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CONCLUSION

LA GLOIRE DE DIEU

LA GLOIRE DE DIEU

Toute vie séparée est réductible à la mort. Tout effort isolé ne produit qu'un résultat matériel, incapable de se dépasser soi-même. Que signifieraient toutes les luttes pour dilater nos forces et pour unifier nos croyances, si finalement l'univers

1. Sources. — Les sources seront successivement indiquées. Mais, comme une étude sur la « gloire de Dieu » soulève la question même du leibnizianisme essentiel, et comme cette interprétation est aujourd'tiui contradictoirement formulée, il importe de citer les ouvrages grâce auxquels le « problème Leibniz w s'est successivement posé : Cf. d'abord les trois études célèbres de : Ed. Zcller, Geschichte der deulschen Philosophie seit Leibniz, Miinchen, 2» édit., 1875; Kuno Fischer, GescJdchle der neuern Philosophie, t. III, Leibniz, déyè. citée, Ileidelberg, 4« édit., 1902; Emile Boutroux, Notice su?' la vie et la philosophie de Leibnitz (Introduction à une édition de la « Monadologie », 133 pages in-12), Paris, 1881 : Introduction à l'étude des Nouveaux Essais ; Formation et développement de la doctrine de Leibnitz sur la connaissance. (En tète d'une édition de l'Avant- Propos et du premier livre des Nouveaux Essais, pp. 31-98), Paris, 1886 ; deux introductions qui sont deux des plus belles expositions que l'on puisse lire du leibnizianisme.

Aucun de ces ouvrages ne séparait en Leibniz l'effort métaphysique et l'effort religieux. Or. en ces dernières années, le problème a été violemment modifié. Une thèse logique fut soutenue avec force dans les livres remarquables de B. Russell, A critical exposition of the phdosophy of Leibniz, Cambridge, 1900, et Louis Gouturat, La Logique de Leibniz d'après des documents inédits, Paris, 1901, ouv. cit.. Cf. enfin. Gassirer, Leibniz s Systemin seinen wissenschaftlichen Grundlagen, Marburg, 1902, op. cit, ouvrage qui contient une étude approfondie delà substance dans la philosophie de Leibniz.

L'interprétation du leibnizianisme n'est donc pas du domaine des choses mortes. La question se pose aujourd'hui d'une manière décisive, et, quand l'édition définitive sera entreprise, les réponses pourront se préciser de plus en plus. Dès maintenant, peu de problèmes sont plus vivants, et d'une importance plus générale. Il était donc nécessaire d'indiquer ici dans quels livres de premier ordre on en pourra recueillir les diverses solutions.

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ne s'ordonnait grâce à elles? Que nous soyons liés réellement à cet univers et que notre plus infime action se puisse configurer à lui; telle est peut-être en Leibniz la croyance la plus profonde. Si vraiment nous aimons Dieu, cet amour vivra en nous comme une force infiniment convertible. Toute prière qui demeurerait enserrée dans notre rêve intérieur témoignerait que nous ignorâmes cette puissance de renouvellement. L'expansion et l'union religieuses ne prouvent pas seulement l'amour de Dieu; elles Textérioriscnt et rintériorisent tout ensemble. Si l'essence de l'amour réside vraiment en une fusion progressive avec l'objet aimé, toute expansion, toute union, toule compénétration manifesteront cet amour. Connaître adéquatement, aimer jusqu'à se perdre; à la limite c'est même chose.

Tout ce que « l'exposition » disjoint arbitrairement pour le conformer ensuite à un ordre de succession doit maintenant s'unifier par l'intuition : Conquête de l'Egypte, Missions vers l'Orient, Organisation des États, Union des sectes rivales ; si un homme tel que Leibniz crut en ces œuvres et y voulut faire croire d'autres hommes, c'est parce que l'amour de Dieu vécut en lui comme il ne vit en nul autre, et surgit de sources méta[)hysiques insoupçonnées. « Fulgurations » dont quelque chose peut-être est pour nous encore saisissable.

Le vrai amour de Dieu ne se développe pas en nous ainsi qu'un sentiment privilégié, dont rien d'humain ne peut donner rimitation. Un homme aime un autre homme : s'il s'efforce de réaliser toujours plus pleinement l'inclination de son être vers l'être d'autrui, jusqu'à trouver son bonheur dans le bon-

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heur de cet être, il sort de soi, il s'extériorise, il fait vraiment don de sa personnalité en la recouvrant dans la substance de l'être aimé. Il le veut heureux, quand il ne lui en arriverait rien que le plaisir de le voir heureux ^ Deux êtres peuvent ainsi fun dans l'autre s'agrandir le cœur; et « rien plus que rhomme n'est utile à l'homme^ ».

Xous ne sommes donc pas unis les uns aux autres par des liens purement extérieurs. Nous faisons partie d'autrui : sa joie est la nùtre\ De cette joie, il est vrai, nous extrayons notre « bien ». Et sans ce « bien », nous ne pourrions vivre. Car le bonheur d'autrui devient le fond de notre être. L'homme ne saurait aller plus loin.

Mon bonheur ainsi ne provient plus de mon être égoïste: il m'est renvoyé, accru de tout le bonheur d'autrui. Comment supprimerais-je ce bonheur lui-même ? Je puis supprimer en moi l'intérêt ; je ne supprimerai pas le bien. Le bien est une fin, non un moyen. Je i)uis détruire tous les « moyens » ; comment détruirais-je les u fins' »?

Les Quiétistes n'ont donc pas entrevu le « pur amour ». L'être qui aime Dieu, affirment-ils avec Fénelon, ne lui demande rien; et il cherche dans la récompense l'ordre et non l'intérêt. L'âme, vibrant du « pur amour », continue d'aimer Dieu, même si elle ne le doit jamais posséder. Je sup-

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