RIRE SA
Les deux chasseurs n'étaient pas moins exposés au danger que ceux qui restaient pour garder la tente. Que pouvaient faire deux hommes centre une bande de sauvages, ou même contre deux ou trois en embuscade, et ‘ampant sous l'herbe comme des serpents ?
Malgré tout, ces amis espéraient bien se revoir le soir tous les quatre sous la tente,
La chasse fut heureuse. Le soi venu, Dauphinais et Jenthonrevenaient, portant sur leur dos une charge de viande choisie dans les meilleures parties de l’animal abattu. A cette époque d’abondance, le chasseur ne prenait du buffalo que les parties les plus grasses et les plus délicates, le reste était abandonné aux carnassiers de la prairie.
En traversant un petit ruisseau desséché qui se trouvait sur leur route, les deux chusseurs remarquèrent des pistes d'homme toutes fraiches.
En les examinant, Dauphinais remarqua
qu’elles venaient tout droit du camp où il avait laissé sa femme avec Pratte.
‘“ Ces traces, dit-il à Jenthon, ne me disent rien de bon. Les Sioux ne sont pas loin ; ce sont eux qui ont passé par ici Je crains fort qu’ils n’aient découvert notre tente et n'aient fait quelque mauvais coup. HÂâtonsnous d'arriver.”
Hélas ! les soupçons de Dauphinais n'étaient que trop fondés. En approchant de l'endroit d’où ils étaient partis le matin, les deux voyageurs furent surpris de ne voir apparaître personne. Tout était silencieux autour de la tente ; le feu était éteint et rien n’annonçait la présence d’un être vivant.
Comme il se faisait tard, et que déjà les ombres du soir couvraient la prairie, ils ne purent constater le malheur qui venait de frapper leurs amis que lorsqu'ils furent arrivés auprès de la tente.
Le premier objet qui frappa leurs regards
fut le cadavre ensanglanté de Pratte qui gi-
sait sur le sol à la porte de la tente. Il était complètement dépouillé de ses vêtements ; son corps était tout percé de flèches, et sa chevelure avait été enlevée. La femme était disparue, les Sioux l'avaient faite prisonnière et l'avaient emmenée avec eux.
À la vue de cette scène d’horreur, nos deux chasseurs hésitèrent un moment avant que de prendre aucune détermination. La nuit était trop avancée pour se mettre à la poursuite des sauvages ; d’ailleurs dans quelle direction les trouverait-on ? Ils se décidèrent à attendre là jusqu’au jour. Le matin, ils creusèrent une fosse où ils déposèrent le corps de leur infortuné compagnon, puis ils partirent pour aller à la recherche des Sioux et reprendre, sil était possible, la prisonnière qu’ils avaient emmenée.
Longtemps ils marchèrent sans rien découvrir, ils désespéraient presque de les rejoindre, quand sur la fin de la deuxième Journée, ils
aperçurent leur camp sur le bord d’un lac,
Dauphinuis ne savait trop quel accueil on allait lui faire, mais il était décidé à tout braver pour reprendre sa femme.
En apercevant les deux chasseurs, le chef du camp sioux vint au devant d’eux et sans leur donner le temps d'expliquer leur arrivée,
il leur dit : “Je sais ce que vous cherchez ;
vous êtes à la recherche de la femme que nos guerriers ont fait prisonuière ; déjà elle est retournée chez elle. Nous ne lui avons fait aucun mal.” En même temps, il leur ra-
conta en détail la scène qui avait eu lieu les
jours précédents.
Voici comment les choses s'étaient passées.
Pendant l’absence de Dauphinaiset de Jenthon, des Sioux errant dans la prairie avaient aperçu la tente où étaient Pratte et la femme de Dauphinais. Croyant que c’étaient des | ennemis, ils lesavaient attaqués en poussant des cris. Pratte au lieu de donner des signes
d'amitié avait che:ché à se défendre, mais il
était bientôt tombé mortellement blessé par les flèches.
Les Sioux, après l’avoir dépouillé de ses habits, s'étaient er.‘uis, emmenant avec eux la femme prisonnière,
Une fois rendus dans leur camp, ils l'avaient donnée en garde à deux indiens qui devaient la surveiller pour qu'ele ne sévadât pas.
Pendant le jour, elle ne pouvait pas fucilement s'échapper ; en pleine prairie, on l’eût bien vite aperçue et reprise. La nuit seule lui offrait quelque chance ; malheureusement, le surcroît de précautions que prirent les Sioux lui ôta bientôt tout espoir de salut. Le soir on enveloppait la prisonnière dans une couverte, et sur les bords de cette couverte on faisait coucher ses deux gardiens.
Le moindre mouvement qu'elle voulait faire donnait l'éveil à ces deux sauvages et ainsi, humainement parlant, il lui était impossible de s'évader.
Elle avait sur elle son chapelet ; ce fut ce
qui la sauva, Avec une ferveur et une confiunce qui obtiennent des miracies, elle se mit à prier la très sainte Vierge de lui faire trouver un moyen de sortir de cette captivité.
Ses gardiens lentendaient murmurer tout bas des mots qu'ils ne comprenaient pus; puis ce chapelet qu’elle égrenait entre ses doigts les intriguait beaucoup ; au bout de quelques heures, ils n'eurent plus de doute qu’elle faisait de la magie et qu’elle appelait sur leur iète toutes les vengeances de son grand maaitou. is se communiquèrent leurs craintes et résolurent de laisser partir leur prisonnière dès qu'elle ferait mine de vouloir leur échapper. Un peu avant le jour, madame Dauphinais voulut tenter un effort pour sortir de l’espèce d’étui dans lequel on Pavait mise. Elie fut fort étonnée de voir qe s:s gardiens ne remuaient pas ; elle les crut profondément endormis, et confiante dans le secours de
Dieu, elle parvintà se glisser hors de la tente,
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Urs fois libre, elle presse son chapelet sur son cœur et prend sa course vers un marais voisin,
Les sauvages firent semblant de ne pas s'apercevoir de cette fuite, de crainte d'attirer sur eux la colère des #anitous. Ils levèrent le camp sans s'occuper de ce que deviendrait leur prisonnière échappée,
Dauphinais retourna en grande hâte à Pembina avec son compagnon Jenthon, et à leur arrivée ils eurent la joie de trouver madame Dauphinais déjà rendue. Extenuée de fatigue et de faim, elle était parvenue à se traîner j:1sque chez elle,
Au bout de quelques semaines, remise de ses frayeurs et de ses fatigues, elle donna le Jour à un fils qui fut en 1870, membre du
Conseil législatif à Manitoba.