‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 142 sur 164 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de l'éducation des femmes.

Les femmes appartiennent à la famille, et non à la société politique, et la nature les a faites pour les soins domestiques, et non pour les fonctions publiques. Leur éducation doit donc être domestique dans son objet, et elles devraient la trouver dans le giron maternel, si nos mœurs permettaient toujours aux mères de remplir le devoir d'élever leurs filles, devoir bien plus sacré que celui d'allaiter leurs enfants, dont la philosophie moderne leur a fait une loi. En attendant ce moment encore éloigné, il faut des maisons d'éducation, où un ordre de filles se voue à l'instruction de cette portion de l'espèce humaine, d'autant plus intéressante aux yeux de la société, qu'elle est presque exclusivement chargée de donner un jour aux enfants la première éducation.

Les ordres des filles sont donc dans la nature de la société, ils sont même nécessaires au bonheur d'un grand nombre de personnes du sexe. Dans une société parfaitement constituée, toutes les situations de la vie, tous les états de l'âme doivent trouver la place qui leur convient; et puisque la société soutire ces métiers périlleux, où l'homme sacrifie le soin de sa vie au besoin de garder sa subsistance, elle doit permettre ces professions où l'homme dispose une fois de son libre arbitre pour mieux assurer sa liberté. Il faut un asile au malheur, un rempart à la faiblesse, une solitude à l'amour, un abri à la misère, un exercice à la charité, une retraite au repentir, un remède au dégoût du monde, aux infirmités de la nature, aux torts de la société. On ne sait pas assez combien peu il y a d'hommes capables de se gouverner eux-mêmes, et combien grand est le nombre de ceux qui sont trop heureux de trouver dans les

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règles générales d'une raison commune, la règle de conduite

qu'ils ne trouvent pas dans leur propre raison.

La religion l'onde les ordres monastiques : l'État les fait servir à soulager toutes les faiblesses de l'humanité, à l'éducation des enfants, à la protection du sexe faible, au soulagement des infirmes, à l'instruction du peuple, au rachat des captifs, à la civilisation du sauvage, et la religion imprime à ces différents emplois ce caractère de grandeur et de divinité qu'elle communique à tout ce dont elle est le principe. Les gouvernements qui ne sont pas privés de cette ressource peuvent trouver, dans l'obéissance sans réserve des religieux, les richesses des monastères et la perpétuité de ces grands établissements, de puissants moyens d'administration qu'ils chercheraient vainement ailleurs, et dont les peuples qui les ont sacrifiés au délire des nouveautés regrettent aujourd'hui la perte (I).

L'éducation des jeunes personnes ne doit pas être la même (pie celle des jeunes gens, puisqu'elles n'ont pas reçu de la nature la même destination. Tout, dans leur instruction, doit être dirigé vers l'utilité domestique, comme tout, dans l'instruction des jeunes gens, doit être dirigé vers l'utilité publique. C'est une éducation fausse que celle qui donne aux inclinations une direction contre nature, qui fait que les sexes aiment à changer entre eux d'occupations comme d'habits, que les femmes se mêleraient volontiers du gouvernement de l'Etat, et que les hommes se plaisent un peu trop à la vie privée, et dans les jouissances domestiques (2).

Depuis longtemps, on apprend aux jeunes gens beaucoup de botanique, de chimie, d'histoire naturelle, etc., assez inutiles pour remplir des fonctions publiques, et l'on enseigne aux jeunes personnes des langues étrangères, (les sciences, même certains arts, connaissances dont elles ne peuvent acquérir tout au plus que ce qu'il en faut à la vanité pour se montrer, et qui, si elles les cultivent avec succès, prennent beaucoup sur

(1) Voyei les ouvrages de M. Burke.

(2) Le cardinal Ifasaria ayant proposé a M . de Lamoigiion la place de premier président, ce vertueux magistrat lui répondit : « M. rît» Nesmond » en est plus digne que moi, sa place me suffirait, je resterais dans mon » particulier, h je n'aime que ma famille <'t. mes livres. » Ce fut alors que !'• cardinal Ifazaho lui dit : « L'amour que vous fartes paraître pour la vie » privé • • i\ un amour-propre dont un homme de bien doit se défaire quand » il s'afrit de l'État. »

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leurs devoirs domestiques, quelquefois sur leur santé, et presque toujours sur leurs agréments naturels.

Voyez la nature, et admirez comment elle distingue le sexe qu'elle appelle à exercer les fonctions publiques de celui qu'elle destine aux soins de la famille : elle donne à l'un, dès l'âge le plus tendre, le goût de l'action politique et même religieuse ; le goût des chevaux, des armes, des cérémonies religieuses; elle donne à l'autre le goût des travaux sédentaires et domestiques, des soins du ménage, despoupées ; voilà les principes, et le meilleur système d'éducation ne doit en être que le développement. Ainsi la nature inspire à l'enfant un goût qui deviendra un devoir dans un âge plus avancé, comme elle introduit, chez un peuple naissant, une coutume qui deviendra une loi de la société politique.

Si le but de l'éducation n'est pas le même pour les enfants des deux sexes, les moyens doivent être un peu différents, et il faut une extrême sagesse dans les institutions, pour que l'éducation commune, qui convient aux hommes faits pour vivre ensemble dans les tribunaux, dans les camps, sur les vaisseaux, convienne aux femmes destinées à vivre isolées dans les familles. Le ressort puissant de l'émulation, si efficace dans l'éducation des hommes, parce qu'il éveille en eux les passions les plus généreuses, doit être employé avec un extrême ménagement dans l'éducation des femmes , chez lesquelles il peut éveiller la vanité, source de leurs malheurs, de leurs fautes, de leurs ridicules, et qui, chez les femmes comme chez les hommes, naît de la force de l'amour-propre et de la faiblesse des moyens.

Les jeunes gens au collège se battent entre eux, et s'aiment; les jeunes personnes se caressent et se jalousent , et c'est surtout dans l'éducation des femmes qu'il est utile d'établir la plus rigoureuse uniformité des vêtements, car il est remarquable qu'elles observent, même dans les pensions, beaucoup plus que les jeunes gens, les différences dans l'état et la fortune de leurs parents.

On doit, dans l'éducation des jeunes personnes, parler à leur cœur autant ou plus qu'à leur raison, les conduire par une religion aussi affectueuse, mais plus éclairée peut-être, et plus grande qu'elle ne l'était dans la plupart des couvents; en un mot, leur inspirer beaucoup plus que leur apprendre, parce

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