Klopp, éd. cit., t. VI, p
2. Rommel, éd. cit., t. lï, pp. 92-93. 28 novembre, 8 décembre 1686.
« Je VOUS avoue, Grand Maréchal, que je n'aurais jamais cru qu'on eût dû connaître par vous l'excès de l'avilissement et de la prostitution de la nation française. Quoi ? le fameux vainqueur du prince Louis de Bade..., si tôt qu'un '... lui dit deux paroles, renonce à tant de gloire et consent .de devenir l'infâme ministre de sa fureur... Vous vous préparez sans doute, brave Maréchal de Villars, à vous distinguer dans cet emploi..., sans examiner autrement si cette commission ne convenait pas davantage à quelque misérable soldat de fortune... qu'à un des premiers officiers de la Couronne. Quoi qu'il en soit, avez- vous au moins dans ce dessein fait bonne provision d'inhumanité?... Vous promettezvous enfin d'imaginer beaucoup de nouveaux genres de tortures et de géhennes?... Lâche que vous êtes, qui venez commencer où Monrevel a demandé de finir, surchargé..., rassasié qu'il était de massacres et de barbaries. Il faut pourtant enchérir sur tout ce qu'il a fait, si vous voulez... devenir Duc et conserver la faveur du "... Dans quelle route, grand Dieu, les Français ne s'engagent-ils pas aujourd'hui pour aller à la fortune? Nous avons vu autrefois un Grillon refuser généreusement son bras à son roi pour une action indigne quoique juste. C'est qu'il regardait sa vertu et sa réputation comme des biens absolument à lui et indépendants de quelque ordre que ce fût... Mais, aujourd'hui, les Français n'ont plus rien en leur propre, non pas même leur vertu. Chez eux le crime et la vertu se trouvent confondus, et selon le caprice, les passions et la volonté du prince, ces choses se transforment tour à tour l'une dans l'autre. Le...^ a trouvé le secret de faire consister tout l'honneur de la nation dans
1, 2, 3. Sic.
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une aveugle et servile obéissance . . . Commencez donc votre... carrière, et ne craignez point que vos... exploits soient ensevelis dans l'oubli. Comptez que vous vivrez dans FHistoire;... mais ne trouvez pas mauvais qu'on rende dans les occasions quelque justice à vos fameux adversaires,... et que vos noms soient quelquefois pêle-mêle ensemble...
« Je finis... en vous donnant un conseil d'ami, qui est que, si vous voulez effacer la gloire de votre "prédécesseur, vous devez prendre le contre-pied de ce qu'il a fait, et attaquer ces malheureux habitants des Cévennes en généreux ennemi : ne vous en prendre point, comme il faisait, à leurs femmes et à leurs enfants, ne faire plus égorger indifféremment tous les habitants des villages, et... faire de la plus belle et de la plus riche province du royaume un affreux désert, et le séjour de la désolation et de la famine. Croyez-moi, combattez ces pauvres gens à force ouverte ; donnez en cela quelque chose à votre propre réputation sans recourir à tant d'indignités. N'aurez-vous pas toujours assez d'avantages sur ces malheureux qui la plupart sont nus et désarmés,... sans retraite ni couvert : tout cela ne vous doit-il pas suffire ? A vaincre sans jiéril on triomphe sans gloire. Jusques ici, brave Maréchal, on vous avait cru agité de cette passion, ce qui confirme qu'on ne connaît bien les gens que dans les occasions et qu'ils n'aient rempli toute leur destinée. Adieu '. »
11 était nécessaire de citer cette lettre, qui nous révèle un Leibniz inattendu, et dont la violente sincérité galvanise une forme grandiloquente. Ce n'est plus là le politique prudent,
1. Lettre inédite au Maréchal de Yillars, mai 1704. Folios 1 et 2.
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qui so contente do traiter toujours des problèmes diplomaliques. Celle fois encore, les textes, et les textes seuls, démenlenl les théories arbitraires.
Dès lors, Leibniz a pu identifier avec une lutte contre la France le souci de sauvegarder le Protestantisme. En 1701, il écrit : « L'Empereur fait des efforts; j'espère que le roi de Prusse en fera aussi. Dieu veuille qu'on pense dans le Nord que personne n'est trop éïbigné de la France'... » La Révocation n'est pas le seul événement qui ait provoqué en Leibniz une telle défiance. Le traité de Rvswick (1G97), par son quatrième article, attaque fortement la religion protestante en Allemagne. Cet article porte que la religion romaine, introduite par la France « durant ses usurpations, sera conservée après la restitution des lieux... sans que la religion protestante soit conservée dans les pays qu'on cède aux Français' ». Or rien ne choque plus directement la paix de religion et ne sert davantage à hausser les espérances de quelques Catholiques romains, qui désireraient renverser la religion des Protestants. Leibniz ne le cachait pas à Bossuet : « L'étftt présent des affaires publiques, » lui écrivait-il, « et les divisions que le quatrième article de la paix de Ryswick a fait naître dans l'Empire, qui a réveillé extrêmement les jalousies de parti, font qu'on est extraordinairement réservé chez nous présentement sur ces matières, pour ne point donner prise aux calomnies, ni paraître tiède aux uns ou passionné aux autres'. » Violation infiniment grave des traités de Westphalie. Mais les Protestants eux-mêmes ne