‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 46 sur 305 · Lettre inédite au P. Verjus, 18 août · texte numérisé non relu

Lettre inédite au P. Verjus, 18 août

3. Lettre inédite au R. P. Papebroch, s. d. : « Non est necesse, ut omnes

LES JÉSUITES Sy

Études sur la langue, les mœurs, et la science des Chinois ; tout cela,, que les missionnaires jugent extérieur à l'œuvre religieuse, Leibniz ne l'en veut point détacher. Sa devise ne serait pas seulement la « Propagation », mais la « Justification de la toi par les sciences ». Il pense, d'ailleurs, que TanaUse patiente du milieu nous ferait abandonner Torgueilleuse superstition de l'unité, qui nous rend incapables d'absoudre les |)ratiques opposées aux nôtres. Pourquoi, par exemple, proclamer inviolable partout la monogamie, habitude ancestrale en Europe ? Leibniz est convaincu que, si l'on s'obstine à vouloir détruire la polygamie chinoise, aucune conversion solide ne sera possible. On estime généralement indiscutable la supériorité des civilisations monogamiques ; mais Leibniz remarque volontiers que la monogamie n'est, bien souvent, en Europe, qu'une polygamie atténuée. « Je ne vois », écrit-il, « à la polygamie dans notre Occident nul avantage. Les divorces y suffisent, en efîet, à éviter les inconvénients \ » Que donc de vains scrupules ne retardent point les missionnaires. La polygamie fut permise parfois par la loi mosaïque- et n'est pas « absolument contre le droit divin

continuo in confessionalibus sedeant aut perpeluo conciones aut casus morales meditentur;... scio omnem veritatem habere suum momentum... Quis enim non videf, sine sanitate corporis non licere missiones obire et caritatem exercere?... Itaque omncs veritates... recte curamus, dummodo ad majorem Dei gloriam dirigamus. »

1. « Polygami» in hoc nostro Occidente utililatem ego video nullam. Sufficiunt enin divortia in<:ommodis vitandis. » (Lettre inédife à Gerh. Mêler, 10 décembre 1692i.

2. Inédits, Théologie, vol. XX, f» 259: cf. Inédits, Tkéolorjie, vol. XII. 2 : Annolata qnaedam ad. C J. Sessionis... f" 8-13 ; Cf. ce texte en particulier: « Cum |)olygamia et divortium non sint contra substantiam matrimonii, non dubito quin permittere possit Ecclesia ob magnas raliones, etsi jure divino ordinario prohibeantur, nec proinde nisi ob duritatem cordis humani a l)eo sunt in sanctis suis tolerata. Quare si divortio concesso, potuisset retineri Anglia in unionc Ecclesite, si poiygamia permissa, possent Indiarum et Sinensium populi ad fidem Ghristianam converti. » Si cola est, le Pontife romain doit l'accorder en quelques cas.

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ou naturel». Justifiant métaphysiquement sa pensée, Leibniz ajoute : Sans doute, « la monogamie est bien meilleure, mais ce qui est le meilleur n'est pas toujours absolument nécessaire' . » Une seule chose, en effet, importe : Que le plus grand bien se réalise, et que l'ensemble atteigne à la plus haute perfection. Aveugles à l'univers, trop souvent nous nous détournons si des détails nous scandalisent. Résignons-nous plutôt aux subordinations et aux sacrifices, qui sont les conditions d'une plus vaste harmonie. Tout doit ici se disposer pour « la suprême loi » du « salut des âmes - » . Or, l'on est en présence d'un fait indiscutable : l'impossibilité de convertir un peuple dont on veut contrarier une habitude profonde.

D'autre part, il semble que Leibniz ne veuille pas de conversions faites du dehors, et qui introduisent une doctrine toute neuve en des esprits non préparés à la recevoir. Seules sont valables les transformations mentales qui se sont librement développées. Or il n'y a pas à nier qu'actuellement, à cause d'une séparation séculaire, aucun lien profond ne soit visible entre la Chine et l'Occident. Quel moyen de fondre les divergences ? La force et les insinuations perfides sont également réprouvées. Reste une étude méthodique et patiente de toutes les richesses chinoises, et non pas, cette fois encore, accomplie du dehors, au nom de principes européens, mais à la lumière de l'état d'esprit chinois.

On ne comprendra réellement cet état d'esprit que si l'on se livre à des descriptions concrètes et minutieuses. Leibniz réclame l'histoire des inventions, l'analyse des techniques. Il espère qu'on étudiera la politique chinoise, dont il voudrait

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