Inlermédlaire, 10 mars 1888, col. 27o
nsi; LÉGENDES ET CURIOSITES DE L HISTOIHE
gazette mondaine, qu'une des reines de la société élégante de New- York avait succombé à une maladie de cœur (?), au cours d'un entretien intime avec un financier connu. Lisez, à vos loisirs, la première Diabolique de Barbey d'Aurevilly, ce Rideau cramoisi, où il réussit si bien à nous suggérer ce que les poètes appelleraient l'épouvante de la volupté, el vous verrez de quelle nature sont ces entretiens intimes qui coûtent parfois la vie.
La mort subite après l'accomplissement de ce qu'on est convenu d'appeler l'acte vénérien, n'est |)as aussi rare ([ue le laisserait supposer la lecture des recueils scientifiques. Ce sont, en effet, les rapports de police qui la signalent, plutôt que les annales de la médecine. Il y a, toutefois, des observations dues à des neurologues ou à des anatomo-pathologistes, et méritant d'autant plus de créance qu'elles émanent de savants qui, selon l'expression triviale mais bien en situation, ne s'en laissent pas conter.
Il y a une quinzaine d'années, en 1894, le docteur Luys, alors médecin de la Charité, présentait à ses collègues de la Société de biologie une pièce aiiatomique, provenant du corps d'un jeune officier, « ([ue la mort avait frappé pendant le geste qui donne la vie » : vous devinez de quelle partie
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du corps il s'agit; vous en avez vu juaiiites représentations — en bronze — au Musée secret de Naples, ou gravées comme enseignes pai-lantes sur les murs de Pompéi.
Cet enfant de Mars, méconnaissant les lois sévères de l'Hygiène, avait sacrifié à \'énus a[)rès un plantureux repas, et il était survenu une congestion cérél)ro-spinale intense, qu'attestait le piqueté vasculaire observé tlans la tranche cérébrale, montrée par le docteur Luys à ses confrères.
En pareil cas, les capillaires sont gorgés de sang; les lésions siègent principalement dans la substance blanche de diverses régions du cerveau, du cervelet, de la protubérance bulbaire et de la moelle cervicale. « C'est, en somme, une apoplexie capillaire multiple du système cérébrospinal tout entier, déterminée par une tension sanguine énorme, due à l'état congestif qui se produit toujours pendant la digestion, état congestif considérablement augmenté par le spasme vénérien Légué). »
Selon Mendelsohn, les tracés sphygmographiques, pris pendant le coït, indiquent un travail exagéré du cœur; les pulsations sont inégales en hauteur et en longueur, comme dans l'insuffisance cardiaque grave.
Les anciens auteurs ont signalé le danger du coït pendant le travail de la digestion : chez cer-
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tains individus, le coït après le repas provoque un épuisement des activités gastriques et tous les phénomènes de rindigestioii.
Chez divers mammifères, on observe une inappétence qui dure des jours et même des semaines. Féré, c|ui relate ces particularités', ajoute que l'orgasme génital est suivi d'une diuiinution bi'usque de la tension artérielle, qui peut amener la syucope ou la mort subite. Le refroidissement périphérique, qui se manifeste souvent à la langue et aux lèvres, peut aller jusqu'à la production du doigt mort. On peut observer encore d'autres troubles de la circulation, qui se traduisent par la polyurie, par la congestion pulmonaire, avec ou sans hémoptysie.
Hutchinson a cité un malade, qui, à la suite du coït, éprouvait une sensation effroyablement douloureuse derrière la tête, se sentait menacé de mort et restait quelques minutes inconscient. Un autre ressentait une sensation analogue dans les reins. Ces [)hénomènes douloureux, différant par l'intensité, sont signalés par plusieurs neurasthéniques, qui se plaignent aussi de l'apparition du casque, de la rachialgie.
Les expériences de M. Poussep ont permis de se rendre compte de l'action du coït sur la circu-
l-L'Instincl sexuel, 224 et suiv.
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lation cérébrale. L'auteiu' s'esl i-ervi de chiennes, dont il fixait la tête à un objet immobile, tont le tronc restant libre. Après avoii- enregistré la pression dans la cai-otide et dans la jugula ii-e, l'auteur fait entrer dans le laboratoire yin chien.
Le pouls s'accélère alors et les vaisseaux cérél)raux se rétrécissent. Les caresses et le flair du mâle provoquent immédiatement la dilatation des vaisseaux du cerveau et l'augmentation de pression dans les veines. L'attouchement du mâle aux organes génitaux de la femelle augmente notablcmentla vaso-dilatalioii. Lors de l'inlroductiou du pénis, la pression sanguine s'é]è\e el eu même temps survient de l'hyperémie cérébrale [^cdso-tlidttation) ; quelques minutes plus tard, les vaisseaux commencent à se rétrécir et finissent par présenter un calibre moindre qu'avant l'excitation.
C'est pendant l'éjaculation que la coustriction des vaisseaux atteint son .maximum. Dix à vingt secondes plus tard, les vaisseaux cérébraux se dilatent de nouveau et la pression sanguine s'élève considérablement. Au moment on le mâle s'efforce de relircr le pénis, la pression atteint son maximum. A la fin du coïl, la pression sanguine s'abaisse au-dessous de la normale. I^nfin, déjà vingt ou ([uarante secondes après la copulation, les vaisseaux commencent à se dilater de nouveau et la pression sanguine s'abaisse considérablement.
(Jles alternances d'élévation cL tle chute de la pression sanguine, et surtout rabaissement Jio-
table consécutif à la copulation, expliquent les cas de mort sajjite, survenant immédiatement après le coït K
Ce ne sont, hàtons-nous de le dire, qu'anormales exceptions, mais il est certain que le coït a ses dangers, surtout quand on recouit à des drogues toxicpies qui ne sont, à tout prendre, que de hasardeux expédients.
Emile Gautier le rappelait, dans une de ses récentes chroniques-: la « mouche de Vénus » est un poison, voire un poison violent, bien qu'elle soil, dans certains cas, un remède et
. Jourial de ph'jAiologie el de pathologie générales, 15 mars
r.Kti, i. m, ao5.
2. Notre confrère émet, sous une forme liyi)Otliétique, il est vr;\i, à propos de la mort de Hoche, dont la fin est restée longtemps énif^matique, une opinion que nous avons tout lieu de tenir ()our très disculaljle. « N'a-t-on pas conté jadis, écrit-il, que le général Hoche en mourut (de l'absorption de la cantharide)?Et, rapprochement curieux, le bruit courut également (ju'il avait été empoisonné par une personne du sexe auquel nous devons Mme "'. » (Ici un nom qui était alors sur toutes les lèvres, si j'ose m exprimer ainsi.) Eh bien ! la vérité est ailleurs : Hoche n'eul pas mort empoisonné, mais le général républicain a succombé à une laryngite tuberculeuse, ainsi qu'en font foi, outre les procès-verbaux officiels de la dernière maladie el de la mort du héros, une pièce anatomique longtemps conservée à la Bibliothèque de Versailles et dont l'examen ne laisse aucune i)lace au doute sur la nature de la lésion qu'elle présente. Nous avons développé notre argumentation dans un de nos ouvrages iL's Indiscrétions de l'Histoire, 4' série).