Id., ibid., i
4. Fonds Brunswick, t. XXXV. — Dépèche inédite de Du Héron, du 21 juin 1609, f" 277 verso et 278.
L EGLISE UNIVERSELLE
On saisit maintenant, non plus à travers la sécheresse de négociations simplifiées par nos ignorances maladroites, mais grâce à la précision vivante d'un document, à quel point Leibniz exprime fidèlement les rêves d'une hautaine transformation protestante. Lors donc qu'il hésite à reprendre sa correspondance avec Bossuot, les historiens se contentent d'ordinaire de conclure à la médiocrité de son caractère, et à sa servilité à Fégard des petits Princes allemands. Les textes que les Archives du Fonds Brunswick nous permettent de découvrir transfigurent singulièrement le problème. Ce ne sont plus de faibles intérêts de Cours minuscules qui s'agitent; on devine par delà un tressaillement de l'Europe protestante. Et sans doute, dans la pratique, ces hautaines ambitions se manifestent par mille intrigues assez basses. Mais, qu'importe ? Le rêve général est infiniment distant des intérêts locaux, auxquels très superficiellement on avait décidé que Leibniz était uniquement mêlé. Une fois de plus les faits sont plus riches que les théories trop hâtives. Leibniz, on peut l'affirmer maintenant, travaillait d'accord avec l'Europe protestante, quand il voulait unir, non seulement TEglise romaine et les Protestants, mais aussi les Protestants entre eux \
1. Le Fonds Brunswick, t. XXXV, ici utilisé, contient en outre une dépèche inédite du marquis de Torcy, datée de Marly, 2 juillet 1699 ; Cf. f» 270 verso, où Torcy écrit : « L'union a paru jusqu'à présent si grandeentre les deux puissances, que je doute que le roi d'Angleterre voulût donner à riîlmpereur un aussi juste sujet de se j)laindre. Vous continuerez cependant, » ajoute-t-il en sadressant à Du Héron. « à m'informer de ce que vous apprendrez des démarches des ministres d'Angleterre et de Hollande, dans les différentes Cours (Fin du f» 270, verso) d'Allemagne » (f° 2/1). Cf. enfin Ibid., f» 280, recto et verso, une lettre de Leibniz à bu Héron, du 9/19 juin 1699, lettre à laquelle Du Héron faisait allusion dans sa dépèche du 21 juin. [Cf. Ibid.. f" 278, recto.] Cette lettre, écrite sur le petit papier à lettre habituel à Leibniz, d'une écriture soignée, avec une seule rature, a été publiée avec quelques inexactitudes et omissions par Foucher de Careil, éd. cit., t. H, pp. 277-8.
L OBSTACLE
Depuis longtemps, Leibniz songeait à unir les diverses sectes protestantes. Théoriquement, dès son enfance, il rcva de concilier les points de vue des Réformés et des Évangéliques. Pratiquement, ses efforts s'inaugurèrent surtout, sans doute, lors de son arrivée à Hanovre. De plus, à la cour de Celle, il vit les nombreux Réformés français qui, depuis 1685, se groupaient autour d'Eléonore d'Olbreuse^
Mais toutes ces extériorités ne nous instruisent guère. Peuton décider si Leibniz approuva réellement la séparation protestante ?
On croirait d'abord devoir écarter les textes inédits où il adopte volontairement une orthodoxie romaine et où môme, çà et là, il annonce par une note marginale qu'il simulera une attitude catholique'. Si cependant nous retrouvons dans ces écrits de commande des théories nettement leibniziennes, nous en pouvons scientifiquement tirer parti. Par exemple, en des écrits diplomatiques, Leibniz reproduit sa thèse personnelle sur Finfaillibilité limitée aux problèmes « salutaires ^ » ; en un fragment que Ton peut prouver politique % il parle de FÉglise universelle qui lie tous les hommes par
1. Sur i:iéonore d'Olbreuse : Cf. Guhrauer, biog. citée, t. II, p. 14; Horric de Beaucaire : Ujie mésalliance dans la maison de Brunswick : Éléonore Desmier d'Olbreuse, Duchesse de Zell, Paris, 1884; et iJw^Ze/j/i de la Société de V Histoire du Protestantisme français, t. XXVI, pp. 15 sqq, etXLI, pp. «44 sqq. Sur le Refuge : Cï. Encyclopédie des sciences religieuses, art. Refuge, par le barqn F. de Schickler, t. XII, Supplément, pp. 817-896, avec une Bibliographie.
2. hiédits. Théologie, vol. III, 7d, f" 1 : « Auctor putat omni studio id sibi agendum esse, ut sit in communione Romana^ Ecclesiaî. » [Note marginale.]