Klopp, éd. cit., t. H, p
2. 1(1., t. Il, p. 221 : « ^'on Monarchiam Universalcm..., scd Direclionem Generalem seu arbitrium rerum esse. »
3. Id., t. II, p. 70. Non souligné par Leibniz : « Ego tamen nec victorias nec oppositiones terrestres magni ad sunimam rerum momenti judico : Si mari pricvaieamus, poterunt Austria Hispaniaque insurgentes secure contemni, imo vinci. »
il semble bien aujourd'hui que les guerres européennes, stériles et destructives, seront de plus en plus remplacées par les grandes luttes maritimes. L'Angleterre du xix*" siècle, peut-être l'Allemagne du xx% traduisent et traduiront, en l'élargissant selon nos possibilités modernes, cette formule même de Leibniz.
La guerre d'Egypte ne semble pas tout d'abord capable de transformer ainsi les destinées du monde. Mais, si nous pénétrons jusqu'en son fond la pensée de Leibniz, peut-être la réalité nous apparaîtra-t-elle comme un immense inconnu, où quelques points, çà et là, riches de substance éclairent et signifient tout le reste. L'Egypte est de la sorte une terre privilégiée. Nous découvrons en elle de multiples contradictions, d'où nous pouvons extraire des affirmations.
Telle serait peut-être dès lors l'essence métaphysique du projet leibnizien : Plus fertile et plus riche qu'aucun autre pays, l'Egypte est comme morte maintenant, sous la domination turque. Première contradiction, d'où une affirmation surgit : Ce pays antique, en qui fut autrefois sans doute l'origine intellectuelle de la Grèce et de Rome, redeviendra neuf, si l'on y sait faire sourdre une civilisation.
Les positions géographiques, d'autre part, sont les signes de réalités profondes. Géographiquement r"Eg\'pte est le lien des mondes entre eux ; en ce moment elle en est la barrière. Encore une négation qu'il faut traduire en affirmation ^
Mais ces mondes mêmes que l'Egypte de cette façon nous ouvrira rivalisent d'antiquité avec elle. Nous nous plongeons
1. Bien entendu, je me place ici à un point de vue quaurait pu adopter Leibniz et non au point de vue actuel.
alors en des passés de plus en plus lointains ' . Comment être sûr de ne pas violer ces diverses antiquités ? Peut-être Leibniz voyait-il cette nouvelle contradiction résolue par le Christianisme, lui-même assez antique pour ne pas contraster avec ces mondes. N'est-ce pas ainsi qu'il faut interpréter le rêve de résurrection de la primitive Eglise, formulé par Leibniz " ? De môme, on comprend maintenant qu'une telle entreprise lui apparaisse comme « universelle^ ». Cette universalité dans l'espace doit d'ailleurs être complétée par une universalité dans le temps. Si cette guerre réalise des possibilités à demi voilées dans la nature : si elle résout les vœux secrets des choses, si elle ouvre à tout jamais des routes, elle n'est pas un état, mais un progrès. C'est de ce dynamisme qu'elle extrait sa valeur. En vérité, elle n'est pas d'un temps, mais se conforme à (( l'intérêt perpétuel du genre humain ' ».
Sans doute, Leibniz n'a pas énoncé toutes ces conséquences. Peut-être même ne les prévoyait-il pas. Mais ne doit-on point rattacher à un système, même encore inexprimé, des idées qui en sont inséparables .^ « Cette expédition », dit Leibniz, « arrachera à la terreur l'Europe, à la convoitise la France, au blâme de l'univers et au scandale de tant de siècles la Chrétienté jusqu'ici condamnée à se déchirer ellemême, au joug des Infidèles les Chrétiens Orientaux, à la
1. Ici encore, j'interprète la pensée possible d"un homme du xvii« siècle. — On sait qu'en particulier l'antiquité de la littérature hindoue a été fort exagérée, et les erreurs de Burnouf, devenues classiques, nont été corrigées qu'en ces dernières années. [Cf. sur cette question : Oldenberg- : La Religion du Véda. trad. française. Paris 1903, p. 1.]
2. Klopp, éd. cit., t. II, p. 416 : « Redibit aurea Christianitatis £etas et primitiva; Ecclesia; admeovebimur. »