‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 238 sur 306 · Bossuet, Traité du Libre Arbitre, cli. ii · texte numérisé non relu

Bossuet, Traité du Libre Arbitre, cli. ii

2. Id., Élévations à Dieu sur les Mystères, 3« semaine, 4» Elévation, éd. Guillaume, t. 11, p. 188.

3. Id., Sermon sur Jésus-Christ objet de scandale, édit. Lebarq, éd. cit.. t. l«% p. 450.

suet, une métaphysique, telle que leleibnizianisme, ambitieuse d'étreindre l'intérieur de la nature, est une folle anticipation de la vie triomphante. On comprendrait mal Bossuet, si l'on en faisait un pur Cartésien. Quand il s'occupe de philosophie, il suit la méthode cartésienne, parce que la séparation de la philosophie d'avec les problèmes mystiques lui semble la suprême piété; mais il ne nie pas pour cela que le point de vue intérieur et divin soit le point de vue le plus haut. Seulement, il ne le croit possible qu'en Dieu, c'est-à-dire au delà de notre vie. Mais, si le Christianisme est une révélation totale, en lui et non ailleurs est enveloppée une métaphysique. De là, la thèse de la logique interne du Christianisme; de là. la frayeur de voir les mystères s'éclaircir, devenir aisés et adaptables à une raison obscurcie et déchue; de là, la défiance de cette nouvelle métaphysique, qui entreprend d'aborder jusqu'aux Mystères.

Sans doute, le débat entre Bossuet et Leibniz ne heurta jamais contre d'aussi graves problèmes. ^lais, par delà les discussions spéciales, tous deux pressentaient qu'aucune union spirituelle ne se préparait pour eux. Non que cette divergence profonde fut la cause de l'échec précis de leurs rapports. Mais cet échec est le signe de cette divergence, puisque toujours, selon Leibniz, les «composés symbolisent avec les simples ^ ».

Dans Faction, Bossuet s'écartait également de Leibniz, en ce qu'il s'obstinait à négliger le fait, Leibniz considérait la séparation comme un fait qu'il faut constater, comprendre, et ensuite transformer selon nos forces. Le Concile

\. « Monadologie ». Par. 61 : « Et les composés symbolisent en cela avec les simples. »

de Trente est accepté des Catholiques ; mais les Protestants ne \q peuvent recevoir. Ou y l'aire ? — S'obstiner ? C'est une moitié de l'Europe qui se détaclie de l'autre. — Qu'importe, si le salut doit dominer le bonheur terrestre ? Transige-t-on avec le Ciel, comme avec les intérêts de ce monde-ci?

Yoilîi où résidait [)ratiquement la différence fondamentale : L'un pensait surtout aux hommes ; l'autre surtout au Dieu dont la rigueur le hantait.

Leibniz, de plus, était fidèle à sa plus profonde pensée métaphysique. Parfois, quand nous supposons qu^il exprime une doctrine entièrement personnelle, peut-être se préoccupe-t-il surtout de transcrire docilement le fragment de la vérité universelle, qui, à cet instant, et à la faveur d'une excitation déterminée, s'éclaire, pour la conscience, d'une lueur privilégiée. La réalité est si riche qu'une formule verbale, nécessairement unilinéaire, n'en peut découvrir qu'un aspect. Le Protestantisme nous conduit à voir les choses d'un « point de vue )) déterminé, d'où sort bientôt une vérité qui, à mesure qu'on la pressera, s'harmonisera avec d'autres vérités distantes. C'est bien là « l'empirisme « vrai : trouver « l'explication » de tous les « raccourcis » naturels.

Pour qu'une méthode si monadique soit quelque jour réalisable, il importe de détruire l'obstacle qui fut jusqu'ici le plus invincible : Vabus, Leibniz réprouve non pas tant la vie privée de certains prêtres que les superstitions qui en maints endroits se mêlent au culte '. Bossuet répondait que ces abus,

1. Lettre inédite à Annibal Marchetti (1702) : « Teciim senlio in controversiis agi non de hominum corruptis moribus.sed de pravis doctrinis, et de abusibus qui pubiica auctoritate sustinentur ». F" 8.

L OBSTACLE

si déplorables soient-ils, ne doivent pas arrêter les Protestants, puisque après tout personne n'est obhgé d'y participer. Sans doute : mais personne aussi ne se devra contraindre à violenter sa foi native pour entrer dans une Eglise lourde d'abus. D'ailleurs, l'abus n'est pas seulement une déviation cérémonielle. Il est théorique en puissance, puisque les pratiques contribuent à édifier les théories.

Une réforme s'imposerait donc, que dirigerait le Pape luimême, suivi par le clergé séculier de France, les Catholiques d'Allemagne et toute la partie inteUigente du clergé italien \ La congrégation des Saints Rites chargerait des délégués de s'informer de toutes les pratiques suspectes; on ferait dresser des formulaires de toutes les dévolions en usage dans les couvents : finalement, on interdirait aux Rehgieux de rien innover en matière de culte, et de faire, circuler parmi les fidèles des livrets imprégnés de dévotions nouvelles ".

L'union serait préparée de cette manière plus directement peut-être que par des discussions théoriques. « La plupart des objections qu'on peut faire contre Rome sont plutôt contre la pratique du peuple que contre les dogmes ; et cette pratique étant désavouée publiquement, ces objections cesseront \ » Qu'il n y ait ici nulle équivoque : sans doute, on trouvera plusieurs évêques tels que Bossuet corrigeant selon leurs forces certaines pratiques de leur diocèse. Rien de commun entre ces efforts sincères mais occultes et le blâme pubhc et officiel que Ton réclame. « Ce serait le vrai moyen de lever les

\. Rommel, éd. cit., t. I", p. 2o2.

2. Id., t. I«s p. 252. Cf. Inédits, Théologie, voL X, f»» 338 et 339 qui révèlent Leibniz soucieux de connaître ce qui se passe dans les Congrégations romaines du Saint-Olïice, de la Propagande, etc. Cf. aussi Inédits, Théologie, vol. XX, f» 170, intitulé : Du Tribunal de Vlnquisition, etc.

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