‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 122 sur 164 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de l'éducation religieuse.

Depuis l'Hébreu, adorateur d'un seul Dieu, jusqu'au sauvage prosterné devant son fétiche, toutes les familles ont fait de la connaissance de quelque divinité, et par conséquent de quelques institutions religieuses, la base de leurs institutions domestiques : tous les États en ont fait la base de leur établissement public, et le sacrifice sanglant ou mystique, réel ou représentatif de l'homme, et l'offrande de la propriété, ont été jusqu'à nous X action publique ou le culte de toutes les nations qui ont adoré un Dieu, ou qui en ont adoré plusieurs.

L'homme autrefois, même avec les institutions religieuses les plus parfaites, cédait trop souvent à des passions nées avec lui, et que la religion ne pourrait détruire sans dénaturer l'homme, etôter tout exercice à ses vertus; mais s'il était faible, il n'était pas corrompu : les cris tumultueux des passions n'étouffaient pas la voix sévère de la morale, qui le ramenait lasse des désordres au devoir par la crainte, à la vertu par l'amour; souvent même d'éclatantes expiations rendaient utiles à la société les fautes de l'homme. Les fondations les plus célèbres, destinées au soulagement des misères humaines, nont pas eu un autre motif; et du moins à une jeunesse orageuse succédait une vieillesse grave et décente, qui, revenue de la périlleuse navigation de la vie, en traçait la route à l'inexpérience, et lui en indiquait les écueils.

Cependant une secte de penseurs qui se disent libres, et que, dans le siècle dernier, on appelait libertins, dernière variation de quelques doctrines sans règles fixes de croyance, minait sourdement ces principes conservateurs, et troublait le genre humain dans la possession immémoriale de cet antique patrimoine.

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La licence de penser et d'agir, parée de tous les attraits du bel esprit, et quelquefois des dehors de la vertu d'intelligence avec les passions, pénétrait au sein de la société domestique, y corrompait les mœurs, en affaiblissant les lois, et l'attaque à force ouverte que cette audacieuse philosophie méditait contre la société publique, n'était retardée que par la force d'inertie de gouvernements partout imprévoyants, et qui s'endormaient au bord des abîmes.

Dès que le gouvernement eut péri en France, la religion disparut de l'État et se réfugia dans quelques familles, et l'anarchie, appuyée sur l'athéisme et lui prêtant de nouvelles forces, se composa un trône sanglant des débris de l'édifice qu'elle avait renversé. Tout fut employé contre la famille pour la détruire, contre l'Etat et plus encore contre la religion, pour les anéantir : la ruse et la violence, le mépris et la haine, la persécution et même la tolérance. Enfin, pour en consommer la perte, et rendre les générations futures complices des crimes de la génération présente, et victimes de ses erreurs, on bannit des écoles publiques toute connaissance des lois divines , toute pratique de devoirs religieux, et l'on éleva pour les révolutions cette jeunesse née dans la révolution aux jours de confusion et de licence, non pas dans l'absence de l'époux et hors du mariage, comme les soldats de Phalante, mais dans l'absence de tout pouvoir domestique et public. Il y a à peine dix ans de ce renversement total de la raison de tous les siècles, et déjà les terribles effets s'en font sentir. Il faut que le gouvernement dépense en procédures criminelles ce qu'il épargne en instructions religieuses, et qu'il punisse des actions, puisqu'il a renoncé à diriger les volontés. On vient de voir M. Scipion Bexon, viceprésident du tribunal de première instance du département de la Seine, révéler au public que dans le cours de cinq mois de la présente année, il a été jugé à la police correctionnelle de ce département, soixante-quinze enfants au-dessous de seize ans, pour larcins, vols et atteintes aux mœurs ; et il ajoute qu'on ne doit pas calculer le nombre d'enfants coupables par le nombre de ceux qui ont été jugés, puisque plus de la moitié des vols qui se commettent dans Paris sont commis par des enfants : effrayante perspective que celle que présente une époque de la société où la faiblesse de l'âge ne défend plus l'homme de la force des passions?

Des jeunes gens élevés dans de pareils principes seraient

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préservés des tentations de L'indigence par leur fortune, ou des vices de L'obscurité par Leur condition, je Le veux ; mais ne peuton nuire à son semblable qu'en l'égorgeant, ou Le dépouiller que par Le vol avec effraction? Quelle garantie publique de leur probité offriraient à la société ces hommes élevés à L'école d'Helvelius. justes par sensation, bons par égoïsme; ees hommes qui n'auraient entendu qu'une instruction purement humaine, et pour qui, à trente ans, la conscience serait une découverte, et Dieu même une nouveauté? Seraient-ils nos juges ceux qui n'en reconnaîtraient aucun? et mettrait-on la force publique aux mains de ceux qui pourraient regarder toute modération comme une faiblesse, puisqu'ils regarderaient toute vertu comme une convention ?

11 faut le dire avec le premier philosophe de l'antiquité, ou plutôt avec la raison éternelle : OtezDieu de ce monde; l'homme ne doit rien à l'homme, la société n'est plus possible, et tout devoir cesse là où il n'y a plus de pouvoir. Pietate adversité Deos sublatâ, dit Cicéron, fides ctiam et societas humant generts, et excellcntissima virtits justitia tollitur.

Archimède ne demandait, pour soulever le monde, qu'un point d'appui, placé hors de la terre. Dieu est le point d'appui sur lequel se meut le monde des intelligences, et ils sont coupables d'une étrange présomption, s'ils ne l'étaient pas d'une insigne folie, ces écrivains qui, nouveau-venus dans l'univers, ei seuls contre le genre humain, cherchent dans les affections de l'homme le contre-poids de ses passions, otent ainsi tout fondement à la morale (1), toute sanction aux lois, et ne laissent à la raison de l'homme d'autre direction que sa raison

(1) II. Delac, célèbre professeur de Gottingue, encore virant, célèbre par . et entre autres par ses Lettres géologiques, magnifique commenilu récil de Moïse sur la création, et le plus beau monument que la physique ait consacré a la religion; M. Deluc crut longtemps aux devoirs de l'homme, puises dans ses affections et dan? les relations naturelles : mais il ta lia dissuadé par les réflexions que lui suggéra l'anecdote que nos lecteurs nous sauront gré de leur rapporter. On célèbre professeur de philosophie morale, a Edimbourg (le chevalier Priogle, médecin de la reine d'Angleterre, el président de la société royale de Londres avant le chevalier Banl - , s'entretenait avec M. Deluc, et celui-ci lui ayant offert le livre

intitulé MoràU universelle, ou les Détails (le l'homme fondés sur s(i nature,

ce vieillard refusa l'offre, et dit • « J'ai été pendant plusieurs années profes- » seur de cette prétendue science; j'avais épuisé les bibliothèques et mon » cerveau pour en trouver les fondements; mais plus je cherchais à per- » suader mes disciples, et moins j'avais moi-même de confiance eu ce que

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même, toujours si faible contre ses penchants. Ils placent dans régoïsme le principe de la justice, parce qu'ils sont égoïstes, et qu'ils veulent paraître justes, et dans la sensibilité physique le principe de l'humanité, iparce qu'ils ont les nerfs faibles, et quils veulent qu'on les croie humains. Ils ne voient pas que régoïsme même le plus éclairé n'enseigne qu'à éviter l'éclat dans le mal que l'on fait aux autres , et la sensibilité physique la plus exquise, qu'à ne pas les voir souffrir ; et de là vient que des hommes qui ont commandé l'incendie et la dévastation de royaumes entiers n'auraient pas peut-être vu de sang-froid égorger un animal (1).

L'éducation doit donc être religieuse, comme elle est domestique et politique, parce que la religion, lien universel des êtres intelligents, consacre à la fois la famille et l'État.

Nos pères , qui regardaient la Divinité comme le principe et la fin de toutes choses, élevaient leurs enfants dans la connaissance de ses lois, fondement de toute moralité des actions humaines; dans son amour, règle de toutes les affections légitimes , et dans les pratiques de son culte , qui sont les actions de cet amour et le témoignage de notre obéissance. Lorsqu'ils parlaient à un enfant de pouvoir et d'obéissance , de bonté et d'amour, de bien et de mal, l'enfant, instruit à connaître la volonté de son père, à sentir la bonté de sa mère, à obéir et à aimer, à faire et à éviter, ne faisait que généraliser ses idées et ses sentiments , et concevait , imaginait , si l'on veut , un être qu on lui disait puissant plus que son père, bon plus que sa mère, et dont on lui montrait les magnifiques ouvrages dans le spectacle de l'univers; car on appelait Y imagination au secours de la raison. L'enfant, qui a de si bonne heure des notions de plus et de moins , concluait naturellement qu'il y avait plus de puissance là où il voyait des effets plus merveilleux, qu'il fallait

» je leur enseignais, tellement qu'enfin je changeai de "vocation et repris la » médecine, qui avait été l'objet de mes premières études. J'ai néanmoins » continué pendant quelque temps d'examiner tout ce qui paraissait sur ce » sujet, où je ne m'étais pas senti en état d'enseigner avec conviction; mais » enfin j'ai lâché prise, et reconnaissant bien profondément que, sans une » sanction divine immédiate des lois morales, sans des lois positives, accom- » pagnécs de motifs précis et pressants, les hommes ne sauraient être con- » vaincus qu'ils ne doivent se soumettre à aucun code pareil, ni en conve- » nir entre eux. Depuis ce temps-là, je ne lis aucun ouvrage de morale que » la Bible, et je le fais toujours avec un nouveau plaisir. »

(1) On assure que la sensibilité du fameux Couthon allait jusque-là.

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