‹ Légendes du moyen ageChapitre 16 sur 55 · Grsesse, p · texte numérisé non relu

Grsesse, p

recouvra la vue en se frottant les yeux avec le sang qui en coula, etc. Tous les traits indiqués dans le récit évangélique devinrent le point de départ d'amplifications plus ou moins poétiques. Il en était un qui devait particulièrement frapper l'imagination, c'est celui des soufflets donnés au Christ. On rapporta à un seul homme, et à celui qui aurait dû en avoir le plus d'horreur, le crime odieux d'avoir frappé cette face auguste, on l'aggrava encore, et on inventa pour le coupable une expiation égale à son forfait. Une légende italienne, que nous sommes porté à croire fort antique, raconte qu'un Juif, appelé Malc, donna à Jésus un soufflet avec un gant de fer; en punition, il est condamné à vivre sous terre, tournant toujours autour d'une colonne (sans doute la colonne où Jésus fut attaché); à force de tourner, il a creusé profondément la terre sous ses pas. 11 se frappe avec désespoir la tête contre cette colonne, mais il ne peut se donner la mort, car sa sentence est de souffrir ainsi jusqu'au jugement dernier. Le nom originaire de ce personnage est Malc et non Marc (bien que cette dernière forme soit la plus répandue), et c'est bien le même Malc auquel saint Pierre coupa l'oreille et que Jésus guérit. Dans tous les mystères du moyen âge, on le représente comme ayant

pris part aux tortures de Jésus, malgré le bienfait qu'il en avait reçu. Un curieux passage d'une chanson de geste nous a seul conservé une légende fort semblable où Marc us, qui n'est plus le soldat blessé par Pierre, mais le lépreux guéri par !<■ Seigneur, frappe le Christ, et est l'objet d'une malédiction particulière, à l'aide de laquelle on expliquait bizarrement lincurabilité de la lèpre :

Dius, tu garis Marcus, ki tous fu enleprés :

Mesiaus fu de viaire et de bouche et de nés,

Li premiers hons en terre ki en fu encombrés.

Ice fu li premiers, dire l'oï letrés,

Ki te mist a l'estache quant tu i fus menés,

Et tu le maudesis, meïsmes Damedés,

Ke jamais pour s'amour ne fust lepreus sanés,

Ne sera il pour voir, ja Dius n'en ert faussés '.

Répandue à Venise, à Naples, en Sicile, la légende de Malc a donné lieu à des expressions proverbiales qui en attestent la popularité : on dit en Sicile, d'une personne laide et mal plaisante : Havi'na faccia di lu jucleu Marcu-. Lu judeu Marcu est devenu, par une sorte d'assimilation à Judas, lu Juda-Marcu dans des chants populaires siciliens3. Il nous parait probable que c'est

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