V. aux Pièces justificatives la note C
A Saint-Cloud, le 16 mai 1788.
L 'inoculation, Monsieur, de Mgr le duc de Normandie ayant été faite hier au soir, j'ai V honneur de vous prévenir qu'il va vous être adressé par le médecin du Prince un Bulletin de cette opération, que je vous prie de vouloir bien faire insérer tout de suite dans le Journal de Paris. Lorsque les accidens commenceront à paroîlre, il vous sera adressé Monsieur successivement des bulletins pour être imprimés régulièrement et distribués tous les jours à Paris dans la matinée. Usera également nécessaire de faire insérer ces Bullelins dans le Journal de Paris pour la satisfaction du public ainsi qu'il a été pratiqué à l'inoculation de M . le Dauphin. Je vous prie Monsieur de vouloir bien donner tes ordres nécessaires /jour que ces impressions et distributions soient faites avec le soin et la célérité convenables à la circonstance. J'ai V honneur d'êli e avec un très sincère attachement Madame votre très humble et très obéissante servante.
POLASTRON PesSe DE PuLIGNAC.
M. le Baron de Brcleuil.
Le même jour, le lieutenant de police annonce au ministre qu'il a fait le nécessaire pour que l'insertion demandée soit faite au Journal de Paris et pour que le bulletin de chaque jour soit publié dans la feuille du lendemain1.
1. V. aux Pièces justificatives les Bulletins journaliers, note I). Ces Bulletins, extraits des Archives, sont restés jusqu'à ce jour inédits. Comme ils se rapportent à un personnage historique (Louis XVII), dont la « survie » a provoqué de passionnées controverses nous avons cru devoir publier ces documents, dont la connaissance pourra servir à élucider quelques point- obscurs du problème, toujours à l'étude, de L'identification du second fil- de Louis XVI et de Marie-Antoinette.
A l'occasion de cet événement, nombre de gratifications furent accordées ; leur total ne s'élevait pas à moins de 26.600 francs.
Mme de Polignac avait demandé une pension de 600 francs pour le sieur Varignon, le père de l'enfant âgé de 6 ans qui avait fourni le germe pour l'inoculation de Mgr le duc de Normandie.
x\ux quatre sous-gouvernantes furent allouées 3.000 livres chacune, soit 12.000 livres pour les quatre.
2.400 livres étaient accordées au médecin des Enfants de France; 1.500 livres au chirurgien; le reste aux femmes et aux valets de chambre, aux garçons et au portefaix de la chambre.
Rien ne marque mieux que ces largesses, qu'on regardait, à l'époque, comme un grand événement l'inoculation d'un Enfant de France.
riÈCES JUSTIFICATIVES
. Procès-verbal à l'occasion de Vinoculaîion de Monseigneur le Duc de Normandie.
14 may 1788. — L'an mille sept cent quatra vingt huit, le mercredy quatorzième jour de May. cinq heures de relevée. nous Jean Marcellin Serreau, avocat au Parlement. Conseiller du Roy, Commissaire enregistreur et Examinateur au Chàtelet de Paris, sommes transporté en l'hôtel de M. de Crosne lieutenant général de police de la Ville de Paris par devant lequel sont comparus :
Sr Jean Marcel Patte demeurant à Paris grande rue du faubourg S1 Denis, parroisse S! Laurent.
Et Sr Charles. Gahriel Poisson demeurant en cette ville rue du Four S Honoré, parroisse S' Eus tache.
Tous deux Conseillers du Roy. inspecteurs de Police.
Lesquels ont dit que d'après les ordres qui leur ont été donnés par le Magistrat, relativement à l'inoculation de Monseigneur le Duc de Normandie, a l'effet de prendre des informations sur la conduite, vie et mœurs de la veuve du S1' Varignon employé aux Fermes, elle ayant un règral de sel, et demeurant)au Gros-Caillou, ils se sont à cet effet transportés cejourd'buy aud.-lieu, et d'après les renseignemens qu'ils se sonl procurés, ils ont appris que lad. Veuve Varignon a perdu en mil sept cent
quatre vingt trois son mary, qu'elle avoit épousé il y a dix ans ; que de ce mariage sont nés quatre enfans, dont trois sont morts en bas âge; que le quatrième qui est du sexe masculin est âgé de six ans. que cet enfant est actuellement dans son neu vième jour de la maladie d'une petite vérole naturelle très bénigne et de la meilleure espèce.
Qu'ils ont également appris que la veuve Varignon jouit de la réputation d'une femme très honnête et de bonne vie et meurs, qu'elle vivoit avec son mari dans la plus grande union ; que cette veuve, qui leur a paru d'une très bonne constitution, est native de Paris de la paroisse de S1 Mcolas du Chardonnet. et que son mari etoit également natif de Paris de la parroisse de Sc Eustache. et qu'il est mort revêtu de la place d'Employé aux Fermes pour la partie des traites "ou il a été occupé pendant dix ans ; que les Fermiers généraux pour reconnoitre les services et la fidélité du Sr Varignon. ont donné uu regrat de sel à sa veuve.
Que par suite de leur vérification et lors de leur transport chés la Vve Varignon, elle leur a paru être dans une aisance honnête, et d'une très grande propreté.
Qu'ils se sont encore transportés chez le Sr Garât, curé du Gros-Caillou qui leur a dit que depuis quatre ans et demi que la Vve Varignon demeure dans la paroisse, il a toujours eu les renseignemens les plus favorables sur ses vie et mœurs, et qu'elleest connue dans tout ce lieu pour n'avoir cessé démener une conduite régulière et irréprochable ; que led. Sr Curé leur en a donné son certificat en datte de ce jour, pour être par M. le Lieutenant général de Police ordonné à ce sujet ce qu'il appartiendra.
Qu'ils se sont encore transportés chés le Sr Brochier maitrt; en chirurgie demeurant au Gros Caillou qui s'est rendu avec eux dans l'hôtel ou nous sommes pour donner particulièrement sa déclaration sur la conduite, vie, mœurs et santé de lad. Ve Varignon et sur l'état de l'enfant qui a actuellement la petite vérole, et ont signé la minutte des présentes.
Est aussi comparu par devant Mond1 Sr Le Lieutenant général
de Police. Ss Joseph Broehier maître en chirurgie demeurant au Gros Caillou.
Lequel a dit qu'il y a près de vingt huit ans qu'il demeure aud' lieu du Gros Caillou ; que depuis quatre ans et demi que cette veuve y est venue loger, il a été à même de la connoitre, qu'elle a toujours joui depuis ce tems de la meilleure santé et qu'elle est d'une constitution bonne, qu'elle Ait dans une aisance honnête; que l'enfant de cette veuve qui est dans son neuvième jour de la petite vérole naturelle est également bien constitué, que la petite vérole dont il est actuellement malade, est très discrette et de la meilleure espèce, que cet enfant est âgé d'environ dix ans, et a signé la minutte des présentes.
Sur quoy Monsieur le Lieutenant général a donné acte auxdits Srs Patte et Poisson inspecteurs de Policé, et aud1 Sr Broehier chirurgien de leurs déclaration cy dessus et encore de la présentation qui lui a été faite du certificat clud1 Sf Garât, lequel certificat est demeuré annexé à la minutte des présents après avoir été du Magistrat signé et paraphé, et à Mondit Sieur Lieutenant général de Police signé la Minutte des présentes demeurée en la paroisse dud' Me Serreau Commissaire.
Serreau.
Nous soussignés, nous étant transportés par ordre du Roy, cejourdhuy quinze mai à l'heure de midi, chés la veuve Varigmtii. habitant <!u (iro< Caillou, rue S' Dominique, pour y examiner son fils âgé de dix ans. certifions l'avoir trouvé dans son lit. au sixième jonr d'une petite vérole naturelle des plus discrète et qui nous a paru de la meilleure espèce. Les informations de vie et mœurs sur la veuve Varignon .et tous les parens, faites par Monsieur de Crosne lieutenant général de police, lny ayant été des plus favorables, nous avons jugé, après non- être I; t rendre compte de la santé ordinaire de l'enfant,
et de celle de la mère, que nous ne pouvions trouver du levain variolique plus convenable pour servir à l'inoculation de Monseigneur le Duc de Normandie ; en conséquence de quoi nous avons dressé et signé le présent procès verbal. Fait au Château de S1 Cloud ce quinze mai mil sept cent quatre vingt huit.
Jauberthon. Brunyer.
Hier jeudi, quinze du présent mois de mai. Monseigneur le Duc de Normandie fut inoculé, par ordre du Roi, dans le château de S1 Cloud à neuf heures et demie du soir en présence de la famille Royale, de Madame la gouvernante des enfants de France et des premiers officiers de santé attachés au service le Monseigneur.
Le Sr Jauberthon a pratiqué suivant la méthode des pi qures, sur les deux bras du Prince, l'insertion du levain variolique. Ce levain avoit été pris sur les boutons varioleux et en pleine suppuration d'un enfant de dix ans. L'ordre avoit été donné au Sr Brunyer médecin de Monseigneur le Dauphin et des enfants de France, et au Sr Jauherthon médecin consultant de M. le Comte d'Artois d'examiner et de constater d'avance l'état actuel de l'enfant dont ils ont été aussi satisfaits que de la bonne santé de la mère.
Le or de Crosne lieutenant de Police avoit été chargé particulièrement de l'examen de vie et mœurs de la mère et de ses parens. Le compte qui en a été rendu de la manière la plus authentique, s'est trouvé entièrement en leur faveur.
On ne continûra à donner de bulletin, que le jour ou les symptômes de la petite vérole s'annonceront.
Brunyer. Jauberthon.