‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 165 sur 305 · Id., Ibid · texte numérisé non relu

Id., Ibid

Dès lors, l'ambition d'unir les Eglises ne dérive pas d'une charité laïque ou d'une politique bien entendue. S'il est un salut des âmes, en vérité ceux-là seuls le conquerront qui révèrent et voulurent l'union, La charité n'est pas un luxe ou une vertu couronnant la foi. Elle est justifiante et salvatrice. Le schisme, qui la détruit, détruit donc aussi le salut. Tout homme qui travaille à l'union est sauvé ; et les Chrétiens ne seront sauvés qu'autant qu'ils auront accepté de souffrir pour une telle œuvre.

L'amour réunit ainsi les différentes Eglises et résout peu à peu les divergences dogmatiques ; mais le dogme à son tour ne s'évanouit-il pas dans l'amour et ne formons-nous point, sans que soit nécessaire l'intervention de ce dogme, une sorte de Royaume idéal de la Charité sur la terre ?

Il n'en serait pas ainsi, peut-être, si l'amour était précisément le lien mystique entre la théorie et la pratique, entre le dogme proprement dit et l'action religieuse.

N'atteindrait-on pas ici la source métaphysique de tout l'effort religieux de Leibniz? L'union des Eglises, matériellement réalisée, se trouve métaphvsiquement préformée par l'indissolubilité nécessaire de la foi et de la charité. En approfondissant les notions fondamentales de la connaissance et de l'amour, on s'aperçoit que toute séparation est impossible et que les disjonctions, inévitables dans l'ordre de la foi, sont d'avance rectifiées par la charité. Une correspondance parfaite s'établit par suite entre cette union théorique et spirituelle et l'union pratique et matérielle.

Peut-être cette construction toute schématique n'est-elle pas trop infidèle à la pensée de Leibniz. Lui-même voyait en l'amour de Dieu le principe de toute union religieuse ; et il ne croyait pas ainsi exprimer une thèse purement personnelle.

280 l'kglise universelle

Car nombre de théologiens catholiques ont déclaré que seul l'amour de Dieu est nécessaire \ Ceux qui aiment vraiment Dieu « sont remplis de la grâce du Saint-Esprit, et se trouvent étroitement unis avec le Verbe éternel, et avec la sagesse divine qui est dans Jésus-Christ, quand même ils ne le connaîtraient point assez selon la chair ^ », et quand ils ignoreraient jusqu'à son nom. Ceux-là ne peuvent être dits Infidèles. Ils sont membres de TEo-lise ; car TÉo^lise est l'union miraculeuse d'hommes aimant Dieu. Ils participent même aux sacrements ; ils sont baptisés de ce baptême de l'Esprit, où « l'eau n'entre point ^ ». Sa grâce invisible va jusqu'à eux. Comment seraient-ils damnés, de par l'absence de signes visibles ? « Ce n'est pas le défaut de sacrement, mais le mépris qui condamne » ^

Doctrine non protestante, mais formulée par des Jésuites ^ « Il sera difficile de produire de leurs auteurs qui soient dim autre sentiment » : ^ et de la sorte, à la double indignation des Protestants et des Catholiques, les Païens eux-mêmes seraient accessibles au salut '^. Ils connaissent en effet implicitement le Rédempteur, s'ils aiment Dieu*. Comment les

1. F. de Careil, éd. cit., t. [or, p. 133. Lettre à un inconnu.

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