XXXVI PRÉFACE
sode sur lequel Michelet glisse avec art; — tandis que tous les malfaiteurs du quartier, accourus à la suite des combattants, courent aux bâtiments de service, pillent, brisent, jettent dans les fossés, meubles, livres, dossiers, archives, dont on aura tant de peine à recueillir les épaves, quelques bonnes gens se disent : « Mais, au fait, il y a des prisonniers!... Si nous allions les délivrer?... »
Ici, laissons la parole à Louis Blanc.
« Cependant les portes des cachots (il y tient) se sont écroulées (!) sous un généreux effort; les prisonniers sont libres! Hélas! pour trois d'entre eux, il était trop tard ! — Victime depuis sept ans des vengeances inexpliquées d'un père implacable, le premier, qui s'appelait le comte de Solages, ne retrouva, ni des parents qui consentissent à le reconnaître, ni ses biens devenus la proie de collatéraux avides!... Le second se nommait Whyte ! — De quel crime était-il coupable?... accusé, soupçonné du moins? — On ne Ta jamais su ! — Lui, on l'interrogea vainement. — A la Bastille, il avait perdu la raison ! — Le troisième, Tavernier, à Taspect de ses libérateurs, avait cru voir entrer
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les bourreaux et s'était mis sur la défensive. On le détrompa en Vembrassant; mais le lendemain il fut rencontré, errant par la ville, et prononçant des paroles étranges. — Il était fou! »
Autant d'erreurs volontaires que de mots !
Le comte de Solages était un exécrable libertin, — enfermé à la requête de sa famille pour crimes « atroces et notoires ». — Ses parente eurent pourtant la bonté de le recueillir après sa délivrance, et c'est chez eux qu'il est mort en 1825.
De Whyte et Tavernier n'étaient pas devenus fous à la Bastille. — Ils étaient à la Bastille, parce qu'ils étaient fous ; et le second était, de plus, impliqué dans une affaire d'assassinat! — Recueilli par un perruquier du quartier, il brisa tout chez son hôte, qui dut le faire interner à Charenton, où de Whyte vint le rejoindre. Ce n'était pas la peine de les changer de local !
Quatre autres prisonniers délivrés, Corrège, Bechade, Pujade et Laroche, — étaient détenus comme faussaires.
Aussi Louis Blanc a-t-il soin de les passer sous silence !
Dix jours avant, une autre victime de la
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tyrannie gémissait dans les fers ! — le marquis de Sade, — qui, du haut de la plate-forme, ameutait les passants à l'aide d'un porte-voix. — De Launey dut le transférer à Vincennes, privant ainsi les vainqueurs de la gloire de délivrer le futur auteur de Justine. La République prit sa revanche, en le faisant plus tard secrétaire de la section des Piques ! . . . fonction pour laquelle le désignaient ses vertus I
Mais de tous ces prisonniers, le plus célèbre, le plus populaire, celui dont tout Paris déplora les infortunes — c'est le fameux comte de Lorges, — enfermé depuis trente-deux ans, dit la notice biographique que lui a consacrée l'auteur inconnu de sa délivrance.
C'est dans la brochure du citoyen Rousselel, vainqueur de la Bastille, qu'il faut en lire le récit.
ce L'humanité pénètre dans des chemins rétrécis par la défiance. — Une porte de fer s'ouvre : que voit-elle? — Est-ce un homme? Ciel! ... ce vieillard chargé de fers!... la splendeur de son front, la blancheur de sa barbe pendante sur sa poitrine!... quelle majesté!... le feu qui étincelle encore de ses paupières semble procurer une douce lueur dans ce lugubre séjour!... »,