Id., p
5. Id., p. 300. Lettre de Schleinicz à Leibniz. Sur les difficultés du projet, cf. Id., pp. 305-307.
l'expansion vers l'orient
le Tsar à Torgau, en 1711, Leibniz parle, sans d'ailleurs nommer la France ou la Suède, d'un rapprochement nécessaire entre la Pologne, le Danemark et la Prusse ^
On ne saurait d'ailleurs ressaisir tous les plans diplomatiques de Leibniz : quelques-uns sont exprimés ; une foule d'autres furent seulement médités, parlés peut-être ; çà et là pourtant, ils émergent. Ainsi, en 1707, nous voyons Leibniz souhaiter que le roi de Suède tourne ses armes contre la
1. F. (le Gareil, éd. cit., t. VII, p. 497. Un projet cralliance germano-austrorusse est longuement esquissé dans de très curieux fragments inédits. Cf. Russland, f»^ 37-42 : « Logeant à Vienne cliez le docteur Garelli, médecin de l'Empereur qui a été dernièrement ici et à Wolffenbiittel.., j'appris que M. d'Urbich... avait dessein de faire un tour en Saxe. Comme la saison était devenue rude, je profitai de cette occasion pour aller promptement de Vienne à Leipzig. Kn chemin nous parlâmes de toutes sortes de matières, et, entre autres discours, il se plaignit que la Cour d'Ilannover était si amie de la Suède, quelle paraissait ennemie du Czar. Je répondis que Monseigneur l'Électeur... observait les règles de la neutralité envers le Czar. Là-dessus, il s'avisa enfin de me dire en confidence : que le Czar pensait à rendre le prince son fils habile dans l'art de régner et de commander, et avait eu pour cela la pensée de l'envoyer aux Hauts Alliés à la tète d'un corps d'armée : que ce désir de Sa Majesté Czarienne s'était redoublé depuis qu'elle avait appris que Son Altesse Électorale commandait l'armée de l'Empire; jugeant qu'on ne pouvait point envoyer le Czarevitch à une meilleure école ; outre que cela convenait avec le dessein de faire prendre à ce prince une alliance dans la maison de Brunswick... [Réponse : Qu'une telle offre demande de la réflexion et qu'il fallait considérer si la chose était bien praticable, et si elle se pouvait faire sans aucun engagement que le roi de Suède pût prendre pour une violation delà neutralité où l'Empire se trouve.] « Je (Leibniz) lui demandai pourquoi on ne faisait point cette proposition à la Cour de Vienne, qui doit avoir le soin principal des affaires de l'Empire. 11 me dit que Sa Majesté Czarienne ayant principalement en vue le bien du prince son fils, le mérite personnel de Son Altesse Électorale venait plus en considération que toute autre chose ; et qu'ainsi il faudrait savoir par avance, si Monseigneur lÉlecteur ne serait point fâché de voir ce jeune prince auprès de lui à l'armée ; pour conclusion, il me dit positivement, que j'en j)Ouvais faire l'ouverture à Monseigneur l'Électeur à mon retour et me donna môme un papier servant à mautoriser au besoin.
« Nous nous séparâmes à Leipzig où je lui fis connaître que je tâcherais de prendre mon temi)s pour parler de ce qu'il me confiait... : puisqu'il me paraissait que Monseierneur l'Électeur ne pourrait point trouver mauvais qu'un aussi grand monarque que le Czar témoignât de la confiance et de la considération pour lui. Mais comme ce plénipotentiaire était allé depuis jusqu'en Italie trouver le roi de Danemark à Venise sans que j'eusse rien appris de lui pendant trois mois..., ce silence, joint à l'incer-
PIERRE LE GRAND
France, et le Tsar contre la Perse ^ Déjà Leibniz se souciait de la Perse lors de son plan de conquête égyptienne ; dès sa jeunesse, aussi, il avait remarqué l'Abyssinie, et la considérait en 1672 comme une alliée possible pour Louis XIV". Or, en 1G97, dans un mémoire pour Le Fort \ il se déclare frappé de la triple action de Tempereur de Chine Gam-Hi-Amalogdo- Ghan, du Tsar « souverain seigneur des Russes et presque de tout le Nord » et du roi des Abyssins, Jasok Adjam Saugbed.
titude des affaires du Nord me fit balancer. Outre qu'il y avait de l'apparence que la i)aix avec la France se ferait bientxM, en quel cas l'affaire cessait d'elle-même. Enfin M. d'Urbich étant de retour i\ Vienne... voulut savoir ce que j'avais fait...; mais j'ai reçu depuis ])eu des lettres qui témoignent qu'il n'en est point satisfait. Ainsi, comme... il semble... que la campagne se fera encore contre la France.... sachant d'ailleurs par les papiers que j'ai vus que ce plénipotentiaire a beaucoup de crédit auprès de son maître, j'ai cru que, pour éviter tout reproche, je devais informer Monseigneur l'Électeur de la substance de l'affaire, sauf à Son Altesse Électorale d'en juger. Car ses lumières et connaissances sur les affaires d'iUat étant plus grandes que les miennes, il ne m'appartient i)as de lui donner conseil là-dessus.
« Je souhaite seulement qu'en cas que Son Altesse Electorale ne trouve l)oint à propos de faire rétiexion sur cette ouverture, elle demeure ensevelie dans le silence. »
[1» Brouillon avec pas mal de ratures ; + une copie de Leibniz, très soignée et sans ratures, + une autre copie avec quelques ratures. La copie est faite ici d'après les f"* 39-40, lesquels contiennent la copie définitive.] Outre ce texte, si curieux, cf. encore Russland, f» 119. Lettre inédile sans adresse : « Sachant combien les intérêts du Czar sont liés avec ceux de l'Empereur aussi bien qu'avec ceux de Monseigneur l'Électeur, je ne perds point d'occasion pour insinuer ici, non seulement chez les ministres, mais encore chez Sa Majesté Impériale même où j'ai quelque accès, combien il est important de cultiver et de perfectionner la bonne intelligence entre les deux grands monarques. Et M. de Matveof m'en a... témoigné d'en être bien aise. Les intrigues nouvelles du parti français et suédois aux cours de Dresde et de Berlin nous obligent plus que jamais d y être attentifs... Les affaires sont maintenant dans la plus grande crise où elles aient jamais été. Et comme je dois être ce printemps à llannoyer... je pourrais rapporter quelque chose de particulier sur les intentions de l'Empereur où Son Altesse Électorale a de lintérêt, et doimer de la chaleur à quelques négociations... »
1. Guerrier, éd. cit., p. G7. Lettre à Urbich. 11 octobre 1707.