‹ Légendes et archives de la Bastille (volume 2)Chapitre 2 sur 56 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

gnées,... dont tout rameublement consiste en une énorme pierre, recouverte d'un peu de paille ; où le prisonnier respire un air empesté ! . . . Enveloppé des ombres du mystère, condamné à une ignorance absolue du délit qui lui est intenté, et du genre de supplice qui l'attend,... il cesse d'appartenir à la terre !... »

Si cette Bastille de mélodrame a jamais existé, celle du xviii" siècle n'y ressemble guère!... En 1789, ces cachots, situés au rezde-chaussée de la Forteresse, avec fenêtres sur les fossés, ne sont même plus, comme sous Louis XV, réservés aux condamnés à morts, aux fous dangereux, aux détenus, pour injures, vacarme, voies de fait; ni aux gardiens, pour infractions à la discipline! — Lors du premier ministère de Necker, l'usage en a été « aboli » pour tous les cas....

Le prisonnier, interrogé, dès les premiers jours de son arrivée, n'ignore jamais de quel fit délit » il est accusé, et n'a pas à se préoccuper du genre de supplice qui l'attend; car, depuis un siècle, il n'y a ni torture ni supplice d'aucune sorte à la Bastille.

Tout prisonnier, au lieu d'une oubliette, ou

YIIl PRÉFACE.

d'une cage de fer, occupe une chambre assez vaste, dont le plus grand défaut est d'être assez mal éclairée par une étroite fenêtre, munie de barreaux, dont quelques-uns font saillie à l'intérieur. — Elle est suffisamment meublée; mais il ne tient qu'à lui de faire venir des meubles du dehors. Il peut se procurer, de même, les vêtements et le linge qu'il désire, et, s'il n'en a pas les moyens, on les lui fournit. Latude se plaint de rhumatismes; on lui donne des fourrures.

Il souhaite une robe de chambre « calemande à raies rouges ». — On court les magasins, pour satisfaire à ce désir. Le sieur Hugonnet se plaint qu'on ne lui donne pas les chemises qu'il a demandées, « avec des manchettes brodées ». La dame Sauvé voudrait une robe de soie blanche semée de fleurs vertes. On ne trouve dans tout Paris qu'une robe blanche à raies vertes et l'on espère qu'elle s'en contentera.

Toute chambre est munie d'une cheminée ou d'un poêle. — On fournit le bois de chauffage et le lurninaire; le détenu peut se procurer des bougies à son gré. Il a papier, plumes, encre à sa disposition. On ne les supprime provisoirement que s'il en abuse, comme Latude, qui

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