Levot, Biographie bretonne, t. II
3. Le nom du maréchal a été orthographié de bien des façons. Pour notre part, nous estimons qu'on doit écrire Rays et non Rais, Retz ou Rai:. Notre héros signe le plus habituellement Gilles, tout court (V. Chr. Méd., 1905, p. 59) et quand il fait suivre son prénom de son nom, c'est Rays qu'il écrit (V. les pièces
Fiance, ce seigneur dont la cruauté, restée proverbial'- dans notre pays, fit mourir plus déjeunes femmes ', que le héros barbu du conte bleu de feu M. Galland. Je n'assure pas que Galland eut sous les yeux l'histoire de Gilles de Laval, quand il a fait le conte de la barbe bleue, mais j'atteste que. depuis le quinzième siècle, dans notre province, les grand'mères racontent, sous le nom de Barbe-Bleue, l'histoire tronquée de Gilles de Laval... »
A titre de confirmation, il suffit de parcourir le pays de Retz et de revoir les lieux que le monstre habita, pour s'assurer que la légende y est restée tenace. Sur les bords de l'Erdre. à Nantes, on montre encore une maison qu'on appelle le château de Barbe-Bleue : c'est l'emplacement de l'ancien hôtel de la Suze. Les ruines de Machecoul, Tifîauges. Champtôcé, ne sont pas désignées sous
«uiL'inales du chartrier de Thouars,reproduites dans l'ouvrage: Les La Trémoïlle pendant cinq siècles, t. I; cf. Chr. Méd.. ann. cit., pp. 1*4. 206, 276.i Notons, toutefois, que les contemporains écrivent le nom sous la l'orme communément adoptée, c'est-àdire Rais\ et que Marie 'le Iiai>. fille de Gilles, épouse de l'amiral Prigent de Coëtivy, .-ignait Marie de Bais Chr. Méd., ann. cit., p. 279 . Concluons que si le maréchal de Rays signait le plus souvent de son -eul prénom, il écrivait son nom Rays par un y et non par un /.quand il lui prenait fantaisie de donne signature intégrale.
1. La légende n'est pas, ici, tout à fait d'accord avec In vérité.
un autre nom que celui de château de Barbe- Bleue '.
Presque tous les auteurs s'accordent sur ce point: que Barbe-Bleue fut un seigneur breton, que le conte de Barbe-Bleue est une vieille tradition de la Basse-Bretagne : ; mais, comme l'a dit un historien3, la fiction n'approche pas de la réalité, le conte est fort au-dessous de l'histoire. Il en diffère, même, sensiblement, et par bien des côtés : Gilles de Rays ne ressemble que très vaguement au Barbe-Bleue de Perrault.
Renan Fa écrit il y a longtemps : « Les célébrités du peuple sont rarement celles de l'histoire ; et quand les bruits des siècles reculés nous sont arrivés par deux canaux, l'un populaire l'autre historique, il est rare que ces deux formes de la tradition soient complètement d'accord l'une avec l'autre. »
En comparant le Barbe-Bleue de la légende avec le Gilles de Rays de l'histoire, on a deux types différents d'un personnage identique.
1. Le Barbe-Bleue de la légende et de l'histoire, par Ch. Lemire. Paris, 1886.
2. Cette question a été débattue, avec un luxe d'argument* inusité, par le chanoine Bossard, dans sa thèse, aux pages 397 et suiv. On en rapprochera utilement un article de'Ch. Dellin, paru dans la Revue de France, t. XX. p. 977.