Bossuet, Traàté de la Concv^iscence, ch. vi
L OBSTACLE
cience de notre misère, puisque « l'homme, étant devenu
pécheur en se cherchant soi-même, est devenu malheureux en se trouvant ^ ». Mais à quoi conduit toute cette effrayante paraphrase des paroles de saint Jean : « N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde : parce que tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie' ? » Y a-t-il un abîme entre ces fureurs de la chair, dont nos tendresses prétendues si pures ne sont que la pâture affinée% et nos pensées, en qui nous croyons atteindre l'essence même de notre àme? C'est
mal connaître notre liistoire, répond l^ossuet. Est-ce que les ambitions, les cabales, les brigues, les pactes simoniaques, n'ont pas souillé quelquefois les élections, même religieuses? Profondément, il rattache avec saint Paul toutes nos violences : sectes, schismes, hérésies, à la fureur de la chair. Malheur donc, malheur à la terre' ! Enfin, la concupiscence n'éclatet-elle pas dans l'esprit du philosophe, qui lui aussi s'aime soi-même plus que Dieu et devient une source de superbe^ ? La doctrine du Traité de la Concupiscence ne se conforme pas à la pensée totale de Bossuet. Mais peut-être traduit-elle exactement le Christianisme absolu qui se substituait de plus en (>lus dans son œuvre à une curiosité jadis parfois accueillante. De cette curiosité d'autrefois Leibniz, d'ailleurs, se pouvait-il en rien satisfaire? En 1092, Bossuet, demandant à être initié à la métaphysique leibnizienne, ajoutait : « Je suis assez indifférent sur ces matières' », et assimilait la