur les côtes d'Angleterre, Tanneguy rassembla quatre cents gentilshommes, débarqua à Darmouth, mit tout à feu et à sang et revint en Bretagne avec un grand butin.

Cet homme fut nommé prévôt de Paris en 1413, lorsque la bourgeoisie secoua le joug des bouchers, qui avaient quelque temps décidé de tout dans la capitale. Il remplit Jes mêmes fonctions en 1 415, et sut maintenir l'ordre dans la ville turbulente. Lorsque les Bourguignons surprirent Paris, dans la nuit du $8 au 29 mai 1 41 8 , par la trahison de Perrinet- Leclerc, Tanneguy du Chàtel, voyant la ville prise, courut au palais, enveloppa le Dauphin dans le drap de son lit, l'emporta dans ses bras, et sauva ainsi la monarchie.

Cet homme, dont la vie n'offre jusqu'ici que des souvenirs de courage et de dévouement, est resté pourtant accusé d'un grand crime, l'assassinat du duc de Bourgogne au pont de Montereau. Un bruit l'en déclara l'auteur, et plusieurs historiens ont accepté cette version.

•Cependant l'accusé protesta jusqu'à sa mort. Tandis que Robert de Loire, le vicomte de Narbonne, Frottier et le Bouteiller ne se cachaient nullement de ce meurtre, Tanneguy seul le désavoua hautement; ce qui est d'autant plus remarquable, qu'au premier instant cet acte parut une preuve de dévouement au Dauphin. Il n'avait rien d'ailleurs d'extraordinaire en ce siècle de violence. Jean Sans-peur avait fait assassiner traîtreusement le duc d'Orléans; sa mort

Vêtait qu'une représaille facile à justifier dans les idées de l'époque; le Bouteiller racontait lui-même, sans embarras, la part qu'il y avait prise :

— J'ai dit au duc de Bourgogne, répétait-il : Tu as coupé le poing à mon maître; je vais te couper le tien , et je lui ai donné de mon épée.

Ainsi le meurtre avait des auteurs reconnus; et, malgré tout, on s'est obstiné à en charger celui qui niait! Le procédé est au moins singulier. Lorsqu'un coupable déclare son crime, on ne suppose point d'ordinaire qu'il puisse être attribué à un autre. Mais il ne faut pas oublier que les accusations portées contre Tanneguy du Châtel sont venues toutes du parti bourguignon, dont il était l'ennemi le plus sérieux, car on s'était accoutumé à le regarder comme Y homme du Dauphin. Tout ce qui se faisait en faveur de ce dernier lui était attribué; et on dut facilement le regarder comme le chef du complot formé contre le duc au profit de son prince.

Les gens du Dauphin, qui avouaient tout haut qu'ils avaient frappé le duc, ne nommèrent jamais du Chàtel comme leur ayant donné le signal, ou comme les ayant imités. Les seules accusations portées cotitre lui le furent, nous le répétons, par ses ennemis; et elles ne peuvent prévaloir contre sa parole, le silence des meurtriers et les vraisemblances historiques 1 .

Quoi qu'il en soit, ajoute l'habile écrivain que nous suivons, voici le fait qui a donné lieu à l'opinion qui accuse le gentilhomme breton.

(1) Mosaïque de l'Ouest, déjà citée.

Henri d' Angleterre venait de commencer contre la France une guerre dont les résultats devaient être terribles; le duc Jean de Bourgogne, bien qu'il eût en apparence rompu avec lui, ne secondait pas franchement les efforts de la noblesse française. Il s'était réconcilié avec le Dauphin, qui, pendant la démence de son père, Charles VI, représentait réellement la monarchie; mais cette réconciliation semblait avoir été faite des lèvres, non du cœur. Le Dauphin lui demandait depuis longtemps une entrevue pour conférer ensemble des intérêts du royaume; le duc la reculait toujours. Il fut enfin convenu qu'elle aurait lieu sur le pont de Montereau. La plupart de ses conseillers dissuadaient Jean de cette entrevue, en lui faisant observer que le Dauphin n'était entouré que de ses mortels ennemis, des serviteurs de l'ancien duc d'Orléans, et des seigneurs dont les parents avaient été récemment tués par ses partisans de Paris. Il se rendit pourtant au lieu désigné.

C'était le 1 0 septembre de Tan 1 41 9.

« Les gens du Dauphin, dit M. de Barante, avaient construit aux deux bouts du pont de fortes barrières fermées d'une porte. Vers le milieu du pont était une sorte de loge en charpente, où l'on entrait de chaque côté par un passage assez étroit. Contre l'usage commun de ces sortes d'entrevues , aucune barrière ne régnait dans le milieu de cette loge pour séparer les deux partis. Le sire de Vienne et le sire de Navailles furent envoyés à la porte du côté de la ville pour recevoir les serments du Dauphin et de ses gens; et, lorsque le duc arriva à la barrière du côté du château,

214 JEAN SANS-PEUR AU t*ONT DE MONTER EAU.

il y trouva, pour recevoir les siens, le sire de Beauvau et Tanneguy du Châtel :

» — Venez vers monseigneur; il vous attend, dirent-ils.

» Le duc prêta son serment.

» — Messieurs, dit-il en les saluant, vous voyez comme je viens, et il leur montra que lui et ses gens n'avaient d'autres armes que leurs cottes et leurs épées.

» A peine fut-il passé que Tanneguy pressa les chevaliers bourguignons d'entrer, et tira même par la manche Jean Séguinat, secrétaire du duc, pour le hâter. Le jeune prince était déjà dans le cabinet en charpente, au milieu du pont. Le duc s'avança, laissant ses gens un peu derrière lui. La foule, qui se pressait devant les barrières, au bout du pont, le vit ôter son chaperon de velours noir, puis mettre un genou en terre devant le Dauphin. À peine s'était-il relevé qu'on entendit crier.

» — Alarme, alarme! tue, tuel

» Et l'on aperçut les gens du Dauphin frappant le duc de leurs haches et de leurs épées. A l'instant même il fut abattu, ainsi que le sire de Navailles, qui paraissait avoir voulu le défendre. »

Les gens du Dauphin, pour justifier cette action, racontèrent plus tard que le duc avait menacé leur maître, et que le sire de Navailles avait porté la main à son épée. « Pour lors, ajoutaient-ils, Tanneguy, voyant le Dauphin menacé, Va emporté dans ses bras, et les autres serviteurs se sont élancés sur le duc. »

Comme on le voit, du Châtel est dans ce récit com-

ÉPHÉMERIDES DE SEPTEMBRE. 215

plétement étranger à l'assassinat. Dans la lettre que le Dauphin écrivit le lendemain à la ville de Paris, il déclare également que le duc s'était permis plusieurs folles paroles et avait cherché à l'attaquer de son épée, mais que ses loyaux serviteurs l'avaient préservé.

Enfin nous ajouterons, pour terminer, que Saint- Foix, après avoir examiné les dispositions des officiers du duc de Bourgogne, déclare que le Dauphin et du Chàtel furent certainement innocents du meurtre de Jean Sans-peur. C'est également l'opinion de Voltaire. Ainsi que nous l'avons dit, Tanneguy persista toujours à soutenir son innocence ; il offrit même de la prouver par les armes contre tout champion, et nul ne releva jamais son défi.

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