LA VIE DE JÉSUS SELON LES JUIFS
0 miseras hominum mentes ! 0 pectora caeca !
(Lucrèce, liv. IL)
Les rabbins, dans le plus poli de leurs Taïmuds, car ils en ont deux, celui de Jérusalem et celui de Babylone, dans celui de Babylone donc, les rabbins ont de Notre Seigneur Jésus-Christ une vie qui n'est qu'un odieux roman. Quoique excessif dans l'absurde, nous donnons place à ce récit, qui n'a pas besoin de réfutation. Il a été détaché de la monstrueuse collection dont il fait partie par le savant Wagenseil, qui, à côté du texte hébraïque , en a donné la traduction latine , dans son utile ouvrage intitulé Tela ignea Satanœ (1 ). Nous reproduisons ici la version française
(l) « Les traits enflammés de Satan, c'est-à-dire anecdotes apo- ■» cryphes et horribles imaginées par les Juifs contre Jésus-Christ, notre » Dieu, et contre les Chrétiens. » 2 vol. in-4°. Altorf, 1681.
qui se trouve dans VHistoire de V établissement du Christianisme , tirée des seuls auteurs juifs et chrétiens, par J. B. Bullet; et M. l'abbé Cayot, dans sa précieuse Histoire de la religion chrétienne, d'après ceux qui avaient intérêt à la combattre, cite plusieurs faits du tableau qu'on va lire, comme preuve flagrante de la vérité des miracles de Notre-Seigneur, qu'ils ne nient nulle part, mais qu'ils attribuent à la magie. Ce serait une magie dont il n'y a jamais eu d'autres exemples.
« L'an du monde 3671 , sous le règne de Jannée, il y avait à Bethléem un nommé Joseph Pandéra , qui fut épris d'une jeune coiffeuse nommée Miriam (c'est Marie); elle devint enceinte , et lorsque son enfant, qu'elle nomma Jésus, fut en âge d'être instruit, elle lui donna pour maître un certain Elchanan, sous lequel il fit les plus grands progrès.
» C'était la coutume, lorsqu'on passait devant les sénateurs du Sanhédrin , de se voiler le visage , de courber la tête et de fléchir le genou pour leur faire honneur. Jésus ayant refusé de leur rendre cet hommage, ils le déclarèrent infâme, au son de trois cents trompettes, et le bannirent du pays.
» Jésus, que le Talmud appelle Jéhoscua, se voyant ainsi noté, se retira dans la haute Galilée, où il demeura quelque temps.
» Il y avait alors dans la partie la plus sainte du Temple, qu'on appelait le Saint des saints, une pierre sur laquelle était gravé le nom ineffable de Dieu. Les sages de la nation, craignant que les jeunes gens n'apprissent ce nom et ne s'en servissent pour
causer de grands maux, formèrent, par art magique, deux lions d'airain, qu'ils placèrent à l'entrée du Saint des saints, l'un à droite, l'autre à gauche, et si un impie voulait pénétrer dans ce lieu redoutable pour y apprendre le nom sacré, les lions rugissaient contre cet homme si furieusement, que la frayeur qu'ils lui causaient rendait sa tentative vaine (1).
» Jésus, étant venu en cachette à Jérusalem, parvint à entrer dans le Saint des saints. Il y apprit le nom ineffable de Dieu. Ayant écrit ce nom sur du parchemin, il le prononça, pour se préserver de toute douleur; il se fit alors une incision dans la chair, y cacha ce parchemin, et referma la plaie en prononçant le nom une seconde fois.
» Il faut, poursuit le texte, que Jésus ait employé l'art magique pour entrer dans le Saint des saints sans que les prêtres le lui eussent permis et sans que les lions aient rugi. Ainsi il est manifeste que c'est par le secours du démon qu'il fit toutes ces choses. Jésus, étant sorti de Jérusalem, ouvrit de nouveau la plaie qu'il s'était faite, et en ayant tiré le parchemin, il apprit parfaitement le nom redoutable. Il passa aussitôt à Bethléem, lieu de sa naissance: — Où sont, dit-il aux habitants de cette ville, ceux qui publient que je suis né d'un adultère? Ma mère m'a enfanté sans cesser d'être vierge : je suis le Fils de Dieu, c'est moi qui ai créé le monde; c'est de moi qu'Isaïe a parlé lorsqu'il a dit : Voici qu'une vierge concevra.
(1) Suivant d'autres traditions, les deux lions d'airain étaient l'ouvrage de Salomon , qui avait fait la plupart de ces prodiges au moyen de la connaissance qu'il avait du nom ineffable de Dieu.
» Les Bethlémites lui dirent: — Prouvez-nous par quelques miracles que vous êtes Dieu. — J'y consens , leur répondit-il : apportez-moi un homme mort , et je le ressusciterai
» Ce peuple courut avec empressement ouvrir un tombeau , où il ne se trouva que des ossements secs , qui furent apportés devant Jésus; il rangea tous les as, les revêtit de peau, de chair, de nerfs, et rendit la vie à cet homme,
» La foule, à la vue de ce prodige, fut transportée d'enthousiasme : — Quoi ! leur dit-il , vous admirez cela! Faites venir un lépreux, et je le guérirai. ,
» Comme on lui eut amené un lépreux, il le guérit sur-le-champ, en prononçant de même le nom ineffable.
» Les habitants de Bethléem, frappés de ces merveilles, se prosternèrent devant lui et l'adorèrent en lui disant : Vous êtes véritablement le Fils de Dieu.
» Le bruit de ces merveilles ayant été porté à Jérusalem, les méchants en eurent beaucoup de joie; mais les gens de bien, les sages, les sénateurs, en ressentirent la douleur la plus amère. Ils prirent la résolution d'attirer Jésus à Jérusalem, afin de le condamner à mort. Pour cela, ils lui députèrent deux membres du petit Sanhédrin, qui se transportèrent auprès de lui et l'adorèrent. Jésus crut qu'ils venaient augmenter le nombre de ses disciples , et il les reçut avec bonté. Ces sénateurs, s'étant ainsi insinués dans ses bonnes grâces, lui dirent : — Les sages et les personnages les plus considérables de Jérusalem nous ont envoyés près de vous pour vous prier de
venir dans cette ville, parce qu'ils ont appris que vous étiez le Fils de Dieu. Jésus leur répondit : — On leur a dit la vérité; je ferai ce qu'ils souhaitent^ à condition que tous les sénateurs du grand et du petit Sanhédrin viendront au-devant de moi et me recevront avec le respect que les esclaves doivent à leur maître.
» La condition ayant été acceptée, Jésus se mit en chemin avec les députés. Lorsqu'il fut arrivé à Nobé, qui est près de Jérusalem, il dit aux députés : — N'y a-t-il pas ici un bel âne ? Les députés lui ayant répondu qu'il y en avait un, il leur dit de le faire venir, et l'ayant monté, il alla à Jérusalem.
» Toute la ville courut au-devant de lui pour le recevoir. Pendant cette espèce de triomphe, Jésus criait au peuple : — Je suis celui dont le prophète Zacharie a prédit la venue en ces termes : Voici votre Roi qui vient à vous, ce roi juste et sauveur ; il est pauvre ejt monté sur un âne. A ces paroles , la multitude fondit en larmes, chacun déchira ses vêtements, et les plus gens de bien de la nation allèrent trouver la reine Héleine (ou Oléine), épouse du roi Jannée, qui régnait après la mort de son mari :
» — Cet homme qui vient d'entrer, lui dirent-ils, mérite la mort, parce qu'il séduit le peuple. Permetteznous de le saisir.
» — Faites-le venir ici, répondit la reine, je veux moi-même instruire cette affaire.
» Elle avait le projet, en parlant ainsi, de le tirer de leurs mains, parce que Jésus était son parent.
» Les sages, qui pénétraient son dessein, lui di-
rent : — Gardez-vous, reine^ de favoriser cet homme. Par ses enchantements il séduit le peuple; il a volé le nom ineffable. Songez plutôt à le punir comme il le mérite. — Je ferai ce que vous souhaitez, leur dit la reine; mais auparavant faites-le paraître devant moi, pour que je puisse voir ce qu'il fait, car tout le monde m'assure qu'il opère les plus éclatants prodiges.
» Pour obéir à la reine, ils firent venir Jésus.
» — J'ai appris, lui dit cette princesse, les miracles que vous faites; faites-en quelqu'un devant moi.
» — Je ferai ce qu'il vous plaira, répondit Jésus; je vous demande seulement de ne pas me mettre entre les mains de ces scélérats.
» — Ne craignez point, lui dit la reine.
» — Faites venir, reprit Jésus, un lépreux, et je le guérirai.
» On lui présenta un lépreux, qu'il guérit sur-lechamp, en lui imposant la main et prononçant le nom ineffable.
» — Apportez , dit encore Jésus, un cadavre.
» Ce qui ayant été fait, il le ressuscita de la même manière qu'il avait guéri le lépreux.
» — Comment, dit alors la reine aux sages, osezvous dire que cet homme est magicien ? Ne l'ai-je pas vu [de mes yeux faire des miracles qui témoignent qu'il est le Fils de Dieu? Sortez d'ici, et ne portez jamais de semblables accusations devant moi.
» Les sages, ainsi rebutés, cherchèrent un autre expédient pour se saisir de Jésus. Il leur fallait quelqu'un qui se hasardât à apprendre le nom ineffable,
pour le confondre. Un nomme Judas s'offrit à eux dans ce dessein , exigeant seulement qu'ils se chargeassent du péché qu'il commettrait en apprenant le saint nom; et les sages s'en chargèrent volontiers.
» Judas alla donc dans le Saint des saints, où il fit tout ce que Jésus avait fait ; après quoi il se promena par la ville de Jérusalem en criant :
» — Où sont ceux qui disent que cet homme est le Fils de Dieu? Est-ce que moi, qui ne suis qu'un pur homme, je n'ai pas le pouvoir de faire ce que Jésus a fait ?
» La reinè, ayant appris ce que disait Judas, voulut qu'on le lui amenât, ainsi que Jésus.
» — Faites-nous, dit-elle à Jésus, quelque prodige pareil à ceux que vous avez déjà faits devant moi.
» Ce qu'il exécuta sur-le-champ.
» — Ne soyez point surprise, dit Judas à la reine, de ce que vous voyez; il peut s'élever au ciel, et je puis l'en précipiter. C'est là un de ces magiciens dont Moïse nous a avertis de nous défier.
» Jésus disait au contraire :
» — Je suis le Fils de Dieu; c'est moi que David, mon aïeul , avait en vue lorsqu'il a écrit : « Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui ; » et dans un autre endroit : « Jéhova a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite. » Je vais monter à mon Père céleste , vous le verrez de vos yeux. Toi, Judas, tu ne pourras t'élever jusque-là.
» A l'instant, Jésus prononça le nom ineffable; aussitôt un tourbillon de vent l'emporta entre le ciel et la terre.
)) Judas, au même moment, prononça aussi le saint nom, et il fut pareillement enlevé entre la terre et le ciel.
» Ainsi Jésus et Jnclas volaient tous deux en l'air, à la grande surprise de tous les spectateurs.
» Judas, ayant prononcé une seconde fois le nom tout-puissant, se jeta contre Jésus pour le faire tomber. Mais Jésus, Tayaut prononcé aussi, se lança sur Judas; et tous deux luttaient ensemble. Judas, reconnaissant que ses efforts étaient inutiles, employa un stratagème: il fit de l'eau sur Jésus. Souillés alors tous deux par cette action, ils furent privés du pouvoir que leur donnait le nom ineffable, et tombèrent à terre.
h Alors on prononça une sentence de mort contre Jésus, et on lui dit qu'il pouvait éviter le supplice s'il faisait de nouveau les prodiges qu"il avait faits auparavant. Jésus, l'ayant tenté en vain, s'abandonna aux pleurs. Ses disciples et la foule qui lui était attachée, voyant cela, attaquèrent les sages et les sénateurs, et procurèrent à Jésus la liberté de sortir de Jérusalem. Il courut au Jourdain, s'y purifia, et en prononçant le nom sacré, il fit de nouveaux miracles : entre autres merveilles, il jeta sur l'eau deux meules, les fit nager, s'assit dessus et prit des poissons, qu'il donnait aux foules qui le suivaient.
)> En apprenant ces nouveaux prodiges, les sages •et les sénateurs se trouvèrent plus embarrassés qu'auparavant. Mais Judas leur promit de les tirer de peine. Il se mêla, sans se faire connaître, à la multitude qui escortait Jésus, et vers minuit , il lui procura, par
SELOX LES JUIFS. 199
ses enchantements, un sommeil profond, pendant lequel il ouvrit avec son couteau l'endroit du corps où était caché le morceau de parchemin qui portait le nom ineffable.
» Jésus, s'étant éveillé, fut saisi d'une grande crainte en se sentant dépouillé de son pouvoir. Il pria ses disciples de l'accompagner à Jérusalem, espérant n'être pas reconnu parmi eux; il se proposait d'entrer de nouveau dans le Saint des saints, et d'enlever une seconde fois le nom tout-puissant. Mais il ne savait pas que Judas était avec les siens.
» Judas dit alors aux disciples de Jésus, qui ne l'avaient pas plus reconnu que leur maître : — Prenons tous des habits semblables, afin que personne ne puisse distinguer Notre-Seigneur.
» Cet avis ayant été adopté, la troupe se mit en chemin pour aller célébrer la Pàque à Jérusalem. Lorsqu'ils y furent entrés, Judas alla en secret trouver les sages et leur dit :
» — Jésus viendra demain au Temple pour offrir l'agneau pascal ; là vous pourrez le saisir; mais parce qu'il a avec lui deux mille hommes, tous habillés comme lui, pour que vous ne vous trompiez pas, je me prosternerai devant lui lorsque nous serons arrivés dans le parvis.
» Le lendemain, Jésus étant venu au Temple, Judas se jeta à ses pieds, comme il en était convenu. Alors tous les citoyens de Jérusalem , bien armés, se saisissent de Jésus, tuent plusieurs de ceux qui l'accompagnaient, et en arrêtent quelques-uns, tandis que le reste prend la fuite dans les montagnes.
» Les sénateurs firent attacher Jésus à une colonne de marbre, le firent fouetter, et lui mirent une couronne d'épines sur la tête.
» Cet infâme, ayant eu soif, demanda un peu d'eau, et on lui donna du vinaigre. L'ayant bu, il poussa un grand cri, et dit: C'est de moi que David, mon aïeul, a écrit :11s mont donné du fiel pour nourriture > et du vinaigre pour étancher ma soif. Il se mit ensuite à pleurer, et dit en se plaignant: Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m avez-vous abandonné? Les sages lui dirent: Si tu es le Fils de Dieu pourquoi ne te délivrestu pas de nos mains? Jésus répondit : Mon sang doit expier les péchés des hommes, ainsi que l'a prédit Isaïe par ces mots : Sa blessure sera notre salut.
» Ils conduisirent ensuite Jésus devant le grand et le petit Sanhédrin, qui le condamnèrent à être lapidé et pendu. Après l'avoir lapidé, on voulut le pendre à un arbre ; mais tous les bois auxquels on voulait l'attacher se rompaient, parce que Jésus, prévoyant qu'on le pendrait après sa mort, avait enchanté tous les bois par le nom ineffable. Judas rendit la précaution qu'il avait prise inutile, en tirant de son jardin un grand chou, auquel on l'attacha.
» Le soir, les sages, pour ne pas violer la loi, le firent enterrer dans l'endroit où il avait élé lapidé. Vers minuit, ses disciples vinrent à son tombeau, qu'ils arrosèrent de leurs larmes. Judas, l'ayant su, vint secrètement enlever le cadavre, l'enterra en son jardin, dans le canal d'un ruisseau dont il avait détourné l'eau jusqu'à ce que la fosse fat faite et couverte. Les disciples de Jésus étant retournés le len-
demain au tombeau de leur maître, et continuant de le pleurer, Judas leur dit : — Pourquoi pleurez-vous? Ouvrez le tombeau, et voyez celui qu'on y a placé. Les disciples, ayant ouvert le sépulcre, et n'y trouvant point le corps de leur maître, se mirent à crier :
— Il n'est pas dans le tombeau; il est monté au ciel, comme il nous l'a dit lorsqu'il était vivant.
» La reine Héleine, ayant appris le supplice de Jésus , fit venir les sages , et leur demanda ce qu'ils avaient fait de son corps. ÏIs lui répondirent :
— Nous l'avons fait enterrer, comme la loi l'ordonne. Elle leur dit : — Faites-le apporter ici. Les sages allèrent au tombeau, et n'y ayant pas trouvé le corps, ils retournèrent auprès de la reine, et lui dirent : — Nous ne savons qui a enlevé ce cadavre du tombeau où nous l'avions fait mettre. La reine leur dit : — Vous ne l'avez pas trouvé, parce qu'il est le Fils de Dieu et qu'il est monté au ciel auprès de son Père, ainsi qu'il l'a prédit lorsqu'il vivait. — Reine, lui dirent les sages, gardez-vous de penser ainsi; c'était véritablement un enchanteur et un homme infâme.
» — Qu'est-il besoin d'un plus long discours? dit la reine. Si vous me faites voir son corps, je vous croirai innocents, sinon vous serez tous punis de mort.
— Accordez-nous quelque temps, répliquèrent les sages, pour faire des recherches à ce sujet.
» La reine leur accorda trois jours, pendant lesquels ils indiquèrent un jeûne solennel. Les trois jours étant presque écoulés sans qu'ils eussent recouvré ce corps, plusieurs d'entre eux s'enfuirent de Jérusalem pour se soustraire au courroux de la reine.
Un d'eux, nommé Rabbi Tanchuma, errant par la campagne, vit Judas assis dans son jardin, où il prenait de la nourriture.
» — Quoi! Judas, lui dit Tanchuma, vous prenez de la nourriture , tandis que tous les Juifs jeûnent et sont à la veille des plus grands malheurs? — Pourquoi donc , demanda Judas , a-t-on indiqué ce jeûne? — Ce fils infâme, lui répondit Tanchuma, en est la cause : il a été lapidé et pendu, comme vous savez ; mais on ne trouve point son corps dans le tombeau où il avait été mis, ce qui donne lieu aux méchants qui lui sont attachés de dire qu'il est monté au ciel; et la reine Héleine nous a menacés de mort si nous ne le retrouvions pas. — Venez, lui dit Judas, je vous montrerai le cadavre que vous cherchez; c'est moi qui l'ai enlevé, parce que je craignais que la troupe impie qui le suivait ne l'enlevât elle-même; je l'ai enterré dans mon jardin ; il est dans le canal du ruisseau qui y passe,
» Tanchuma retourna promptement à Jérusalem, où il apprit aux sages ce que Judas venait de lui découvrir. Tous courent au jardin de Judas; on tire le cadavre de l'endroit où il était placé; on l'attache à la queue d'un cheval , et on le traîne ainsi devant la reine, qui, chargée de confusion, ne sut que répondre.
» Pendant qu'on traînait ainsi le corps de Jésus, ses cheveux furent arrachés; c'est pourquoi les moines se rasent.
» Les Nazaréens, ou disciples de Jésus, irrités de la mort ignominieuse que les Juifs avaient fait souf-
frir à leur maître, se séparèrent d'eux, et ils en vinrent à ce point de haine que dès qu'un Nazaréen trouvait un Juif, il le massacrait. Leur nombre s' étant accru prodigieusement pendant trente ans, ils s'assemblaient en troupes et empêchaient les Juifs de venir à Jérusalem aux grandes solennités.
m Tandis que les Juifs étaient dans la consternation à la vue de ces malheurs , la religion des Nazaréens prenait chaque jour des accroissements et se répandait au loin. Douze hommes, qui se disaient les envoyés du pendu, parcouraient les royaumes pour lui faire des disciples. Ils s'attachèrent un grand nombre de Juifs, parce qu'ils avaient beaucoup d'autorité et qu'ils confirmaient la religion de Jésus.
» Les sages, affligés de ce progrès, recoururent à Dieu et lui dirent : — Jusques à quand , Seigneur, souffrirez-vous que les Nazaréens prévalent contre nous et massacrent un nombre infini de vos serviteurs ? Noué ne sommes plus qu'un petit troupeau; pour la gloire de votre nom, suggérez-nous ce que nous devons faire afin d'être délivrés de ces méchants.
» Quand ils eurent fini cette prière, un des anciens, nommé Simon Géphas, à qui Dieu s'était fait entendre, se leva et dit aux autres : — Mes frères, écoutezmoi : si vous m'approuvez, je réduirai ces scélérats; mais il faut que vous vous chargiez du péché que je commettrai. Ils lui répondirent tous : — Nous nous en chargeons; éffectuez.
» Simon, ainsi rassuré, alla dans le Saint des saints, écrivit le nom ineffable sur une bande de parchemin
qu'il cacha dans une incision de sa chair; sorti du Temple, il retira son morceau de parchemin, apprit le nom ineffable et se transporta dans la ville métropole des Nazaréens. Là, il cria à haute voix: — Que tous ceux qui croient en Jésus viennent à moi, car c'est lui qui m'envoie.
» Aussitôt une multitude, aussi nombreuse que les grains de sable qui sont au bord de la mer, accourut en disant : — Prouvez-nous par quelque prodige que vous êtes l'envoyé de Jésus. — Quel prodige, répliqua-t-il, souhaitez-vous? — Nous voulons, lui dirent-ils, que vous fassiez les prodiges que Jésus a faits lorsqu'il était vivant.
» Simon ordonne qu'on lui amène un lépreux, et lui ayant imposé les mains, il le guérit; il commande qu'on lui apporte un cadavre, et il le ressuscite de la même manière. Ces scélérats, ayant vu ces merveilles, se prosternèrent devant lui en disant : Yous êtes véritablement envoyé par Jésus, puisque vous avez fait les mêmes prodiges qu'il a faits lorsqu'il était vivant: Alors Simon Céphas leur dit : — Jésus m'a ordonné de venir vers vous; promettez-moi avec serment de faire tout ce que je vous commanderai. — Nous le ferons, s'écrièrent-ils.
» Simon reprit : — Il faut que vous sachiez que ce pendu a été l'ennemi des Juifs et de leurs lois, et que, suivant la prophétie d'Osée, ils ne sont pas son peuple. Quoiqu'il soit en son pouvoir de les détruire en un moment, il ne veut pas le faire, mais il désire au contraire qu'ils restent sur la terre, pour qu'ils soient un monument éternel de son supplice. Au reste,
Jésus n'a souffert que pour vous racheter de l'enfer, et il vous commande -par ma bouche de ne point faire de mal aux Juifs, de leur faire au contraire tout le bien qui dépendra de vous. Il exige encore que vous ne célébriez plus la fête des Azymes; qu'en place de cette solennité, vous célébriez le jour de sa mort ; que la fête de son ascension au ciel vous tienne lieu de la Pentecôte que célèbrent les Juifs, et le jour de sa naissance, de la fête des Tabernacles.
» Ils lui répondirent : — Nous exécuterons ponctuellement tout ce que vous nous avez ordonné; nous vous demandons seulement de demeurer avec nous. — J'y resterai, leur dit-il, si vous voulez me bâtir une tour au milieu de la ville pour me servir de logement. On lui bâtit une tour, dans laquelle il s'enferma, vivant de pain et d'eau l'espace de six ans, au bout desquels il mourut, et fut enterré dans cette même tour, comme il l'avait ordonné. On voit encore à Rome cette tour, qu'on appelle Peter, qui est le nom d'une pierre, parce que Simon était assis sur une pierre jusqu'au jour de sa mort.
» Après la mort de Simon, un homme sage, nommé Élie, vint à Rome, et dit publiquement aux disciples de Jésus : — Sachez que Simon Céphas vous a trompés ; c'est moi que Jésus a chargé de ses ordres, en me disant : — Va, et dis-leur que personne ne croie que je méprise la loi. Reçois tous ceux qui se feront circoncire. Que ceux qui refuseront la circoncision soient noyés. Jésus veut encore que ses disciples n'observent plus le sabbat, mais le premier jour de la semaine. Il ajouta à cela plusieurs autres mauvais