‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 282 sur 306 · Id.. I. VI, |i. 317. Thvodtcée. [lar. 3il · texte numérisé non relu

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LA GLOIRE DE DIEU *85

L'Immortalité elle-même doit être regardée comme un « progrès perpétuel à de nouveaux plaisirs et âde nouvelles perfections'.'» L'Univers entier est en travail.

L'antique désaccord de la « nature .. et de « l'esprit », si aggravé par le Christianisme traditionnel, se résout maintenant en harmonie. Si Dieu « transcive .. l'êl.-e, la nature tout entière peut être regardée comme une perpétuelle l.anscréation. Conclusion que n'a point expressément dégagée Leibniz. Mais, quand il conçoit l'union de la « grâce .. et de la « nature..; quand il décrit la Cité des Esprits et l'harmonie entre « Dieu monarque .. de cette Cité et « Dieu architecte .. de l'Univers, il transfigure des notions chrétiennes. La Grâce leibniziennc n'est pluj la Grâce chrétienne, attirant à soi des âmes élues. Pourquoi cependant Leibniz se servirait-il du même mol, s'il ne i)ercevait quelque concordance? En fait, la Grâce qu'il dépeint n'est pas seulement une puissance qui s'humanise, mais une puissance qui s'insinue dans la nature tout

Or le Christianisme se refuse à une telle fusion de la nature et de l'esprit. Dieu a créé l'homme, enseigne-t-il, dans un étal extra-naturel. L'homme est tombé et est redevenu nature. Puis il a été sauvé de la nature par la Rédemption. Rupture plus ou moins violemment affirmée ou plus ou moins habilement dissimulée selon les cas, mais toujours saisissabk en les thèses morales et métaphysiques des Chrétiens. Rupture dont nous souffrons aujourd'hui plus que jamais et dont Leibniz est l'un des premiers à avoir proclamé le blasphème. Nous connaîtrions sur ce point l'essence de la pensée

1. Gerhardt, l'hil. Sch,:, éd. cit., t. VI, p. 606. P,-}ncipes de la Nalure et de la tl,-dce. {Fin.)

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leibnizicnne, si un admirable inédit, dont le titre indique une dogmatique totale, eût été terminé. Il s'agit d'un fragment, ainsi intitulé : Parallèle entre la raison originale ou la loi de lanatiire^ le paganisme ou la corruption de la loi de la nature, la loi de Moïse ou le jjaganisme réformé, et le christianisme ou la loi de la nature rétablie^.

Le simple énoncé de ce texte est d'une gravité particulière. Nulle ambition diplomatique ne peut être ici alléguée; Leibniz parle en son nom. L'examen du manuscrit fait d'ailleurs reconnaître le graphisme hatif et passionné, par qui certains papiers de Leibniz, où la page entière est remplie, se distinguent si nettement des écrits moins fiévreux, le plus souvent semi-marginaux. L'écriture est penchée, ainsi que de coutume lorsque Leibniz compose rapidement, tandis qu'en d'autres manuscrits elle est au contraire redressée et souvent verticale. L'encre enfin semble identique d'un bout à l'autre; l'ouvrage, qui devait comprendre quatre parties, s'achève brusquement durant la deuxième, après une phrase toute de colère, terrninée par une sorte de paraphe. Rarement les manuscrits de Leibniz nous présentent un ensemble aussi dénué de ratures, d'une homogénéité aussi spontanée et fervente, d'un style aussi pleinement rythmé, d'une pensée aussi hautaine, violente et irritée.

Nul écrit ne pourrait nous renseigner plus sûrement sur la foi personnelle de Leibniz. Croyance en un ordre primitif; identification de cette <( raison originale » et de la « loi de la nature » ; — telle serait la première thèse. Dès maintenant, Leibniz s'oppose au dogmatisme chrétien, aussi bien catholique que protestant, puisque pour les théologiens la raison

1. Inédits, Philosophie, volume III, 11, 10 folios— intégralement autographiés.

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primitive est supra-naturelle. Leibniz passe outre et conçoit la raison et la nature unifiées. Il croit en une raison humanodivine, principe des liens humains et môme des liens de l'homme avec Dieu ^ Raison qui permet à l'homme non seulement d'entrer en société avec Dieu, mais encore de vérifier les enseignements refigieux que d'autres lui imposent^ Toute reUgion consistant en faits et en rites, une fois disparus les fivres sur lesquels elle se fonde, devient une religion de mort' ; au contraire, toute religion fondée en raison « ne saurait périr entièrement;... et, quoiqu'elle pourrait être corrompue, il y aurait toujours moyen de la ressusciter". » « Ainsi, la raison étant une lumière suffisante pour guider nos actions ordinaires, et pour nous mener à la connaissance de Dieu et à la pratique des vertus..., elle est le principe d'une religion universelle et parfaite qu'on peut appeler avec justice la Loi de la naturel » Cette « Loi de la nature » est si consubstantielle à notre être que toute religion qui veut vivre doit s'y conformer profondément, de sorte « qu'à l'égard du

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