Le Registre d'écrou de la Bastille^ par Alfred Bégis
rappelle en quels termes ! « Cachots noirs, profonds, fétides, où le prisonnier, au niveau des égouts, vivait assiégé, menacé des crapauds, des rais, de toutes les bêtes immondes ! » Ainsi dit Michelet, el à peine a-t-il fait silence que Louis Blanc reprend à son tour — amant alterna Camenx — : « Cachots affreux, repaires de crapauds, de lézards, de rats monstrueux, d'araignées! Cachots dont plusieurs n'avaient d'autre ouverture qu'une barbacane donnant sur le fossé où se dégorgeait le grand égout de la rue Saint-Antoine ! Cachots où l'on respirait un air empesté, en compagnie d'animaux hideux, au sein des ténèbres ! »
M. Funck-Brentano n'est ni un poète comme Michelet, ni un graveur à l'eau-forte comme M. Louis Blanc ; c'est un archiviste qui dit simplement des choses exactes. Écoutons-le donc à son tour.
L'intérieur de chacune des huit tours de la Bastille était divisé en cinq étages. Les chambres de l'étage inférieur pouvaient vraiment être appelées cachots. Elles ne recevaient le jour que par un soupirail qui donnait dans les fossés du château. Mais si on y avait enfermé, sous Louis XIV, les prisonniers de la plus basse classe et les criminels de mort i ; si elles avaient servi, sous Louis XV, à enfermer les prisonniers coupables d'avoir assommé leurs gardiens, ou les porte-clefs qui avaient manqué à leurs devoirs, soit vis-à-vis des officiers du château, soit vis-à-vis des prisonniers eux-mêmes ; sous Louis XVI, on n'y mettait plus personne, en aucun cas et pour quelque cause que ce fût 2. Celui qui devait être un jour le prisonnier du Temple ne cessa, durant
1. Registre d'écrou tenu par Etienne du Junca, lieutenant du roi à la Bastille, du 11 octobre 1690 au 26 août 1705.