Id., 25 février
que les peiiiK|Lies reiifennaieiit dans leur intérieur les mauvaises pensées (|ui avaient germé dans le cerveau de leur possesseur et la prière avait pour but de chasser ce venin subtil. La princesse de Galles avait, elle aussi, sa superstition : son mari, alors qu'il n'était encore que duc d'York, trouva un jour la duchesse en larmes.
— Oh ! je suis bien malheureuse ! J'ai cassé une glace, et cela porte malheur.
Le prince de Galles portait toujours un morceau de verre dans le fond de son chapeau, mais n'était-ce pas par simple coquetterie ?
Le roi Garlos, de Portugal, qui mourut si tragiquement, avait l'appréhension du vendredi. Il y a quelques années, étant à Londres, il dut prendre la parole, dans une réunion des plus « sélect ». Ce jour-là était précisément un vendredi. Le roi, visiblement ennuyé, monte sur l'estrade, et, à peine a-t-il ouvert la bouche et fait un geste de la main, qu'un des vases ({ui se trouvaient sur la table du conférencier, tombe et fra[)|)e à la tête un noble lord, placé au premier rang des auditeurs. Aussitôt le roi de s'excuser auprès du blessé, en lui disant : « Je me doutais qu'il arri- Ncrail un malheur, car c'est aujouid'hiii vendredi 1 ')
Au banquet du couronnement d'Edouard Vil, on avait beauc()U[) remarqué la nervosité de la
reine Alexaiuha ; on en eut bientôt l'explication. Sa Majesté était ner\eiise [)aice ({irelle poi-tait la couronne royale (jni, dans la chapelle aidente d'Osborne, avait été placée sur le cercueil de la reine Victoria. Elle n'avait consenti à la placer sur sa tète que sur les > i\ es instances du roi, et elle n'avait pu se défendre, durant toute la cérémonie, d'une crainte superstitieuse qui s'était manifestée, malgré elle, aux yeux de son entourage.
Plus crédules, j)eut-ètre, que la plu[)ait de leurs sujets, ou parce qu'ils se savent ex[)osés à plus de périls imprévus — « c'est le casuel du métier », disait le roi Humbert, — les princes ont presque tous un fétiche dont ils n'aiment point se séparer.
Peu de jours après la mort de Victor-Emmanuel, son fils Humbert désira voir son frère consanguin, le comte Mirafiori, officier dans rarniée italienne. Celui-ci arriva, un peu inquiet, au Quirinal. Mais le roi s'empressa de le rassurer.
J'ai piomis à mon père, lui dit-il, de vous continuer la pension de dix mille francs par mois qu'il vous faisait. J'espère pouvoir vous donner un jour le capital de celte rente. Maintenant, voici une boîte qui contient une paire de pistolets ayant appartenu au Roi : vous les garderez en souvenir de sa Majesté Enlin, je vous prie de
remettre cet oiujle de doigt de pied, entouré de diamants, à Madame votre mère :1e roi Ta fait montera son intention.
Un ongle entouré de diamants, quelle relique est-ce là, pensez-vous? C'était un fétiche.
Victor-Enimanuol laissait [)Ousser toute l'année l'ongle d'un de ses orteils; le 1*" janvier, il coupait cet a|)])endice, devejiu long de |)lus d'un centimètre ; un orfèvre lui donnait le |)oli et le Jjrillant de la pierre qu'on ap})elle œil de c/iat, et l'enchâssait dans une monture en or, rehaussée de diamants. Victor-Emmanuel offrait le bijou à celle qu'il honorait de son royal caprice : certaine comtesse en possédait quatorze à elle seule ! Le quinzièjiie, qu'avait remis llumbert à son frère morganatique, avait été coupé le 1'' janvier 1878 ; l'orfèvre n'avait pas encore eu le temps de le monter, c|uand survint la mort de Victor-Emmanuel.
Ce fétiche était-il destiné à conjurer la mort subite ? C'est plus que probable. Quinze ans avant sa mort, une devineresse avait prédit au roi d'Italie qu'il mourrait col scarpe « avec ses souliers », c'est-à-dire tout habillé; de fait, il rendit le dernier soupir dans son fauteuil, les chaussures aux pieds.
Le shah de Perse, Mozaffer-Eddin, se croyait protégé contre tout assassinat par le ])ort d'une
ceinture, qui empruntait toute sa vertu à une superbe éineraude et surtout... aux pelures d'oignon dont elle était garnie.
Le roi de Grèce, Georges l""", fut, il y a quelque temps, l'objet d'une tentative de meurtre : la balle qu'on tira sur lui frappa sa voiture, s'y fixa et fut retrouvée plusieurs mois après. Le Roi, en souvenir de l'attentat, la fit monter en breloque, dans l'espoir que le destin ne le frapperait pas une deuxième fois, au moins de la même façon.
Une tradition, qui a cours dans la famille des Hohen/.ollern, veut que les souverains de cette dynastie soient à l'abri des balles de plomb ou d'acier ; seules, peuvent les atteindre les balles d'or ou d'argent ; or, la balle dont se servit Nol)iling, quand il tenta d'assassiner Guillaume L', était en argent !
Le kaiser actuel a, dit-on, une absolue confiance dans une bague ', ornée d'une pierre noire,
1. D'après la légende, un crapaud s'introduisit un jour dans la chambre de l'électeur Jean de Brandebourg, déposa une petite pierre sur le lit, puis disparut mystérieusement. Le petit caillou fut conservé dans les archives des HohenzoUern. Le père de Frédéric le Grand le fit monter en bague, et depuis, la bague fut toujours portée par le chef de la maison; elle est considérée comme une amulette préservatrice, ce qui n'empêche pas Guillaume II de porter toujours sur lui un levolver. (Cf. Écho du Merveilleux, l" janvier 1903.)
LA SUHERâTlTION SUR LES TRONKS '2'.ii
que se transmettent, de père en fils, les Hohenzollern.
Son grand-père en ])ort;iit deux : l'une était son alliance ; l'autre, une modeste bague en cheveux, w {'.es cheveux, disait un jour l'I^^nipereur, alors nonao-énaire. sont ceux de la reine Louise. Us ont blanchi dans le malheur ; j'ai juré que la bague ne quitterait pas mon doigt, avant que j'aie vengé les larmes de ma mère. » Sur la fin de sa vie, Guillaume I'' dut faire retirer « l'anneau de la vengeance », qui glissait de ses doigts amaigris.
Une autre bague (|ui a son histoire, — une histoire étrange, — est celle que l'on peut voir, suspendue par une chaîne d'or, au cou de la Vierge d'Almudena, statue qui orne un des parcs les plus fréquentés de Madrid.
Cette bague, ornée d'une opale, — la pierre maléfique ! — avait été donnée, par la reine Isabelle, à son fils, la veille du jour où elle lomba du trône. Alphonse XII en fit cadeau à sa première épouse, la reine Mercedes, (jui mourut un mois plus tard. Le roi donna alors la bague à sa sœur. Maria, qui, à son tour, succombait peu après. Tj'anneau étant revenu au souverain, celuici Loflrit à lit giiiiKrmèrc de sa l'cninir, la reine Christine, (jui décédail au bout de trois mois. La reine r(;gente ne voulant pas risquer sa vie a\ec
la bague fatale, la fit suspendre au cou de la Vierge.
Nombre de princes modernes portent des bracelets porte-bonheur. Avant d'être roi d'Angleterre, Edouard YII poitait au poignet gauche un bracelet d"or qui avait appartenu à l'infortuné Maximilien, du Mexique. Le roi Humbert ne craignait pas, lui aussi, de paraître en public le poignet orné d'un magnifique bracelet en or massif ; le duc de Saxe-Cobourg portait également un bracelet et, en plus, une chaînette d'or autour du cou ; l'archiduc Rodolphe d'Autriche et le duc d'Albany avaient un bijou semblable.
11 y aurait tout un travail à écrire sur la superstition chez les Bonaparte et leurs familles. Nous en avons déjà longuement parlé, dans un de nos ouvrages 1; nous allons ajouter quelques détails à nos premières informations.
On a, maintes fois, rappelé la prédiction qui avait été faite à Joséphine. Elle habitait alors la Martinique ; elle se promenait un jour sur les terres des Trois-llets, quand un groupe d'esclaves, entourant une femme âgée, attira son attention. Elle s'approcha : c'était une vieille négresse, qui disait aux jeunes filles de l'endroit la bonne aventure.
1. Le Cabinel secrel de l'IIisloire, l II, iiOLivolle (Hlitioii.
Apercevant Mlle de Taschei-, la négresse se prend à la considérer attentivement ; puis, lui prenant la main et reportant Jes yeux, de sa main sur le visage de sa belle maîtresse :
« Vous voyez donc sur ma figure quelque chose de bien extraordinaire ? — Certes oui, répondit la sorcière. — Est-ce du bonheur ou du malheur qui doit m'arriver ? — Des malheurs ? oh ! oui !.. Du ]3onheur aussi. — Tout cela n'est pas très clair; enfin, que lisez-vous pour moi dans l'avenir? » Et comme Josépiiine y mettait de Tinsis- ^,ance, son interlocutrice prononça : « Puisque vous le voulez, écoutez ! Vous vous marierez bientôt : cette union ne sera pas heureuse; vous deviendrez veuve et alors... Vous serez reine de France ; vous aurez de belles années, mais vous périrez dans une émeute... » Là-dessus, la néerresse quitta brusquement le groupe qui l'entourait et écoutait avidement ses oracles, et se sauva de toute la lenteur de ses faibles jambes'. Joséphine ne fit ([ue rire de la prédiction, dont la réalisation lui paraissait impossible; mais elle en parlait souvent et, malgré tout, en semblait préoccupée.
Le général Lamarque, qui avait connu Joséphine
1. C.ï. l'Histoire de l'impéralrice Joséphine, par .1. Aubenas. l. I ; Pari.s, IS.^S.
chez une Américaine avec qui elle avait été élevée, Mme de Hostein, et alors que la future épouse de Bonaparte n'estait encore que la vicomtesse Alexandre de Beauharnais, rapporte ' (|u'il entendit, pour la première l'ois, le récit de la prédiction de la bohémienne martini(|uaise. de la bouche luème de Joséphine, au cours d'un diuer auquel il assistait. Sanlerre clail au nombre des convives. « Kobespieire, dit eu terminant Joséphine, a bien failli faire manquer la prédiction ! » Sans le 9 thermidor, en effet, Josi'phine avait de grandes chances de faire connaissance a\cc le couperet de Sanson.
(^onime l'impératrice, Tl^upereur croyait aux songes, aux prcmonilions, aux pr<'\sages de toule espèce. El il ifélail pas, copeudani, le dernier à en monlrer le ridicule. « Si les hommes ne \ont plus à la messe, s écriait-il tle\anl un de ses lamiliers, save/.-\()US où ils ironi ?(^he/. (^agliostro ou elle/. Mlle Lenornianl. l'ranchemeni, la messe vaut mieiix. » (]e (|ni ne l'empêchait pas de lire avec iulerèl des noies (ju'avait i-edigiM's à son intention Mme de (îcidis, sur le magnétisme, la sorcellerie el les sciences occultes-.
1. Sounenirs el Mémoires du ijénéral Lamarfjiie, l. I, is:!."),
2. <jr. J^ellres i/irilile^ de Mme de (ienlis à t'.a^imif l'eeker. |t.n- II. I.A.PAUZK. Paris, l'.m;}.
Nous n'avons pas à rappeler comment mourut le duc de Reichstadt^. Coïncidence pour le moins étrange : le serviteur de la maison d'Autriche qui, en 1809, avait ouvert, en pleurant, les appartements de son maître à Napoléon victorieux, les referma, les larmes aux yeux, quand sortit du château de Schœnbrunn le cercueil qui renfermait les restes mortels du roi de Rome-.
A l'exemple de sa mère Joséphine, la reine Horlense consultait les tireurs d'horoscopes et les devineresses qu'elle rencontrait sur sa route.
En 1834, se trcjuvant à Rome, elle alla voir un« somnambule, à [)ropos de son fils Louis, sur l'avenir du(|iiel elle fondait les plus grandes espérances.
— Ah! une grande nation le piend j)our chef, lui dit la pythonisse. — Pour empereur, n'est-ce pas ? s'écria la reine, haletante et transportt^e. — Pour empereur, jamais, répli(|ua sèchement la somnambule, dont, pour une fois, la clairvoyance était en défaut. Ceci se passait, il est vrai, i)eu de temps avant ta tentative de Strasbourg, qui échoua piteusejuent, bien (ju'Horlense eût passé au doigt de son fils l'anneau de mariage de Napoléon et Jos(''|)liine, en lui disant : « Si quelque
1. Un en U()ii\t'i;i linis les ili'-l.iils, daii^ le I. Il de nos Léyendes el CuriosUf^s de r Hi%lnirc.