Id. Ibid
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coup, et par une manière d'infusion, nos connaissances, et à notre tour nous pourrons apprendre d'eux, aussi tout d'un coup, un monde de nouvelles notices, que sans cela nous n'aurions point obtenues en je ne sais combien de siècles' », Dans une lettre au P. Verjus, il ajoute : « Quoique je voie la plupart de vos missionnaires assez portés à parler avecmépris des connaissances des Chinois, néanmoins leurs langues et caractères, leurs manières de vivre, leurs artifices et manufactures, leurs jeux mômes diffèrent presque autant des nôtres que si c'étaient des gens d'un autre globe". »
Leibniz ne pressent-il pas ici que l'histoire offrirait au philosophe qui l'observerait activement autre chose que ces successions lentes et banales dont se contentent les esprits médiocres ? « Par des fulgurations continuelles de la Divinité naissent », selon lui, « toutes les monades créées ou dérivatives\ » Mais peut-être, de même, à celui qui la saurait transpercer, Fexpérience humaine apparaîtrait, elle aussi, convulsée de « fulgurations ». Ces deux humanités, qui, naguère fermées l'une à l'autre, se révéleraient l'une à l'autre « tout d'un coup », transposeraient ainsi concrètement la métaphysique leibnizienne la plus profonde.
Mais, pour que cette subite pénétration soit féconde, il
1. Lettre inédite au R. P. Bouvet. 2 décembre 1607, page 5. — Le même jour, Leibniz écrivait au R. P. Verjus (Lettre médite du 2 décembre 1697) : « Je juge que cette mission est la plus grande affaire de nos temps, tant pour la gloire de Dieu... que pour le bien général des hommes et l'accroissement des sciences et arts, chez nous aussi bien que chez les Chinois ; car cest un commerce de lumières qui nous peut donner tout d'un coup leurs travaux de quelques milliers d'années, et leur rendre les nôtres, et doubler pour ainsi dire nos véritables richesses de part et d'autre. Ce qui est quelque chose de plus grand qu'on ne pense. » Ces deux admirables textes, écrits le même jour, nous révèlent la source métaphysique de l'enthousiasme de Leibniz pour les missions.