Id., t. XI, p
L OBSTACLE
fierait une union formelle, quand sur des problèmes dogmatiques la scission demeure? « Jamais les conjonctures nont été plus favorables; et c'est péché de les négligera »
On les négligea pourtant ; et les conditions d'avènement de la dynastie hanovrienne en Angleterre rendent explicable un tel oubli.
Tous les projets de Leibniz furent-ils donc anéantis les uns après les autres? On a coutume de répondre qu'aucun résultat ne suivit de si longs et multiples efforts.
Il faut reconnaître, d'abord, qu'une critique précise de la question exigerait un minutieux dépouillement d'archives, une enquête juridique, province par province et ville par ville ; une lecture attentive et complète de tous les mémoires, de toutes les pièces de comptabiUté qui nous sont parvenues. Une telle histoire est à peine soupçonnée ; et l'on s'est contenté d'approximations. La vraie histoire, dont les conclusions étreindraient vraiment le fait, s'esquisse dans nos désirs : elle n'est pas commencée.
Le récit, ùxé par hasard sur une note manuscrite, de la cérémonie des 10 et 17 juillet 1707 au temple de Kœnigsberg, nous a montré ce que pourrait être cette histoire des résultats obtenus par Leibniz, si nous possédions de nombreuses pièces d'archives du même genre. Comment affirmer que nous ne les obtiendrons jamais ? Toute généralisation sur la vanité de ces projets « philosophiques » et sur les causes, prétendues nécessaires, de leurs échecs, serait une amplification déclamatoire. Aucune conclusion précise n'est, pour l'instant, possible.
. 1. Klopp, éd. cit., t. XI, p. 101, 12 mai 1716.
412 l'église universelle
Oublions cependant toute analyse et travaillons à faire revivre en nous-mêmes cet effort d'union religieuse. Gomme pour Teffort d'expansion, essentiellement tout procède ici d'une vision concrète. Leibniz a réellement perçu la réalité religieuse ; et nulle reconstitution ne renouvellerait artificiellement cette pleine pénétration des choses. Il a saisi deux Europes : Une Europe du Nord, une Europe du Midi. Vrai ou faux, cet antagonisme est fondamental en sa pensée : Europe du Nord, protestante, régénératrice du Christianisme ; Europe du Midi, romanisée, en possession d'une autorité qu'il importe de reforger. Entre ces deux Europes, un pays mi-protestant, mi-catholique, transition réalisée par la nature : la France. A Tautre extrémité de FEurope, la Russie, indécise encore, nordique assurément, et cependant distincte de la République du Nord qu'il s'agit d'unifier. Vivante transition, elle aussi, elle menace et accable la nation protestante de qui le Protestantisme avait espéré son salut. Telle est la décisive et constante intuition.
Peu à peu elle se transfigure à mesure que Leibniz la précise. Il s'acharne à n'en supprimer nulle portion viable. Il sait l'Empire presque mort ; pourtant ne pourrait-il, grâce à la Cour de Vienne, atteindre Rome? Des négociations très complexes et très obscures le montrent en rapports constants avec la Cour de Vienne, et impatient d'y faire quelque voyage secret. Mais les efforts d'union avec l'Eglise romaine peuvent échouer. Ne convient-il pas alors de fortifier et d'unifier les Églises protestantes ? L'abus le plus criant étant l'anathème mutuel, il faut travailler à rapprocher d'abord les sectes les plus voisines. Voici les Réformés et les Evangéliques : Après qu'ils se furent, au temps de Calvin et de Luther, anathémathisés les uns les autres, on vit les animo-
l obstacle
sites décroître, au moins entre les esprits éclairés. De plus, les cours de Berlin et de Hanovre ont intérêt à se rapprocher. L'Angleterre et les Provinces Unies sont soumises à un même roi protestant. Un héros protestant dirige la Suède. Vaincra-
t-elle ?
Comment s'étonner que se mêle à l'effort « irénique » de Leibniz un nombre sans cesse croissant de mobiles diplomatiques ? La question est dénuée de sens, puisque l'union ne se peut réaliser que par les œuvres des grands politiques. Guillaume d'Orange, Charles XII, Frédéric Y' sauront-ils être les souverains protestants ? Tout l'avenir est fondé sur
leur destin.
Ils ne surent pas être ces souverains. Leibniz se plaignait un jour à la princesse de Galles de la légèreté politique du roi de Prusse, qui eût voulu voir l'affaire immédiatement conclue. En Charles XII il crut à peine quelques années. Il pressentait la supériorité de Pierre le Grand, et le voulait, dès lors, associer à l'œuvre nouvelle. Des textes indéniables nous montrent un projet d'union des Églises que dirige en Russie le prince Kourakine et auquel Leibniz est mêlé, probablement depuis 1707 '. D'autre part, Leibniz a montré les droits du Hanovre à la couronne d'Angleterre. Plus que jamais le Protestantisme doit être fortifié; plus que jamais aussi, il doit être uni. Fusion des Évangéliques et des Réformés dans l'unité nouvelle de l'Église anglicane, — elle-même de plus en plus adaptable à une Église romaine transfigurée.
Tel est le plan que Leibniz construit sans cesse sur la réalité historique intégralement transpercée. « L'Eglise Uni-