‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 16 sur 306 · Passage déjà cité, Cf. p · texte numérisé non relu

Passage déjà cité, Cf. p

l'expansion vers i/orient

transformeraient en commandements d'amour. Car l'autorité, pense Leibniz, peut être identique à l'amour \

Toujours ainsi Leibniz rêvera d'un commandement d'amour. Et sur cette fusion de l'autorité et de l'amour il construira plus tard l'Eglise idéale-.

Si le Bien général se réalise ainsi, la perfection humaine, conquise çà et là dans l'histoire par la vision lyrique de quelques penseurs solitaires, s'échappera de ces prisons individuelles, où, dans son intacte pureté, elle ne se donnait pas. Elle s'actualisera dans l'espace. Tel fut, en définitive, le plus profond rêve mystique de Leibniz.

Or la guerre d'Egypte préparera cet avenir : « La perfection morale et une sorte de représentation de la vie céleste sera transposée des vœux des philosophes en la réalité humaine "'. ))

Œuvre qui continuera réellement Jésus-Christ; car il se trouve que trente-huit ans plus tard, Leibniz, aux premières pages de la Théodicéc, verra en Jésus-Christ Fôtre qui sut évoquer de toute âme géniale les rôves qui furent vrais pour elle seule et, sans souffrir que l'un d'entre eux se perdît sous l'effort, les concentra, les fit sortir de lui-même et les rendit humains. Jésus-Christ fut ainsi créateur, au sens leibnizien, du Bien général \

N'est-ce pas là le sens de ces grandes paroles : « Les

d. KIopp. éd. cit., t. II, p. 223.

2. Cf. plus loin 11° partie, eh. m. La recherche de la vraie Église.

3. Klopp, éd. cit., t. II, p. 416 : « l>erfeciio rei moralis, et simulacruni (luoddam cœlestis \\i^, ex philosophoriim votis in res humanas transferetur. »

4. Il faut marquer tout de suite combien la doctrine leibnizionne du « Bien général » diffère de l'utilitarisme traditionnel. Cf. sur cette question, le chapitre sur La Gloire de Dieu.

L ECjYPTE

Sages... n'ont pas eu...» comme Moïse «le bonheur de faire passer le dogme en loi... Jésus-Christ acheva de faire passer la rehgion naturelle en loi... 11 fit lui seul ce que tant de philosophes avaient en vain tâché de faire ^ ? »

Peut-être ces quelques lignes, extraites de deux œuvres si dissemblables, nous révèlent-elles l'essence même de la pensée religieuse de Leibniz. Sans doute tous les détails de ce projet paraîtront, à la plupart des penseurs, bien étrangers à un système religieux. Mais il faut nous efforcer d'arracher de notre esprit les conceptions ordinaires de la religion. La religion, pour Leibniz, n'est pas seulement individuelle, mais universelle. Elle est l'unification spirituelle de toutes les forces humaines. La recherche du Bien général traduit dans l'action ce rêve de mysticisme. La création de l'humanité, le « commerce » des corps et des esprits, qu'estce autre chose que la rehgion devenant concrète, la théorie devenant pratique? Bien loin donc de toujours ramener les écrits politiques de Leibniz à des motifs de médiocre intérêt, il les faut montrer inséparables de son primordial rêve philosophique et religieux, qui fut de relier de mieux en mieux l'esprit et la réalité.

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