‹ Légendes du moyen ageChapitre 23 sur 55 · Romatiia. VI, o · texte numérisé non relu

Romatiia. VI, o

la tribu de Xephthali, et comme ayant assisté à plusieurs scènes antérieures de la vie du Christ. En outre, il raconte ses voyages autour du monde et en prolite pour donner sur tous les pays possibles et impossibles des renseignements qui, réunis, forment la plus étrange ethnographie qu'on puisse imaginer. Les bibliographes qui se sont occupés du Juif Errant ont tous négligé de nous dire si ces additions se trouvent déjà dans les premières éditions du livre populaire, et ces premières éditions sont introuvables à Paris.

Ce n est pas seulement en France que le Volksbuch allemand fut traduit : il passa en hollandais, en danois et en suédois. En anglais, il ne paraît pas avoir été traduit, mais il a fourni le sujet d'une ballade, d'ailleurs assez peu populaire, qui est comprise dans le recueil de Percv. Des chants du même genre existent en diverses langues du Nord ; le plus célèbre est la complainte française. Cette complainte, écrite avec une trivialité et une platitude souvent comiques, mais qui ne manque pas de naïveté et même à quelques endroits d'un certain charme pénétrant, paraît avoir été composée en Belgique. Elle met en scène les deux bourgeois « de Bruxelles en Brabant», dont la rencontre avec le Juif, en 1640,

avait laissé an souvenir dans le pays1; et elle lui donne le nom d'Isaac Laquedem, que nous retrouvons dans une eomplainte en flamand, publiée par Coussemaker dans les Chants populaires des Flamands de France*-, et qui paraît propre aux Pays-Bas. On a reconnu dans Laquedem le mot hébreu kedem. qui signifie à la fois « origine » et « orient, » avec la préposition la, qui indique la direction, l'appartenance3; le nom a dû être fabriqué par quelqu'un qui avait une teinture d'hébreu. On attribue généralement cette complainte à l'an 1774 ; nous ne voyons pas pourquoi : le style nous en semble plus moderne, et elle est d'ailleurs rigoureusement datée; Isaac, interrogé sur son âge, répond :

J'ai bien dix-huit cents ans

Je passe encor douze ans; J'avais douze ans passés Quand Jésus-Christ est né.

A moins qu'on ne trouve à ces vers des variantes plus anciennes, il faut admettre que la complainte a été composée en l'an 1800. Nous remarquons

1. Au reste, Wolf. qui rapporte cette rencontre au n° 534 de ses Niederldndiscfœ Sagen, ne dit pas où il a pris cette date.

2. Elle ne diffère de la nôtre qu'en ce que le Juif rencontre un seul bourgeois et que la scène est à Dunkerque.

3 Gra\sse. p. 127; Schœbel, p. 44.

dans cotte rapsodie deux traits qai font aujourd'hui partio inhérente de la figure du Juif Errant, et qui, si nous ne nous trompons, sont déjà dans le Volksbuch: l'un, qu'il marche toujours, l'autre, qu'il a dans sa poche cinq sous, qui se renouvellent à mesure qu'il les dépense. Le premier n'était qu'indiqué, comme nous l'avons vu, dans le récit attribué à Paul d'Eitzen ; il était naturel qu'il fut exagéré par la suite : c'est ainsi que dans un passage que fit Ahasvérus à Naumburg, au xvne siècle, il ne pouvait ni s'asseoir ni même rester en place, il ne mangeait, ne buvait ni ne dormait. Quant aux merveilleux cinq sous, ils paraissent provenir des deux escalins (dans d'autres versions c'est un gros) que consent seulement à recevoir Ahasvérus dans le récit deDudulanis. Ici l'imagination populaire a heureusement modifié le modèle, et a créé un trait vraiment fantastique et curieux. Au reste, on a remarqué avec raison que les Grecs avaient un conte analogue : le magicien Pasès (voyez Suidas) avait une demi-obole qui, quand il l'avait dépensée, revenait entre ses mains et on disait tô Ilâ^to; ^{itw66>.iov, comme nous disons « les cinq sous du Juif Errant ».

Ahasvérus et Isaac Laquedem ne sont pas les seuls noms du Juif Errant. D'après Schultz *, copié

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