Pars iV : Demonslratio aiictoritatis Ecclesiœ catholicœ
3. L'identification, pourtant classique, des « Demonstrationes Gatliolicie » et du « Système Ihéologique » ne semble guère soutenable. Sans doute, dans l'édition Klopp (Cf. t. IV, pp. 455-456), on trouve des textes qui se rapportent peut-être au « Système théologique ». Mais, ce n'est i)as une raison pour y réduire le plan ci-dessus. Plusieurs arguments sont ici valables. D'abord, Leibniz affirme [Id., t. IV, p. 441] que Boineburga approuva merveilleusement» ce plan des « Demonstrationes Catholicœ ». Or. Boineburg mourut en 1672. Ce plan doit donc être reculé très loin; et, si l'on se réfère au manuscrit; si l'on songe qu'un indice nous a permis, plus haut (Cf. p. 208), de dater de 1670 à 1671 VAppendix : de Resurrectione corporum; si l'on se réfère aussi à certains signes graphiques, on est tente de conclure à une contemporanéité possible des deux œuvres. Sans vouloir rien décider en ces questions de chronologie, on peut, en tout cas, affirmer que le « Système théologique » n'offre aucun rapport avec le « Conspectus », tel que nous le révèlent doublement le manuscrit et le texte de Klopp. Rien d'étonnant néanmoins à ce que Leibniz ait rappelé, à propos d'un écrit diplomatique qu'il voulait préparer, tous les travaux qu'il avait esquissés depuis longtemps. Ainsi s'expliquerait que Leibniz, dans ce même groupe de fragments, parle d'un écrit qu'un Catholique forgerait i\ l'adresse d'un Protestant. Ce seraient là deux œuvres distinctes: et, pour tout dire, il y aurait, d'une part, la recherche totale et théorique, et, d'autre part, la réalisation partielle et pratique. L'une serait les « Demonstrationes Gatholicie », l'autre : un projet analogue au « Système théologique ».
Sur le « Systema theologicum » lui-même, il importe d'abord de remarquer que le Vitre proposé par M. Bodemann, Handschriften,o\i. cit., p. 4, d' « Lxamen religionis christiante », titre transversalement écrit au dos de la dernière page, est d'une authenticité douteuse. Le manuscrit est très finement écrit, sans aucune des divisions données par F. de Careil. Le « Système théologique » n'est d'ailleurs pas méprisable; et il est intéressant dessaisir à travers des doctrines impersonnelles la persistance des points de vue leibniziens, non seulement pour les questions religieuses, mais pour
LA GENÈSE RELIGIEUSE
Inédits théologiques, jusqu'ici artificiellement classés, ils semblent, à première vue, un immense chaos, où Tordre d'un tel sommaire n'est nullement apparent. Mais, si l'on renonce à chercher la rédaction intégrale de ces démonstrations catlioliques qui jamais ne furent écrites, on en saisit un peu partout les fragments.
En effet, dans le plan de ces Démonstrations nous lisons des titres de chapitres comme ceux-ci : Mode de Téternité, de Tomniscience, de l'omnipotence, de la multiprésence de Dieu *; possibilité et nécessité de la Trinité; de l'Incarnation; du péché originel ; possibilité delà transsubstantiation-; différence de Tattrition et de la contrition ; vision béatitique ou intuition de Dieu ou contemplation de Tharmonie universelle, puisque Dieu « n'est rien autre que l'harmonie des choses ou en ces choses le principe de la beauté^ ». A toutes ces questions Leibniz n'a-t-il point répondu ?
Ne méprisons donc pas ce plan, simple travail de circonstance, mais d'où toute la théologie et une partie de la métaphysique leibniziennes se peuvent extraire. Réponses tantôt
les questions philosophiques. On retrouve en effet, dans le a Systema theologicum », quelques-unes des thèses de la Théodicée et des Principes de la Nature et de la Grâce (Cf. par exemple F. de Careil, éd. cit., t. I, p. 537, l'interprétation de la Révélation).
D'autre part le « Système théologique » offre un intérêt historique. Non seulement il apparaît comme un spécimen de l'écrit objectif tel que l'entendait Leibniz, mais surtout il est celui de ses ouvrages qui a fourni le plus de commentaires illusoires. Pendant toute une partie du xix« siècle, se multiplièrent les écrits où la foi catholique de Leibniz était affirmée. CeUe thèse n'a plus aujourd'hui à être réfutée. Le « Système théologique » est un écrit objectif.