Id., t. IV, p. 340. Non souligné par Leibniz
LES JÉSUITKS 65
tésienne et de l'esprit leibnizien. Or, si la primordiale ambition de Leibniz fut de découvrir, dans la philosophie et particulièrement dans la physique, des forces capables de nous élever à Dieu*, on comprend que sa critique de la physique cartésienne Tait conduit à une accusation de philosophie impie.
Il écrivit dans une lettre qui indigna les Cartésiens : « Je crois qu'il importe effectivement pour la religion et pour la piété que cette philosophie soit châtiée par le retranchement des erreurs qui sont mêlées avec la vérité". » Sans doute, dans sa défense, Leibniz affirme que jamais il n'a voulu détruire la philosophie de Descartes ^ On ne peut décider quelles furent ses intentions secrètes. Du moins Toit-on clairement la contradiction presque absolue de l'esprit cartésien et de l'esprit leibnizien : effort pour séparer les problèmes, d'un côté ; effort pour les unir toujours plus pleinement, de l'autre. Si les méthodes furent réellement aussi irréductibles, il n'est pas surprenant que Leibniz ait rêvé, non de diminuer l'œuvre de Descartes lui-même qu'il admirait, mais de vaincre l'esprit cartésien par une philosophie nouvelle libérée des préjugés de secte.
Au schématisme cartésien cette philosophie nouvelle opposerait une « Caractéristique », soucieuse de pénétrer l'essence de chaque notion, et ambitieuse de rivaliser logiquement avec la richesse infinie de la nature. Mais pour réaliser une « Caractéristique » universelle un créateur est insuffisant. Il lui faut la collaboration d'une foule. Leibniz l'attendait des Jésuites. Ce projet semble si élrange qu'on doit rechercher d'abord s'il est certain.