Entre autres Michelet, Bondois et Monod. etc
M. Marcel Thibault Isabeau de Bavière, pp. 100. 211-233». et avant lui Alf. Franklin (Les Médecirs. p. 57 et suiv.i ne nous offrent qu'un récit de seconde main et non une argumentation scientifique ; encore Franklin parle-t-il plutôt des médecin; que de la maladie de Charles VI.
Dans la chronique du Religieux de Saint-Denis, nous retrouvons l'écho de cette impression.
Il (le roi était dans toute la force et dans toute la vigueur de la jeunesse et les médecins assuraient que l'état de sa santé «'-lait très satisfaisant, lorsque, tout à coup, Ters le milieu dejuin.il commença à donner, comme auparavant, des signes de démence et à se livrer à des extravagances tout à fait indignes de la majesté royale. On disait généralement que celait reflet des sortilèges de quelques gens mal intentionnés... Il n'avait point d'abord cessé de reconnaître ses amis, ses familiers, les - igneurs de la cour et lous tes gens de sa maison : il se souvenait même d'eux en leur absence et les nommait par leurs noms. Mais, à la longiié, 3 couvrit
de ténèbres si épaiss 5, qu'il oublia complètement jusqu'aux choses que la nature aurait, dû lui rappeler.
Il soutenait qu'il n'était pas le roi, qu'il ne s'appelait pas Charles, s'emportant si on le contredisait. « Je me nomme Georges, disait-il : mes armes sont un lion blessé d'un trait au flanc. »
Le souvenir de la reine lui était odieux : quand celle-ci s'approchait et lui prodiguait de dou< paroles : « Quelle est cette femme dont la vue m'obsède, s'écriait-il ; sache/ si elle a besoin de quelque chose, et délivrez-moi comme vous pourrez de ses perséculions'et de ses importuiiités. »
S'il rencontrait les losanges ou « fu- - bleues
et blanches de Bavière — c'étaient les armes de la reine— émaillées sur quelque hanap, ou peintes eu tapisserie sur les tentures des salles, il entrait en fureur, brisant, déchirant tout ce qui se trouvait à portée de la main.
On lui avait ôté son épee, mais il avait empêché qu on le privât de son bâton, dont il frappait tous ceux qui le servaient. Son épouse n'était pas d'une classe où les femmes ont coutume d'être battues, Bon amour n'allait pas jusqu'à s'offrir aux coups ; on dut chercher une pauvre malheureuse, qui fce dévouât à ce rôle ingrat : ou choisit la lillc d'un marchand de chevaux, jeune et belle, que le peuple baptisa la petite reine l.
De toutes les femmes, la vue de la duchesse d'Orléans seule lui était agréable : il rappelait sa s(!iir bien-aimée.
Cousine de la reine. Valent ine de Milan avait épousé le frère du roi. Bien des gens murmuraient, soupçonnaient d'étranges manèges. En Loinbardie. patrie de cette princesse, on faisait, plus qu'en tous autres pays, usage de poisons et de sortilèges. On disait qu'elle avait jeté un charme sur le roi, alors que la folie l'avait marqué de sa griffe.
1. Fiist. de France, règne de Charles VI, cité par Alex. Monteil, Hisl. des Français de divers étais, t. II, li: >t. XXII. note XLI.
Ni remède, ni prière ou cérémonie de l'Eglise ne lui rendaient la santé. Un moment, on eut quelque espoir. On avait fait venir de Lyon un « ii/.ieien ou médecin très excellent, lequel medecina le rov et luy lit purgacion par la te^te. »
S'agit-il d'une trépanation véritable, ou d'une simple incision au cuir chevelu ? N'importe, une amélioration légère s'en suivit, ce dont le peuple eut « gr an t joye ».
( >n avait mis sur la tète du roi des coiffes et des enveloppes remplies de drogues; elles pestèrent sans eliVt.
On avait appelé de la Guyenne un sorcier, qui s'était vanté de le pouvoir guérir par un seul mot, solo sermone. Celui-là l'ut assez heureux pour s'en retourner dans son pays sain et saut".
Quatre ans plus tard, arrivaient à la Cour, de la même région, deux moines, qui se prétendaient magiciens. Ils sedisaient profès des frères ermites • If Saint- Augustin. Le maréchal de Sançerre les avait introduits à iaCour.On Les logea au château royal de Saint-Antoine, à la Bastille. Mien ne leur fut refusé : argent, victuailles, ils eurent tout en abondance. Ils ne s'occupaient qu'à festoyer. On les pressa de s'occup'er de la santé du Roi. Alors ils s'avisèrent d'un singulier remède : ils firent prendre au roi des perles réduites «mi poudre, je l;in aux aliments et à la boisson. Devons-
nous ajouter que le roi n'en éprouva aucun bien ? Quand leur imposture fut découverte, et ce fut longtemps après, on mena les moines en place de Grève : ils furent décapités sans ré-
mission
En 1404, le malheureux monarque était, de nouveau, livré à deux sorciers, venus cette fois de la Bourgogne 2. En guise d'honoraires, ils furent invités à monter sur un bûcher dressé à leur intention.
Dans la crainte que le roi ne se blessât, comme il courait toute la journée dans son palais jusqu'à épuisement des forces, on dut faire murer toutes les entrées de l'Hôtel royal.
Bien que d'une force musculaire peu commune, il s'imaginait qu'il allait se briser en tombant. Il ne souffrait pas qu'on le touchât : il se croyait en verre ! On l'enveloppait, par ses ordres, d'attelles en fer et autres appuis, qu'assujettissaient des bandelettes.
Ses médecins n'étaient pas mieux traités que la reine ; il fit bannir et chasser de Paris un des plus savants parmi ses archiàtres, Renaud Fréron ; il entendit, toutefois, qu'où ne le privât pas de ses biens.